Les enfants de Jehovah de Fabrice Murgia, au grand manège jusqu'au 2 février

Les enfants de Jéhovah de Fabrice Murgia
Les enfants de Jéhovah de Fabrice Murgia - © Mario Del Curto

En cinq créations et encore pas 30 ans, Murgia a imposé un ton et un langage unique. "Les enfants de Jéhovah" est une oeuvre d'art contemporain spectaculaire, dans un décor de brouillard, où se mêlent l'image, le son, l'esthétique et la puissance d'un texte qui émane de l'histoire personnelle de l'artiste.

Rencontre avec Fabrice Murgia

 

Il y a une part de votre histoire dans ce texte ?

C’est un spectacle que j’ai eu besoin de faire à un moment. J’ai fait d’autres spectacles avant, mais celui-là depuis le début j’avais besoin de le faire, parce qu’il faisait partie de moi, génétiquement presque.

Une histoire familiale avec des non-dits ?

Oui une histoire d’incompréhension de la part d’une troisième génération de petits enfants, qui ont besoin de comprendre qui ils sont. Et cela passe par des accidents de parcours, par le voyage… Cela parle d’immigration et de mes origines, mais aussi d’un moment de fragilité d’une personne de ma famille, qui tombe dans une dérive sectaire. Le spectacle ne condamne pas ça, mais il pose la question du moment de fragilité dans la vie, où on est prêt à se faire happer.

La mise en scène est extraordinaire, disons-le, c’est un tableau d’art contemporain, en mouvement et très précis. C’est quelque chose qui a mûri longtemps ?

Les choix se sont faits en création. Ce sont des écritures contemporaines, et on a beau tout écrire avant, cela commence réellement le premier jour. Quand le son, la lumière, la vidéo et la scénographie ont la même implication que les acteurs. C’est là qu’on voit l’alchimie qui peut se créer ou non, et on cherche vraiment le moment de symbiose. Tel son, fonctionne sur tel mouvement et sur telle arrivée de la vidéo. Et c’est une espèce d’enchaînement de choses comme cela, un travail compliqué de plateaux, qui fait qu’on arrive à un résultat, où on est obligé d’être précis, si non ça ne fonctionne pas.

C’est condensé et destiné à frapper et à émouvoir fort et rapidement ?

Oui il y a l’envie de ne pas s’étaler par pudeur aussi. Il y a un moment vers la fin, important dans le spectacle, qu’on ne révélera pas, qui est surprenant quand on le découvre, mais qui est arrivé à la trentième représentation. J’ai eu moi-même beaucoup de mal, une fois que les répétitions ont été terminées, et que le spectacle est parti en tournée. J’ai eu beaucoup de difficultés à admettre que ce spectacle ne fonctionnerait qu’avec cette scène-là.

Cela vous semblait court mais c’est aussi par pudeur, qu’on ne s’éternise pas, que c’est si court, si violent et si direct. Je n’aime pas les choses longues, j’ai toujours peur de la complaisance, surtout quand on travaille sur l’esthétique. Mais néanmoins il y a l’envie d’être direct.

C’est sans circonvolutions, il fallait épurer pour arriver à ne garder que la substantifique moelle ?

Oui la substance vérité. Il n’y a pas eu trop de fausses pistes dans cette création, parce que le noyau profond, il était dans mon cœur. Après oui on s’est perdu en chemin, mais c’est ce qui fait qu’on arrive là. Je devais mettre dans le titre, les enfants de Jéhovah, parce que l’objectif qui est peut-être rempli dans ce spectacle, c’est que chaque soir il y a une dizaine de personnes qui sont des témoins de Jéhovah ou qui l’ont été, et qui débattent. Et c’est peut-être le plus important.

 

Jeudi soir, le 31 janvier, une rencontre est prévue à l’issue du spectacle, avec Fabrice Murgia.

Christine Pinchart