Les Grands Peintres : Jan Van Eyck – Goya – Toulouse-Lautrec

GRANDS PEINTRES
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GRANDS PEINTRES - © GLENAT

Les éditions Glénat ont toujours aimé le mélange des genres. Et avec cette nouvelle collection, le neuvième art et le grand Art, celui qu’on ne voit que dans les musées, devraient pouvoir se réconcilier !

" On dit d’un grand tableau qu’il raconte une histoire... Laissez-nous vous raconter l’histoire qui se cache derrière le tableau. " Voilà le " slogan " qui préside aux destinées de cette nouvelle collection. Le projet est ambitieux, et va demander une qualité, tant au niveau des scénarios que des graphismes, qui ne dénature aucunement l’œuvre choisie. Et, pour les trois premiers volumes parus, le pari me semble d’ores et déjà réussi.

La première réussite de cette collection est de ne pas tomber dans le piège de la " biographie ". Chaque album, certes, nous offre le portrait d’un peintre. Mais en s’attardant sur un moment précis de son existence, en s'intéressant au flux sensoriel qui l’a amené à la création d’une œuvre devenue immortelle.

Et chaque livre est un one-shot qui nous fait entrer dans une vie artistique particulière, sans rien gommer du contexte historique, personnel, politique, humain, dans lequel ce tableau a pu prendre vie. Outre la bd, chaque album se complète aussi d’un petit dossier pédagogique, dû à la plume d’un expert, et bien construit, avec clarté, avec intelligence.

Il est évident que, chaque album étant sous la responsabilité d’un dessinateur et d’un scénariste différents, on peut se dire que, de temps à autre, la déception sera au rendez-vous. Mais pour les trois premières parutions, ce n’est pas du tout le cas. Et j’ai même l’impression que le choix des dessinateurs s’est opéré en fonction de passerelles possibles avec l’art du grand peintre choisi.

Ainsi, pour pénétrer dans l’univers de Jan Van Eyck, Dominique Hé fait preuve, avec son réalisme de facture classique, de précision dans les détails historiques, dans les décors aussi. Et le scénario de Dimitri Joannidès nous plonge pleinement dans ce début de quinzième siècle, avec le retable de l’agneau mystique en fil conducteur du récit. C’est l’Histoire, avec un H majuscule, qui est an centre de cet album…

Goya, lui, nous est offert créant son chef d’œuvre intitulé " Saturne dévorant l’un de ses enfants ". Là, pour aborder cet artiste sombre, voué aux affres de la création et aux délires d’une société tout en violence, il fallait un dessin qui s’éloigne du classicisme. Et Benjamin Bozonnet, avec un graphisme moderne sans être minimaliste, avec un découpage clair et tout en mouvement, avec une mise en scène presque théâtrale du scénario de Olivier Bleys, parvient à nous révéler, avec une vraie puissance, toute la part d’ombre de Goya.

Le troisième album est consacré à Toulouse-Lautrec, créant les panneaux destinés à décorer la baraque de la célèbre Goulue. Et là, c’est toute l’époque de la fin du dix-neuvième siècle qui est à l’honneur, avec ce nabot génial sans cesse en mouvement dans un univers où le plaisir se conjugue à tous les temps et tous les modes du possible ! Le choix d’Olivier Bleys, scénariste, et d’aborder ce monde propice à toutes les neuves créations artistiques par le biais d’une intrigue policière. Mais l’important, c’est vraiment le personnage de Toulouse-Lautrec. Et là, le dessin de Yomgui Dumont fait merveille : virevoltant, résolument moderne, avec des envolées lyriques étonnantes, son graphisme réussit à rendre hommage, visuellement, à Toulouse-Lautrec, sans pour autant lui ressembler. On est, ici, dans le monde de la caricature, souriante, jamais méchante, toujours amusée.

Cette collection naissante est vraiment pleine de promesse… Le neuvième art au service de l’art tout court, cela peut sembler une gageure difficile à tenir, et cela s’avère, avec les trois premiers albums en tout cas, comme une superbe initiative artistique. Trois albums très différents les uns des autres, tant par les dessinateurs choisi pour les parallèles qu’ils peuvent avoir avec les peintres abordés, que par la construction narrative des différents destins racontés.

Cette démarche, entre délassement et pédagogie en quelque sorte, mérite assurément d’exister. Et au vu des futures parutions prévues, Bruegel, Bosch, Schiele, Mondrian entre autres, la variété va être au rendez-vous, et, espérons-le, une qualité constante, aussi évidente que celle de ces trois premiers volumes !

 

Jacques Schraûwen

Les Grands Peintres : Jan Van Eyck – Goya – Toulouse-Lautrec (éditeur : Glénat)