Monter l'Opéra de Quat'sous avec un budget équivalent à son titre !

Christophe Bourdon
Christophe Bourdon - © RTBF

Christophe Bourdon toujours sur la balle, est allé chercher en Amérique du Sud les prévisions du Ministre de la Culture, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce ne sera pas le Pérou.

Le nouveau gouvernement a décidé de raboter les budgets des institutions culturelles fédérales. Le Théâtre de la Monnaie et l'Orchestre National de Belgique sont entre autres touchés par ces mesures drastiques. Retenu par une mission économique en Amérique du Sud, le nouveau ministre de la culture, Didier Reynders, n'a pas souhaité réagir avant son retour. Ni une ni deux, nous avons décidé d'aller le rencontrer au Pérou. Il a accepté de nous révéler en exclusivité son point de vue sur la situation culturelle en Belgique.

 

Monsieur Reynders, le nouveau gouvernement a annoncé des coupes sombres dans la culture...

Je vous arrête tout de suite. Ces coupes ne sont pas sombres, elles sont nettes. On peut reprocher beaucoup de choses au nouveau gouvernement, mais sûrement pas de ne pas être clair quand il s'agit de couper dans les budgets.

On lui reproche quand même d'avoir pris ces mesures sans aucune concertation avec les personnes directement concernées.

Quand vous amenez votre chien chez le vétérinaire pour le faire piquer, vous lui annoncez, vous ? Je trouve que les responsables du secteur culturel devraient nous remercier : le gouvernement sait que les artistes sont des êtres fragiles, et il ne veut pas les tracasser plus que de raison. Il ménage leur sensibilité, qu'il sait grande. Et puis, tout le monde sait bien que les artistes et les chiffres, ça fait deux. Souvenez-vous de Daniel Ducarme qui avait oublié de déclarer il y a quelques années ses revenus au fisc. Qu'avait dit Louis Michel à l'époque ? Que Daniel avait un peu la négligence des artistes. Charles Michel a su retenir ces propos ô combien pertinents sur nos chers saltimbanques. Et dans saltimbanques, il y a banques.

Euh... Oui, et alors ?

Je vous laisse faire la déduction qui s'impose. La déduction fiscale ! Ah ah ah !

Vous avez annoncé que vous allez rencontrer les différents responsables culturels concernés par ces coupes. Qu'allez-vous leur dire ?

Je vais d'abord leur tapoter gentiment sur l'épaule en leur disant " Mais si, m'fi, tu vas voir, ça va aller, on va pas te laisser tomber. On se soucie vraiment de nos artistes, tu sais. " Et je vais essayer de ne pas éclater de rire en le disant. C'est pour vous dire à quel point je m'implique dans ce dossier. Ensuite, je vais leur proposer des solutions concrètes pour permettre à leurs institutions de continuer à fonctionner avec les nouveaux budgets qui leur seront alloués.

Quelles sont ces solutions ?

Prenons le cas du Musée Magritte. Il se dit qu'il pourrait être amené à disparaître purement et simplement en raison des restrictions budgétaires. Pas de problèmes. J'ai la solution. Nous ferons apposer à l'entrée du Musée un grand panneau : " Ceci n'est plus un musée ". N'est-ce pas là le plus bel hommage que l'on puisse rendre à l’œuvre de René Magritte ? Une mise en abyme magnifique ? Je vais également proposer qu'on rende tous les tableaux à leurs propriétaires et qu'on installe à la place des cadres vides. Encore une belle idée de surréalisme, n'est-ce pas ? Vous le voyez, il existe des solutions.

Et pour le Théâtre Royal de la Monnaie, qui a déjà perdu un tiers de ses subventions en dix ans ?

Pareil : pour la prochaine saison, il proposera des pièces qui colleront à ses nouveaux budgets. " L'opéra de quat' sous " sera monté avec un budget équivalent à son titre. Et la saison se clôturera avec la comédie musicale " Les misérables ".

Sauf que " Les misérables " n'a de misérable que son titre. C'est un bon exemple de spectacle qui demande des moyens.

Parce que vous manquez d'imagination ! Moi, je propose une toute nouvelle version, qui sera entièrement jouée par des misérables. Les gâteaux. Je peux vous dire que j'ai fait un essai ce matin dans ma cuisine, c'était magnifique. Le personnage de Gosette était à croquer. Et avec cette solution, non seulement on ne doit plus payer d'artistes, mais en plus le personnel du théâtre peut manger les comédiens à la fin des représentations. Double gain financier. Je n'ai pas été ministre des finances pour rien, vous voyez.

Je vois, oui.

Sinon, je leur ai aussi suggérer de monter " La muette de Portici ". Je vous laisse calculer les économies en terme de sonorisation.

Une idée révolutionnaire...

Nous sommes bien d'accord. Et enfin, toujours afin de coller à la nouvelle politique budgétaire, le lieu sera rebaptisé " Théâtre Royal de la Petite Monnaie ".

Le chanteur Nick Cave, qui est justement en train de collaborer avec la Monnaie sur un opéra, parle pour sa part de black-out culturel. Que lui répondez-vous ?

La même chose : qu'il y a toujours une solution. Dans son cas, on va jouer son opéra au sous-sol du bâtiment, éclairé à la bougie. Il s'appelle Cave, il n'a qu'à en assumer les conséquences. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi le Cave se rebiffe.

Et pour l'Orchestre National de Belgique ?

Je leur ai proposé pour les saisons à venir de ne plus jouer que des requiem. Au moins, on sera raccord avec l'ambiance générale. De même, je vais les encourager à retravailler toutes leurs partitions pour ne plus jouer que des notes noires. Si vous avez fait un peu de solfège, vous savez qu'une noire vaut la moitié d'une blanche. Soit 50 % d'économie. Je suis assez content de cette idée, je dois bien le reconnaître.

Certains disent pourtant que la situation va devenir intenable, et que certains lieux culturels pourraient carrément disparaître.

Allons, allons. C'est largement exagéré. Vous pensez sérieusement que mes nouveaux amis de la N-VA auraient des raisons valables de souhaiter la disparition de la culture en Belgique ? Billevesées ! Pourquoi voudraient-ils s'opposer à un secteur qui est des derniers ciments de notre pays ? Je ne vois franchement pas pourquoi un tel parti craindrait des œuvres qui luttent contre l'intolérance, visent à rassembler plus qu'à diviser, et ouvrent l'esprit sur le monde, sur les autres et sur soi-même. C'est aussi absurde que d'imaginer un secrétaire d'état écrire des mails racistes ou homophobes. Nous sommes dans une démocratie, quand même !

Ces mesures économiques touchent aussi les institutions scientifiques, comme l'Institut Royal de Météorologie. Même si cela n'est pas de votre ressort, cela vous inspire quoi ?

Tout d'abord, j'ai toujours trouvé anormal qu'un institut fasse à lui seul la pluie et le beau temps. Ensuite, j'ai trouvé là aussi la solution : à l'avenir, ils donneront la météo jusqu'à la fin août, puis s'arrêteront de septembre à fin décembre. De toute façon, il fait toujours dégueulasse durant cette période, ça ne fera pas de mal si on ne donne plus la météo.

A ceux qui voient dans toutes ces restrictions une volonté claire de la N-VA de tuer nos institutions culturelles fédérales, que leur répondez-vous ?

Que quand quelqu'un meurt, c'est normal s'il fait des râles...

 

Christophe Bourdon

 

NDLR : Toute ressemblance avec les propos d'un ministre de la culture existant ou ayant existé serait franchement pas de bol.