Les Nuits Botanique: Lou et Mélanie, les beautés hantées.

Mélanie de Biasio
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Mélanie de Biasio - © Photo A. Gicart

Ce week-end, les Nuits Botanique ont accueilli deux délicates demoiselles qui se construisent un large public grâce à leur audace.

Samedi soir, l'effervescence est un peu retombée dans les allées du Bota. Le gardien a tardé à nous ouvrir les portes du parc, du coup on manque les premières mesures du concert de Mélanie De Biasio. On peste un peu mais, dès qu'on entre dans l'Orangerie, sa jolie voix nous calme instantanément.

 

Laisser planer l'ombre du jazz

 

On se faufile pour essayer d’apercevoir l'ensemble des musiciens et, après quelques mètres, on distingue presque parfaitement un piano (qui tourne un peu trop le dos au public), un autre clavier, ainsi qu'une contrebasse (que l'on devine par le haut de son long manche) et une batterie. Ils semblent tous extrêmement concentrés, presque dans leurs bulles, et Mélanie occupe le devant de la scène, battant de temps à autre la mesure avec sa flûte traversière. En la regardant bouger, on pense à une jouteuse d'improvisation en plein échauffement, étirant ses muscles pour les garder en éveil.

 

 

C'est la première occasion pour nous de découvrir sur scène "No Deal", son nouvel album, qui rencontre un très beau succès dans l'ensemble du pays. (On entend d'ailleurs pas mal parler néerlandais autour de nous.) Au-delà des clichés de la musique planante et de la voix chaude, on trouve dans ce set, une construction des morceaux intéressante, empruntée, au moins en partie, au monde du jazz. Difficile de savoir si ils improvisent mais les musiciens créent des ponts entre les titres, laissant peu de temps morts. Ils sont à la fois, ensembles et séparés. L'alchimie est bien différente de celle d'un groupe pop rock. Les notes donnent l'impression de se consumer peu à peu. La chanteuse excelle dans l'art de la retenue et du choix du bon moment pour venir incarner ses compositions. C'est lent mais c'est beau ! La deuxième partie du set sera (un peu) plus rythmée et offrira quelques belles montées en puissance. Peu importe de savoir dans quelle case il conviendrait de ranger cette performance, elle nous a touché et permet de découvrir sous un jour nouveau les charmes de la flûte traversière. Après la Nuit belge, voici encore un talent à suivre... !

Lou Doillon apprend vite !

Dire que Lou est attendue dimanche est un euphémisme ! Son projet " Places " n’a cessé de faire parler de lui et de grappiller des adeptes depuis sa sortie à l’automne dernier. Il faut dire que personne ne l’attendait vraiment dans ce nouveau registre, elle qui fut actrice et mannequin pour Givenchy notamment. Mais maman (Jane Birkin) avait été actrice et chanteuse avant elle. Et en plus, elle a du caractère, au point de convaincre Etienne Daho de s’intéresser aux compositions que sa fille fredonne dans sa cuisine.

 

Voilà comment ce chapitre de la vie de Lou s’est ouvert. Et au vue du succès et du talent, il n’est pas près de se refermer ! Il ne faudra d’ailleurs que trois petites chansons pour qu’elle ne les remercie tous les deux devant un parterre déjà surchauffé.

 

Le premier album de Lou Doillon, c’est un peu la belle histoire de l’année. La demoiselle est adorable et abordable (ce qui ne va pas toujours de paire), comme vous pouvez le lire dans l’interview qu’elle nous avait accordée il y a quelques mois. Et, elle a surtout une voix au grain très prononcé, comme venu du sud moiteux de l’Alabama. Sur disque, l’équilibre est bien trouvé mais sur scène, c’est un peu trop maniéré. On a l’impression qu’elle prend un malin plaisir à jouer avec ce nouveau jouet vocal, qu’elle continue à découvrir. En explorant ses potentialités, elle nous irrite un tantinet et impose à notre esprit la figure d’Alela Diane.

 

Reste que le groupe est bien rodé après quelques mois de tournée. Le batteur semble adepte des roulements de tambours mais mène la danse avec brio. Lou a du mal à cacher l’effet que produit sur elle l’admiration des 2000 spectateurs survoltés. Mais elle arrive pourtant presque à causer comme si on était au resto, parlant de jalousie, ou invitant chacun à faire des bruits de loup. S’excusant presque de n’avoir qu’un seul disque, elle revisitera les Clash et les Pretenders pour faire durer ce joli moment quelques minutes de plus. La communion est telle qu’elle offrira un bis de son magnifique " I.C.U. " à un public toujours plus gourmand.

 

Cet engouement nous étonne un peu. Car même si le naturel de Lou fait des merveilles (sa manière de remercier les gens avec classe nous rappelle Zazie), même si ses chansons hantées nous ont par moment transportés, (l’accélération entêtante de "Places" fut d’une jouissive intensité), on attendra un deuxième album avant de crier, éventuellement, au génie…

 

François Colinet

Mélanie De Biasio " No Deal " (PIAS)

 

Lou Doillon " Places " (Universal)

 

Elles seront tous les deux aux Francofolies de Spa : Mélanie De Biasio le mercredi 17 (jardin des Francos) et Lou Doillon vendredi 19 juillet (Village Fracofou )