Les Nuits Botanique accueillent les multiples inspirations d'Aka Moon : rencontre avec Fabrizio Cassol

Les Nuits Botanique accueillent les multiples inspirations d’Aka Moon : rencontre avec Fabrizio Cassol
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Les Nuits Botanique accueillent les multiples inspirations d’Aka Moon : rencontre avec Fabrizio Cassol - © Fred Pauwels

Le légendaire trio de jazz Aka Moon rassemble les projets « AkaBalkanMoon » et « AlefBa » sur un double CD et lors d’un concert unique le 12 mai au Cirque Royal. Un voyage entre les Balkans et le Proche-Orient à ne pas manquer !

Fabrizio l’admet lui-même, il ne se pose jamais vraiment ! Compositeur et saxophoniste du trio Aka Moon qu’il forme avec Michel Hatzigeorgiou à la basse et Stephane Galland à la batterie, il multiplie les aventures !

Résumer son emploi du temps serait illusoire. Rappelons juste que l’année dernière, il signait, par exemple, la direction musicale de " Coup Fatal ", spectacle du chorégraphe Alain Platel, qui met en scène le contreténor Serge Kakudji pour une rencontre foudroyante entre le répertoire baroque et les rythmes congolais. Un spectacle qui a enthousiasmé le KVS et qui y reviendra pour trois soirs du 9 au 11 juin prochain

" Rencontre ", voilà le mot-clé qui fait courir Fabrizio Cassol. De Beyrouth à New York, de Kinshasa à Sofia. Dernier témoignage en date de ses pérégrinations, les projets AkabalkanMoon et AlefBa menés avec ses frères d’Aka Moon et gravé sur un double CD.

L’énergie festive des Balkans, chère à Stéphane Galland, ils sont allés la chercher en Bulgarie. L’inspiration et l’introspection du Moyen-Orient vient, elle, du Caire et de Turquie notamment. Le tout a donné lieu à deux projets distincts, mais qui seront réunis à l’occasion des Nuits Botanique.

Fabrizio Cassol nous a consacré un peu de son temps précieux lors d’un de ses rares passages chez lui, à Bruxelles. Discussion foisonnante, remplie de la passion d’un homme heureux de pouvoir se consacrer entièrement à la composition et à la rencontre artistique ; Morceaux choisis :

Pourquoi avoir rassemblé AkaBalkanMoon et AlefBa sur un double CD ?

Les deux projets se retrouvent parce que les deux régions sont proches. Il y a une filiation humaine et musicale. Quand je compose, je pars en ligne de front. Pour AlefBa, je suis allé au Caire, à Beyrouth, en Turquie. Pour AkaBalkan Moon, tout a commencé à Sofia. AlefBa, c’est le " A " et " B ". Le " A ", c’est l’espace où les musiciens doivent pouvoir exprimer ce qu’ils ressentent dans ces pays à la réalité sociale et politique parfois très difficile, et qu’ils sont les seuls à pouvoir exprimer. On est plus proche de l’idée d’un Requiem. Le " B " est plus festif, l’essence joyeuse de la musique de ces contrées, l’allégresse au-delà des difficultés. AkabalkanMoon est également plus festif comme peut l’être la musique des Balkans, même si elle n’est pas que ça. Pour moi, il y a des connexions évidentes entre les deux projets.

D’ailleurs, pour les Nuits Botanique, on présente " BalkalefBa " un mélange des deux projets, ce que l’on n’avait jamais fait jusqu’ici. Une bonne dizaine de musiciens seront ensemble sur la scène du Cirque Royal. C’était malheureusement impossible de réunir tout le monde. Notamment pour des raisons de visa. C’est vraiment très difficile d’obtenir des visas pour les musiciens, que ce soit d’Afrique, du Moyen Orient… Une folie complète !

La préparation d’un tel projet prend un temps considérable…

La phase préparatoire peut être très longue. Mais quand il y a une accumulation de rencontres, de détails signifiants, il faut les prendre de face à un moment ! Dans la phase de prospection, je rencontre plein de musiciens. Heureusement, je ne fais que ça : rencontrer, imaginer les collaborations et composer. Ensuite, si je sens qu’on est proche et qu’on a des partenaires, alors on se lance, avec Michel et Stéphane, dans la réalisation. On dégrossit ensemble mais il n’y a pas une méthode claire et nette. La création proprement dite s’est faite a l’Abbaye de Royaumont, un endroit magnifique où on est tous ensemble et où on ne peut penser qu’à ça, tellement on est confortablement accueilli !

Comment se passe le travail commun entre des musiciens qui ont appris à lire des partitions et d’autres dont tout le savoir musical vient de la tradition orale ?

Cela se passe par phase. Au début avec une partition, il y a une période chaotique où on déchiffre les notes. Pour arriver à l’ordre de la partition, il faut d’abord passer par du désordre. Le désordre va s’ordonner petit à petit. J’ai l’impression que, dans une certaine mesure, c’est comme dans le monde arabe. Regardez les printemps révolutionnaire qu’ils ont connus. Il faut du chaos pour que quelque chose s’ordonne ensuite.

Les musiciens des Balkans connaissent mieux les partitions. Ceux qui ne lisent pas les notes nous répondent par l’oralité de la musique, en fonction de ce qu’ils ressentent. Il y a une part importante de dialogue musical instantané. Je travaille essentiellement avec des musiciens qui ne savent pas lire la musique.

De plus, dans AlefBa, il y a trois musiciens aveugles…

Oui. Il nous faut trouver une nouvelle méthode avec eux, mais ce n’est pas si différent. Ils utilisent leurs oreilles mais aussi leur intuition. La perception musicale passe par tous les sens. Ils sont en connivence à trois.

Aka Moon est connu comme une référence dans le monde du jazz, pourtant vous multipliez les ponts avec d’autres styles. Est-ce toujours l’étiquette qui vous convient ?

L’étiquette m’importe peu mais j’espère que notre démarche reste celle du jazz, c’est-à-dire être prêt à être surpris, à réagir à ce que l’autre propose, à construire ensemble. C’est plus qu’un style musical, c’est une philosophie de vie pour moi. Et j’essaie de la concrétiser dans tous ces différents projets. A commencer par cette soirée aux Nuits Botanique qui mise sur une rencontre inédite de musiciens qui ont de belles histoires à raconter !

Entretien : François Colinet

" BalkalefBa " le mardi 12 mai au Cirque Royal (Bruxelles), dans le cadre des Nuits Botanique

Aka Balkan Moon, "AlefBa" (Outhere Music)

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