Les Ogres-Dieux – Petit

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ogre - © soleil

Un vrai coup de cœur : voici un livre hors du commun absolument époustouflant !

Quelque 170 planches pour une histoire qui ressemble à un horrible conte de fées, à une fable sans concession, un scénario intelligent et intelligible, un graphisme d’une perfection totale : cet album est le livre à ne pas rater, en cette fin d’année !

Les Ogres-Dieux règnent depuis des temps immémoriaux sur un territoire à leur hauteur. Cruels, puissants, ils n’acceptent les humains qu’en esclaves ou en bétail à dévorer lors de banquets aux rythmes toujours odieux. Mais voilà, au fil du temps, une dégénérescence due à la consanguinité touche cette race de monstres géants.

Et voilà que le Roi de cette communauté a un héritier : un enfant à peine plus grand que les humains ! Un enfant dont il veut la mort et qui survit pourtant grâce à l’espoir de sa mère, celui de voir en lui un renouveau possible à la race des ogres-dieux !

Et nous allons suivre, tout au long de cet album, l’éducation de " Petit ", son passage de l’état de bébé à celui d’enfant, son entrée dans l’adolescence, puis à l’aube de son âge adulte. Cette éducation est double. D’une part, sa mère, qui veut qu’il s’accouple à une humaine pour régénérer la race, mais qui veut aussi qu’il se conduise comme tous les ogres, habité par la cruauté, mangeant de la viande humaine. D’autre part, Desdée, la plus ancienne représentante de cette race, et qui vit en recluse pour avoir osé aimer les êtres humains, pour avoir osé danser pour eux.

La construction de cet album est tout à fait originale, puisqu’elle mélange le récit de l’évolution de Petit, en bd pure, et l’histoire de la dynastie des Ogres-Dieux en textes illustrés.

Et c’est vrai que ces textes ont l’aspect des contes de notre enfance. Mais un aspect qui se déforme au travers du miroir déformant de la voracité implacable des personnages de cette fresque sanglante.

Le scénario de cette histoire est touffu et linéaire tout à la fois. Il est, d’abord et avant tout, d’une intelligence dans le propos qui n’est pas fréquente dans les ouvrages d’une telle ambition. Il aborde, au travers de la fable la plus sombre, des questions qui font partie intégrante de notre univers : l’intolérance, la différence, le déterminisme familial, l’amour, la haine, la violence…

Quant au dessin, il est à la mesure des personnages centraux : il est démesuré, extraordinaire, tout en expressionisme, il est baroque, il est gothique, il utilise le noir et le blanc avec un talent qui rappelle celui des grands maîtres du genre, comme Tardi, Comès, Chabouté ou Pratt. Avec, pour le graphisme des visages, une influence réfléchie de l’art du manga, également. Et, pour les décors, particulièrement soignés, une attention, et une inventivité exceptionnelles !

Au-delà de la fable, du conte cruel, " Petit " est un livre qui s’attache à nos hantises, à nos peurs, un peu comme le reflet démesuré des angoisses de nos enfances lorsque nous avions peur de l’ogre du Petit Poucet.

C’est, sans aucun doute, un des livres les plus originaux de ces derniers mois !

C'est, de toute façon, à mon humble avis, un album à ne rater sous aucun prétexte, un album à lire, à relire, à regarder, à partager ! A offrir et à s'offrir!

 

Jacques Schraûwen

 

Les Ogres-Dieux – Petit (scénario : Hubert – dessin : Bertrand Gatignol – éditeur, Soleil)