Pablo Picasso, de la peinture classique au rugissement politique

Avec plus de 70 000 œuvres signées, Pablo Picasso reste l’un des maîtres incontestés de l’art moderne. Sa trajectoire fut pourtant loin d’être rectiligne, mais rythmée par ses préoccupations du moment.

Mini Picasso déjà prodige

Fils d’un peintre et professeur de dessin, Pablo Ruiz Picasso découvre à son plus jeune âge la pratique de l'art. Après avoir peint sa première toile en huile à 8 ans seulement, il intègre la Guarda à la Corogne puis poursuit sa formation aux Beaux-Arts de Barcelone.

En 1900, son arrivée à Paris marque un réel tournant dans sa vie d’artiste. À 19 ans, il prend conscience de l’importance de son art dans la société qui l’entoure.

L’art au gré du temps et ses affects

C’est à cette période qu’il met une distance avec les codes classiques pour toucher à d’autres courants picturaux qui caractériseront ce début du XXe siècle – le surréalisme, l’expressionnisme et l’art moderne.

Sa carrière se déroule au rythme de phases – chacune porteuse d’une couleur spécifique et caractéristique du ressenti de l’artiste à un moment donné de sa vie. La bleue, par exemple, de 1901 à 1903, a commencé suite au suicide de son ami et raconte la vieillesse, la mort, la pauvreté. La rencontre de l’artiste avec sa première épouse sera à l’origine de la phase rose, particulièrement sentimentale.

Ce découpage périodique, il l’explique dans une interview d’octobre 1966, lorsqu’un journaliste lui demande quelle serait l’époque, la peinture, la toile qui devrait lui survivre : "Je ne sais pas. C’est fait avec des intentions du moment, de l’époque, de l’état dans lequel vous et moi nous nous trouvons. […] Au fond, ce sont des mémoires qu’on s’écrit soi-même".

« Guernica », comme le cri de l’injustice

Chez Picasso, il est cependant une œuvre intemporelle et symptomatique d’un art engagé : "Guernica".

En janvier 1937, Picasso ignore encore le sujet de sa prochaine composition, commandée pour le pavillon espagnol de l’Exposition universelle de Paris. C’est alors que, dans une petite ville basque, l’impensable se produit.

Le 26 avril 1937, la légion Condor allemande et les fascistes italiens veulent exprimer publiquement leur soutien au régime de Franco contre les républicains d’Espagne en bombardant Guernica. Un des premiers raids aériens visant une population civile, ce bombardement coûte la vie à plus de 800 innocents.

Révolté par la cruauté de ce geste politique, d’ailleurs dénoncé à l’international, Picasso commence "Guernica" qu’il veut incarner comme une œuvre historique, comme le reflet d’un nouveau monde qui est le sien.

Une charge symbolique posthume

"La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre offensive contre l’ennemi" – Pablo Picasso

Véritable manifeste pour la paix, "Guernica" continuera à faire couler l’encre après la mort de son auteur.

Le 10 septembre 1981, New York rend Guernica à l’Espagne. En effet, Picasso avait demandé que son œuvre soit restituée à son pays d’origine quand celui-ci se doterait d’une véritable démocratie.

Le 5 février 2003, lorsque le secrétaire d’Etat américain Colin Pawell justifie l’entrée en guerre des Etats-Unis avec l’Irak, une reproduction de Guernica installée au siège de l’ONU est recouverte d’un voile bleu… Signe de la fin d’une paix ?