Les Nuits Botanique : Vincent Delerm et Manon Ache, la vie en fines tranches

Vincent Delerm
Vincent Delerm - © copyright A.Sougné

Au Cirque Royal, soirée cosy pour les amateurs de textes réalistes et de piano, Manon Ache a séduit et Vincent Delerm a confirmé tout le bien que l'on pense de lui.

La Belgique était à l'honneur en ce mercredi soir aux Nuits Botanique. Alors que David Salomonowicz se fait un plaisir de voyager entre les différentes scènes de la "Nuit belge" pour que vous ne ratiez rien des tendances musicales de chez nous, nous voici confortablement installés, dans le velours du Cirque Royal, pour nous délecter d'une soirée entièrement consacrée à la chanson française dans son option la plus épurée : le piano – voix.

 

Celle-ci démarre également sur une touche belge avec les tranches de vie à la fois féminines, réalistes et poétiques de la bruxelloise Manon Ache, que nous avions déjà pu apprécier lors de la première partie du concert de Rose à l'Orangerie à l'automne dernier.

 

Corps fluet mais sourire gigantesque, le charme opère et confirme la bonne impression laissée la dernière fois. Ses textes très personnels nous promènent de ses chagrins d'amour aux responsabilités de sa vie de maman avec une touchante tendresse et pas mal d'humour. Nous aurons ainsi droit à une initiation accélérée à la notion de timbre en analyse transactionnelle ou à un tour à vélo dans les quartiers chauds de la capitale. Les univers de Lynda Lemay ou d'Anne Sylvestre ne sont jamais loin de son premier EP "La douleur embellit l'écrevisse", construit en immersion totale dans la vie de tous les jours.On trouve y par exemple une très belle chanson sur la question des troubles alimentaires.

C'est sûr, Manon a profité du moment et ne s'est pas privée de communiquer son émotion devant une salle si imposante et si attentive à son expression. Une salle visiblement conquise, une étape importante et pleine de promesses pour sa jeune carrière…

 

Vincent Delerm persiste et signe

 

Ce mardi soir, c'était, pour nous, une piqûre de rappel du magnifique spectacle que nous avions vu en février dernier à Namur. Et, nous devons avouer que, depuis, nous sommes un petit peu devenus "Delerm addict" tellement ce type à tout pour nous plaire !

 

Il ne fait rien comme les autres, trouve le moyen de faire fonctionner un piano tout seul et commence son show par dérouler l'ensemble de son dernier album "Les amants parallèles" tout en prévenant le public de ne pas s'inquiéter via un petit message sur l'écran : "Après 35 minutes maximum, il y aura des chansons normales !". Jolie pirouette pour assumer un disque plus difficile d'accès, composé davantage de dialogues imaginaires que de textes chantés. Cet album ovni met clairement en avant son incroyable capacité à se faufiler dans les pensées des gens pour les restituer selon son monde à lui. Avec, par exemple, des ombres chinoises ou des petites figurines animées sur écran. Simple, inattendu et inventif, sa marque de fabrique !

 

Vincent est un passionné de culture, de littérature, de cinéma. Il truffe ses chansons de références pour les initiés. Il nous donne envie de revoir des films avec Trintignant ou de nous plonger dans la lecture effrénée de Bukowski ou Modiano.

 

La deuxième partie du spectacle est plus classique avec quelques délices attendus comme "La vipère du Gabon", texte remarquablement construit en deux temps ou "Quatrième de couverture" qui nous fait voyager sur les quais de la Seine.

Le public qui attend "Fanny Ardant et moi" ne sera pas déçu mais nous restons un peu sur notre faim quand, après 1h15 de concert à peine, il revient une dernière fois nous raconter l'histoire du piano à queue qu'il a devant lui. Un piano qu'il loue pour ses spectacles parce qu'il est, selon lui, le meilleur qui lui ait été proposé. Malheureusement, il a été vendu et c'était donc la dernière fois qu'il jouait dessus.

En guise d'adieu à cet instrument bien-aimé, il choisit de nous interpréter "La minute de silence" de Michel Berger, comme quand il apprenait à jouer dans son adolescence. Même si la voix ne passe pas tout à fait, on est ému par ce partage et on se réjouit de revoir, encore et encore, même avec un autre piano…

 

François Colinet