Les Guerrières de Troy : 2. L'or des profondeurs

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guerrières - © soleil

De l’héroïc-fantasy ancrée dans des réalités actuelles, un scénario endiablé, un dessin somptueux : Les Guerrières de Troy gagnent à être connues !

Je l’avoue : certains dessinateurs occupent, dans mon Panthéon personnel, une place privilégiée. Et ce n’est pas que de la nostalgie, loin s’en faut ! Ce sont des artistes qui, au fil des ans, au fil des albums qui ont construit leur carrière, ne se sont pas contentés de vivre sur les acquis de leurs premiers succès, ont toujours eu envie de se lancer dans des aventures nouvelles. Et c’est le cas de Dany, qui, dans les années 70, a illuminé, avec l’aide de Greg, les pages de l’hebdomadaire Tintin, en y faisant vivre l’univers " merveilleux " et " fantastique " d’ " Olivier Rameau ". Et qui, par après, avec Van Hamme, s’est plongé dans une " Histoire sans héros " surprenante et inattendue. Et qui, aujourd’hui, après s’être enfoui avec le sourire dans des albums de gags coquins, offre son talent à l’univers de Troy, cher à son scénariste Arleston.

Avec Arleston, c’est l’invention totale, démesurée, toujours, qui est au rendez-vous. Lorsque ce scénariste laisse sa plume vagabonder tout au long d’une trame d’héroïc-fantasy, c’est un véritable univers qu’il construit, avec ses codes, ses règles, ses lois, ses paysages, son Histoire, ses croyances. Et c’est dans cet univers que l’a suivi Dany, avec un plaisir réel, un plaisir qui se ressent dans chaque page de ces deux albums qui lui ont permis de multiplier les plans, les angles de vue. Ce qui pousse Dany à ce genre d’aventure, ce qui le motive à participer à des récits auxquels il ne nous a pas habitués, c’est la rencontre, la complicité, l’amitié qu’il ressent vis-à-vis d’un auteur. Et c’est sans doute pour cela que ces Guerrières de Troy, mouvementées à souhait, sont, dans le domaine qui est le leur, une belle réussite.

L’histoire, je le disais, s’inscrit aussi, malgré son aspect totalement imaginaire, dans une réalité contemporaine. A Port Pourpre, on récolte des fonds pour aller aider la population de Delpont minée par la famine. Une caravane est organisée, dans laquelle trois guerrières, trois mercenaires, chacune possédant des pouvoirs magiques, sont là pour encadrer cette opération humanitaire. Et l’humanitaire cache, à Troy comme ailleurs, bien d’autres réalités, bien d’autres vérités, et des dérives dans lesquelles la richesse et le pouvoir sont seuls acteurs opérants ! Et, bien entendu, malgré leurs caractères totalement opposés, ces trois guerrières vont s’unir pour combattre les forces du mal, vivant mille et un dangers tous plus spectaculaires les uns que les autres. Et le dessin de Dany, oscillant entre humour et réalisme, fait merveille dans la narration graphique de cette saga qui lui permet de varier à l’infini les expressions, les mouvements, les paysages. Et, bien entendu, les femmes aux beautés sculpturales qu’il a toujours aimé dessiner !

Mais la force, et la réussite, de Dany, c’est aussi d’être un véritable coloriste. La couleur n’est pas pour lui, que du contraire, un simple coloriage. Appliquée directement sur les planches, travaillée ensuite sur ordinateur avec l’aide d’un " spécialiste ", cette couleur, tantôt éblouissante, tantôt enfouie dans un clair-obscur envoûtant, crée réellement l’ambiance propre à un récit comme celui de ces guerrières. Au-delà même de la couleur, on peut parler de lumière, une lumière sans cesse changeante, comme changent les lieux dessinés, les personnalités des personnages principaux. Les guerrières de Troy sont, au long de leur périple, toujours sur la corde raide. Et c’est aussi la colorisation qui permet à cette angoisse, à cette incessante possibilité de chute, d’exister et d’être palpable, et crédible. C’est d’ailleurs une des réussites de ces deux albums que de rendre crédible un monde qui n’est même pas probable !

Avec " Les Guerrières de Troy ", conjugué en deux albums (avec, peut-être, qui sait, un troisième opus en préparation !...), on se trouve de plain-pied dans de la bande dessinée de délassement, sans alibi culturel ni intellectuel. De la bande dessinée réalisée avec plaisir, de la bd savourée avec un identique bonheur. L’héroïc-fantasy selon Arleston et Dany c’est le bonheur de trouver tous les ingrédients qui rendent une lecture agréable : de l’aventure, de l’humour, des envolées lyriques, une narration bien construite, et un dessin plein de relief!

 

 

Jacques Schraûwen

 

Les Guerrières de Troy : 2. L’or des profondeurs (scénario : Arleston – dessin : Dany – éditeur : Soleil)