Meilleur spectacle de cirque 2015-16 : La Cosa, de Claudio Stellato

La Cosa - Claudio Stellato Company
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La Cosa - Claudio Stellato Company - © Massao Mascaro

Le verdict est tombé lundi soir au Théâtre National, lors de la remise des Prix de la critique qui récompensent le meilleur de la scène belge francophone, en théâtre, danse et jeune public, et désormais également en cirque.

Trois spectacles étaient nommés dans la catégorie dévolue au cirque contemporain, Jetlag de la Compagnie Chaliwate, Le poivre rose, par la Compagnie du Poivre Rose et enfin, La cosa de Claudio Stellato qui a remporté le premier prix.

L'occasion d'avoir les commentaires de Laurent Ancion, le rédacteur en chef de "C!RQ en CAPITALE", le magazine de la vie circassienne bruxelloise.

2016 voit pour la première fois, un Prix de la critique, accordé à un spectacle de cirque : est-ce que le cirque avait besoin de cette reconnaissance ? doit-il encore faire ses preuves pour faire partie de la Scène ?

Laurent Ancion : Bien sûr, le cirque contemporain, entravé par l'image de son oncle lointain appelé "cirque traditionnel", doit encore se battre pour se faire entendre. On l'associe encore aux lions, au sable, à l'animation. Mais depuis 20 ans, le langage du cirque a connu une évolution frappante et passionnante, qui le place aujourd'hui, sans aucun doute, à l'égale de la danse ou du théâtre. Ce nouveau prix récompensant un spectacle de cirque, c'est un message clair de la reconnaissance de cette maturité. C'est aussi une invitation aux gens de théâtre à "oser" le cirque, dans un horizon où les arts de la scène sont de toute façon de plus en plus invités à se rencontrer au sein des lieux comme au sein des œuvres.

Si vous observez les programmes des théâtres et des festivals, vous noterez que les portes s'ouvrent de plus en plus au cirque contemporain. Un mouvement est clairement amorcé depuis cinq ou six ans, qui confirme en soi la reconnaissance - c'est-à-dire la capacité d'un art à être vu et désiré. Les programmateurs ne s'y trompent pas, puisque le cirque aujourd'hui, pluridisciplinaire, basé sur ce corps dans lequel on se reconnaît, déclenche une vraie ferveur de la part du public.

Quels sont les prix qu’un spectacle de cirque peut remporter en Belgique, en Europe ?

Laurent Ancion : Pour le cirque contemporain, je ne connais pas de prix qui récompensent spécifiquement un spectacle. Il existe des festivals qui distinguent un artiste ou un numéro, mais les Prix de la Critique sont en la matière de vrais pionniers ! On notera qu'en France par exemple, les Molières n'ont pas de catégorie réservée au cirque, ni à la danse d'ailleurs. Ce serait un très intéressant signe des temps que cette ouverture ait lieu.

Du cirque ? De la danse ? Une installation ? Une invitation à la méditation ? Une blague de potaches ? C'est à la hache que le metteur en scène fait sauter les cloisons qui séparent habituellement les genres pour suivre obstinément une et une seule question : que diable se passerait-il si on mettait ensemble quatre hommes en costard et quatre stères de bois ?

(extrait de C!RQen CAPITALE n°6 )

Quelles sont les qualités d’un " bon" spectacle de cirque ?

Laurent Ancion : C'est comme pour un "bon" spectacle de théâtre : les critères sont éminemment subjectifs et personne ne s'est jamais risqué à en fixer la liste ! Toutefois, de façon générale, je pense que cela ne choquerait personne de dire que le critère le plus objectif, c'est l'aspect technique : de très mauvais acteurs, par exemple, feront rarement un excellent spectacle de théâtre. C'est pareil en cirque : il est essentiel, pour que leur art nous atteigne, que les circassiens développent la juste technique - il ne s'agit donc pas d'une excellence, mais d'une justesse. Ensuite - et c'est là qu'intervient toute la subjectivité -, c'est l'usage qui est fait de cette technique qui est déterminant. Qu'est-ce que l'artiste a "à dire " ? Parvient-il à sublimer sa prouesse (de quelque ordre qu'elle soit) en une émotion qui nous parle, nous raconte quelque chose, nous rend meilleurs, dans l'ombre de la salle ? C'est toujours dans votre cœur que le jugement s'opère, jamais ailleurs. L'humanité est primordiale.

Le spectacle récompensé est porté par un artiste qui est " acrobate, danseur, performeur, acteur, magicien, plasticien et scénographe "... ce mélange de discipline est-il caractéristique du cirque contemporain ou simplement la carte de visite d’un artiste hors norme ? 

Laurent Ancion : La question est la bonne, parce qu'elle parle très bien du cirque aujourd’hui ! Claudio Stellato, et tout particulièrement "La cosa" qui a été récompensée, livrent une image tranchante de ce qu'est le cirque : un art pluriel, une forêt multidisciplinaire où le corps est central, mais où poussent aussi bien d'autres genres et matières : le travail sur le son, la lumière, la scénographie, l'approche chorégraphique - parfois proche cousine du geste circassien -, le travail sur le jeu,... Dans "La cosa", la présence des quatre protagonistes, en costard, armés de haches et de sourires désabusés, est éminemment théâtrale, au cœur d'actes purement physiques, jamais verbaux.

Claudio Stellato, magnifique artiste touche-à-tout, est indéniablement un créateur hors norme. Mais c'est sans doute aussi la force du cirque contemporain : se moquer des frontières entre les genres (et aussi entre les gens, car c'est un art profondément international), jouer à citer des formes anciennes pour les manipuler avec ironie, ne pas renier le passé donc, celui de l'étonnement, de l'admiration devant la prouesse, et ramener tout cela à une échelle magnifiquement humaine. Le cirque contemporain a tout à inventer. C'est franchement et fraîchement inspirant !

C!RQ en CAPITALE est le magazine de la vie circassienne à Bruxelles. Edité par l'Espace Catastrophe, il rend compte de l'actualité du cirque contemporain et plonge au cœur d’un ‘boom’ qui touche tous les secteurs : spectacles, stages, formations, projets sociaux...

Le n°9 vient de sortir, il est disponible gratuitement dans différents lieux à Bruxelles, et en ligne ici.