Mermaid Project – Le Rédempteur : deux séries " tous-publics " passionnantes

Mermaid project
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Mermaid project - © DArgaud

Du polar teinté de haute finance et de bons sentiments, et de la science-fiction écologique : voilà les ingrédients réussis de ces deux albums que je propose à votre curiosité.

Les éditions Dargaud restent souvent fidèles à leur ouverture à tous les lectorats. Et la série " Mermaid Project " qui en est à son troisième épisode, tout comme la série " Le Rédempteur " qui débute, en sont de parfaits exemples. Deux livres à savourer pour leur ancrage dans notre univers contemporain ! Et pour l'intelligence de leur construction narrative.

Mermaid Project : épisode 3 (dessinateur : Fred Simon – scénaristes : Leo et Corine Jamar – coloriste : Jean-Luc Simon – éditeur : Dargaud)

Nous nous trouvons dans un monde qui ressemble énormément au nôtre. Mêmes villes, mêmes pays. Mais bien des choses ont changé sur la vieille Terre. Les " Blancs ", désormais, ne sont que les subalternes des " Noirs ". Mais, petit à petit, ce racisme à l’envers évolue, grâce entre autres à des femmes comme Romane Pennac, une espionne qui a à cœur de prouver qu’elle est la meilleure sur le terrain.

Dans les épisodes précédents, nous l’avons vue enquêter sur une multinationale dans laquelle travaille son frère : Algapower.

Une enquête qui lui a fait découvrir des manipulations génétiques improbables, visant à mêler en un même corps les codes génétiques d’un dauphin et d’un humain.

Dans ce troisième volume, les choses s’accélèrent, le danger devient de plus en plus présent, les dauphins reviennent à l’avant-plan, et Romane découvre des secrets familiaux qui ont fait d’elle aussi un cobaye pour les expériences d’Algapower.

Fable sur notre environnement immédiat, cette série se caractérise par un dessin clair, par la luminosité des planches et des couleurs, par la présence parfaitement maîtrisée des personnages, par une évolution également du scénario qui ne laisse pas indifférent. La génétique n'est-elle pas, finalement, la porte ouverte à toutes les dérives éthiques?

Une série, sans aucun doute, à lire, à découvrir, tant elle nous parle, en nous décrivant un demain possible, de ce que nous sommes aujourd’hui ! Et ce récit se fait sans temps mort, sans intellectualisme rebutant, avec un sens du rythme tout à fait remarquable !

 

 

Jacques Schraûwen

Le Rédempteur : L’homme qui entendait les prières des enfants morts (dessinateur : Miguel Lalor – scénariste : Stephen Desberg – coloriste : Thorn - éditeur : Dargaud)

Même si le dessin de couverture peut faire craindre le pire (comment le personnage, droitier, a-t-il pu empoigner son arme dans un holster qui pendouille à la droite de son thorax ?...) en faisant très fort penser à des séries comme Largo Winch, ce premier volume d’une nouvelle série mérite le détour, croyez-moi.

Son scénario, comme chez Largo Winch, s’enfouit dans les méandres de la haute finance. Mais Desberg ne scénarise pas comme le fait Van Hamme. Et les arcanes de la richesse mondiale l’intéressent moins que les sursauts d’humanité ou d’horreur de ses personnages. Et le héros de cette série, Jean Ravelle, beau, blond, grand et riche, décide, pour une raison qu’on ne connaît pas (encore…) de s’attaquer à ceux qui, directement ou indirectement, ont fait mourir des enfants.

Ce scénario, violent, sanglant, est d’une véritable efficacité, et le lecteur ne peut que, très rapidement, se prendre d’amitié pour cet implacable justicier dont on ne découvre les réalités que très progressivement.

Le dessin est tout aussi efficace, aidé par une mise en couleurs qui aime à varier les ambiances par le seul jeu des lumières. Ce graphisme privilégie les grandes scènes aux décors extrêmement présents, et les mouvements de l’action. Lalor, sans aucun doute, s’est nourri de films américains dans lesquels la démesure de la violence appelle des plans variés, des perspectives improbables mais envoûtantes.

Le premier volume d’une série sert souvent uniquement à mettre en place, avec plus ou moins de justesse, les différents protagonistes de l’histoire qui va être racontée. Ici, c’est aussi le cas, bien sûr, mais sans perdre de temps ! Très vite, c’est l’action qui prend le pouvoir, dès les premières planches, et cela fait de ce Rédempteur déjà bien plus qu’une promesse ! Une réussite qui plaira à tous les amoureux de la bd " polar " teintée de quelques bons sentiments sans manichéisme !...

 

Jacques Schraûwen