Les Jardins du Congo

Les Jardins du Congo
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De 1940 à 2006, le simple récit d’un homme balloté par les vagues de l’Histoire : un livre qui décrit un univers, si proche encore, et pourtant totalement révolu…

Yvon vit près de Chimay. La fin de son adolescence voit, outre la violence de son père dont il est la victime, arriver la guerre… Une guerre qu’il fuit en se cachant, de longues années durant, dans la forêt ardennaise. Le conflit terminé, adulte n’ayant rien vécu de sa jeunesse, il veut s’en aller… Partir… Vivre, enfin. Il prend la route, se retrouve à Anvers, et, travailleur du bois, il s’engage pour l’Afrique, pour le Congo Belge où, jusqu’à l’indépendance, il va se construire une existence de colon semblable à celle de tant d’autres colons.

C’est l’histoire de son grand-père que Nicolas Pitz a décidé de raconter. Une histoire simple, linéaire, qui crée un dialogue qui n’a jamais vraiment existé entre eux. Une petite histoire qui se mêle, intimement, à la grande Histoire. Et qui aurait pu déboucher, tant au travers du dessin que du texte, sur des jugements portés à l’encontre de cette époque des " colonies ". Mais il n’en est rien, tant il est vrai que juger a posteriori est aussi stérile, sans doute, que de se nourrir de préjugés. Et Nicolas Pitz réussit, ainsi, à éviter toute dérive, de quelque ordre qu’elle soit, en privilégiant l’humain au travers de quelques tranches de vie décrites sans nostalgie mais avec infiniment d’humanité.

Bien évidemment, accompagner ainsi les pas de son grand-père ne pouvait se faire, pour l’auteur,  sans prendre en compte, également, la vérité historique. Une vérité qui, pour toutes celles et tous ceux qui avaient, dans l’ancienne colonie belge, planté leurs racines, a débouché en 1960 sur une véritable déchirure. A ce titre, le discours de Lumumba occupe une place importante dans le récit de ces jardins coloniaux. Et même si Yvon, le grand-père, reste toujours au centre de la narration, les mots assénés par Lumumba en sont un contrepoint important.

Nicolas Pitz est un jeune auteur. Et il entre dans l’univers de la bande dessinée avec un album tout en tendresse, tout en retenue, mais sans faux-fuyants. Et son graphisme aurait pu dénaturer son propos s’il s’était vêtu de trop de réalisme. Il a donc eu l’intelligence, pour raconter l’histoire d’un homme simple, de dessiner simplement. En toute liberté, presque. Et c’est bien, au-delà des époques différentes, au-delà de la mort de son grand-père, à un véritable dialogue qu’il nous invite.

Dans ces " Jardins du Congo ", ceux qui connaissent ou ont connu ce pays retrouveront des sensations, des impressions, des réalités, des nostalgies. Des phrases, aussi, des mots, entendus de la part des colons. Par exemple quand ils parlaient de certains Congolais " évolués " ! Mais il ne s’agit nullement d’un livre nostalgique, loin de là. C’est un livre humain, tout simplement, la tranche de vie de quelqu’un qui ne fut jamais un aventurier, qui a subi son existence, dont les bonheurs furent tous essentiellement quotidiens. Une très belle réussite, donc, que cet album qui fait preuve d’un talent à la fois narratif et graphique plein de promesses.

 

 

Jacques Schraûwen

 

Les Jardins du Congo (auteur : Pitz – éditeur : La boîte à bulles)