Les Nuits Botanique - Le Mons Orchestra aux antipodes avec Woodkid et Chilly Gonzales

Woodkid
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Woodkid - © photo : Karim Sadli

Avec Woodkid puis Chilly Gonzales, l'orchestre belge s'est livré à deux exercices diamétralement opposés dans la cadre des Nuits Botanique Ce dimanche soir, le Cirque Royal devient un peu "the place to be" pour tout ce que la ville compte de jeunes adultes branchés entre 25 et 35 ans, venus applaudir la performance orchestrale de Woodkid, le type le plus hype du moment.

Impossible en effet de trouver des places depuis des semaines déjà pour ce concert en compagnie du Mons Orchestra qui marquera à coup sûr cette 20e édition des Nuits Bota. Un concert pour lequel on pourrait employer tous les superlatifs mais dont on ne sait au final pas trop quoi penser !

 

Le triomphe d'un prodige de l'image et du son

 

Dès que le rideau rouge laisse place aux musiciens et à l’écran géant, on comprend que l’ambiance sera d’une rare puissance. Le premier album de Woodkid nous a séduits de bout en bout, notamment par la finesse de ses arrangements. C’est pourtant avec une toute autre impression que nous sortirons de la salle, transformée pour la soirée en un stade de gladiateurs !

 

Projections en noir et blanc qui nous plongent dans un univers médiéval et percussions hyper efficaces, les mélodies se font souvent tribales, utilisant la puissance de l’orchestre pour nous prendre aux tripes. Le public exulte, difficile de croire que nous ne sommes que 2000 ! Les morceaux du premier disque s’enchaînent. The golden age nous prouve à quel point les liens artistiques avec Anthony and the Johnsons sont évidents. Surtout quand le morceau Brooklyn issu du premier EP annonce quelques morceaux plus calmes. Il est acclamé, utilisant son art de vidéaste pour galvaniser la foule. En rappel, la rythmique imparable a définitivement raison de nos résistances tellement elle semble viscérale.

 

Parce que résistances il y a eu. On a, en effet, ressenti que le Mons Orchestra amenait plus une démonstration de force, comme un mur sonore permanent, que de la nuance aux arrangements. Et cette finesse nous a cruellement manqué ! Il faudra donc retrouver ce groupe intriguant dans une configuration moins barnumesque pour en apprécier les subtilités. Vivement Esperanzah où il se produira le vendredi 2 août accompagné (seulement) de trois cuivres, on a hâte !

Pour Chilly, musicien rime avec cabotin

Changement de décor complet le lendemain, dans la même salle, avec le même orchestre (réduit à 10 musiciens) mais dans une atmosphère totalement opposée. Le pianiste canadien Chilly Gonzales arrive dans son grand imperméable noir (et ses chaussures vertes!) pour nous proposer une soirée presque ludique autour de la musique. Après s'être fait un nom dans la musique électro, le public a été conquis par son album " Piano Solo II " dont il nous joue quelques morceaux avant d'accueillir le Mons Orchestra pour donner du relief et s'amuser des règles de la composition musicale. Il brocardera tour à tout le rap et son invariable structure en quatre temps puis la valse qui n'en n'utilise que trois.

 

De notre siège, on peut voir ses mains virevolter sur le piano. C'est assurément un grand virtuose de la technique pianistique même si ses morceaux sont assez simples dans leur construction. On est clairement plus proche de la musique de film que de la musique classique ! Son truc à lui c'est l'amusement autour des instruments. Il utilise ainsi l'orchestre pour marier Queen, Michael Jackson et le générique de K-2000 et fait improviser le jeune gagnant d'un concours pour mieux s'amuser avec lui. Il nous parle des propriétés sonores des instruments (avec un petite vanne pour Woodkid!) et montre par son sens du rythme combien il considère son piano comme faisant partie des percussions.

Tout cela donne deux heures d'un concert sans temps morts mais assez décousu et très bavard (en mode bilingue Français Anglais) ce qui déforce l'ensemble. On aura toutefois découvert un artiste étonnant, qui se prend parfois à rapper (ce qu'on lui déconseille vu la qualité moyenne de sa voix!) mais qui se considère aussi comme un amuseur.

La soirée se termine comme elle à commencé, dans la sobriété d'un duo avec Jean-Paul Dessy au violoncelle, c'est tout simplement beau. Dommage que les qualités du Mons Orchestra n'aient pas été davantage exploitées...

 

François Colinet

 

Woodkid sera en concert au festival Esperanzah !, Abbaye de Floreffe, vendredi 2 août

 

Woodkid " The Golden age " (Universal)

 

Chily Gonzales " Piano Solo II " (PIAS)