Norbert Ghisoland, le douanier Rousseau de la photographie

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Fils de mineur, Norbert Ghisoland a photographié pendant près de 40 ans, les habitants du Borinage.

Fils de mineur, Norbert Ghisoland a photographié pendant près de 40 ans, les habitants du Borinage. Témoins d’une région et d’une époque, ces portraits du siècle dernier s’exposent au Botanique à Bruxelles, jusqu’au 24 avril.



Frameries, 43 Grand’Rue. C’est dans cette maison que Norbert Ghisoland installe son studio photo. Nous sommes en 1902. En ce début de siècle, se faire tirer le portrait n’est plus l’apanage des classes fortunées.


Anthropologue dans l’âme. Seuls ou en groupes, des dizaines de milliers de gens passent devant l’objectif de Ghisoland. Des familles de mineurs pour la plupart, parées de leurs plus beaux atours. Devant un décor en trompe-l’oeil, ils posent avec solennité, portant sur leur visage, la fierté et la modestie des gens de labeur. Peu de sourires mais une gravité au fond des regards qui, alliée au faste de pacotille, font naître l’émotion. Dénué de velléité artistique, le petit artisan de Frameries capte des identités rêvées avec tout le talent d’un photographe doué d’humanité.


Pour l’histoire. Norbert Ghisoland travaille à la chambre, en lumière naturelle. De 1878 à 1939, il produit plus de 90 000 négatifs sur plaques de verre, numérotés et classés, dont il ne reste plus aujourd’hui que la moitié. C’est son petit-fils, Marc Ghuisoland, photographe lui aussi, qui a découvert ce trésor au fond du grenier familial et l’a fait connaître au monde. Son œuvre est depuis publiée et exposée un peu partout.


C’est au tour du Botanique cette fois d’accueillir l’artiste qui s’ignorait. Dans la très belle salle du Museum, une centaine de portraits dont une vingtaine grandeur nature se côtoient le long des murs, autour d’un tableau aux 72 visages. Magnifique. Un écrin pour ce trésor visuel. Jusqu’au 24 avril.


Myriam Marchand