Les Tuniques Bleues : 59. Les Quatre Évangélistes

Les quatre évangélistes
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Les quatre évangélistes - © dupuis

Comme chaque année, à peu près à la même époque, Les Tuniques Bleues sont de retour. Les habitudes ne sont pas toujours mauvaises, et se replonger dans les aventures de Chesterfield et Blutch est et reste bien agréable !

Le sergent Chesterfield et le caporal Blutch sont des personnages bien connus. Créés il y a presque cinquante ans, selon des modèles qui avaient fait leurs preuves, comme Laurel et Hardy, ils sont parfaitement complémentaires, narrativement parlant. Le sergent est la représentation vivante, et ronde, de la soumission au pouvoir, et le caporal, lui, est l’archétype de ceux qui refusent les ordres imbéciles qui ne peuvent mener qu’à la boucherie, parce que leurs aventures se déroulent pendant la guerre de Sécession, cette guerre civile qui, au dix-neuvième siècle, a été à l’origine de ce que sont devenue les Etats Unis.

Dans ce cinquante-neuvième opus, c’est à la religion se mêlant de guerre que Cauvin et Lambil se sont attachés. Un ancien pasteur a rejoint les rangs des Sudistes, et, à la tête d’un petit groupe de soldats attachés à sa personne et à sa foi, il bombarde les lignes des Nordistes avec quatre canons auxquels il a donné le nom des quatre évangélistes. Et, bien entendu, pour contrer ce barrage d’artillerie, ce sont Blutch et Chesterfield qui vont devoir intervenir… En se déguisant en pasteur, pour le sergent, en fidèle suiveur un peu attardé mental pour Blutch.

Mais ne pensez surtout pas à un album sérieux sur un sujet sérieux ! C’est, comme toujours, par le biais de l’humour que Cauvin et Lambil s’inspirent de faits réels pour un seul but : distraire !

Une série qui réussit à atteindre les 59 albums, ce n’est vraiment pas fréquent ! La guerre de sécession, même si elle est présente de bout en bout, n’est qu’une trame, une espèce de fil rouge auquel s’accrochent des récits d’abord teintés d’humour. Blutch et Chesterfield sont deux râleurs, et même quand leurs révoltes se révèlent graves, essentielles, c’est toujours par le biais du sourire qu’ils agissent.

La série " Les Tuniques Bleues ", dès ses premières déclinaisons avec Salvérius, s’est voulue, à l’instar de Lucky Luke, une vision du western résolument souriante, oui. Et ce qui intéresse d’ailleurs les auteurs, plus que cette tuerie innommable, ce sont les personnages qu’ils créent, qu’ils mettent en scène, avec certains d’entre eux récurrents, d’ailleurs, comme le répugnant Cancrelat qu’on retrouve dans ces " quatre évangélistes ".

Les Tuniques Bleues, c’est un peu ça : une galerie de portraits réalisée par trois orfèvres: un scénariste, un dessinateur, un coloriste.

Willy Lambil n’a pas toujours régné dans la bande dessinée humoristique. Il fut même un temps où son dessin était totalement réaliste, où la nature, avant la mode écologique, était omniprésente dans son œuvre. Les collectionneurs et les amateurs de l’histoire de la BD se souviendront de Sandy et Hoppy, aventures australiennes d’un adolescent et de son kangourou.

C’est ce passé réaliste, peut-être, qui pousse aujourd’hui Lambil à multiplier dans ses albums, dans celui-ci en tout cas, les dessins animaliers, qui agissent un peu, comme des plans de coupe dans un film. Et qui, en tout cas, permettent à la mise en scène du scénario de s’aérer régulièrement.

On a beau parler de neuvième " art ", et même si je suis passionné par des auteurs modernes comme Pedrosa ou Larcenet par exemple, par des artistes qui cherchent de nouvelles voies à explorer en bd, je resterai toujours convaincu que ces modernismes, ces tentatives plus ou moins réussies ne peuvent exister que parce que la bande dessinée est d’abord et avant tout un art populaire ! Un art qui réussit à s’adresser à plusieurs publics, en même temps. Un art qui choisit la simplicité pour parler de réalités difficiles, qui choisir l’humour pour parler de ce qui est trop sérieux.

Pas mal d’auteurs actuels, j’en suis persuadé, feraient bien de reconnaître l’apport de gens comme Lambil et Cauvin à ce trajet que la BD a suivi, passant des petits mickeys uniquement destinés aux enfants à ce qu’elle est aujourd’hui : un moyen d’expression artistique à part entière !

 

Jacques Schraûwen

Les Quatre Évangélistes (dessin : Willy Lambil – scénario : Raoul Cauvin – éditeur : Dupuis)