Leo Loden : 21-Barigoule au Frioul

Leo Loden : 21-Barigoule au Frioul
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Leo Loden : 21-Barigoule au Frioul - © Tous droits réservés

La bande dessinée est d’abord un art populaire. Et Leo Loden fait partie depuis vingt ans de ces séries qui s’adressent avec talent à tout le monde.

Carrère au dessin, Arleston au scénario, rejoint aujourd’hui par Nicoloff, voilà le trio qui préside aux destinées de Leo Loden, un ancien policier marseillais reconverti en détective privé, flanqué d’un tonton rondouillard et rigolard, et amoureux d’une ravissante policière.

C’est délibérément que ces auteurs, ces complices, ont décidé de construire, depuis vingt ans maintenant, des histoires qui sont à la fois ancrées dans le présent, dans la réalité, et lisibles, linéairement, au premier degré dirais-je, en toute simplicité. La bande dessinée n’est-elle pas d’ailleurs, depuis son origine, un média artistique capable de se lire, de se savourer à plusieurs niveaux ?

Le trait de Carrère s’inscrit dans la tradition de la bande dessinée franco-belge. Et on ressent, dans cette bande dessinée non réaliste, le plaisir que ce dessinateur prend à restaurer au papier les paysages qu’il connaît, et d’y faire vivre des personnages qui ne sont pas sans rappeler Gil Jourdan et Libellule, de Tillieux.

C’est donc, dans ce vingt-et-unième album, à une véritable enquête policière en huis-clos que nous sommes conviés. Avec ses assassinats, ses personnalités qui, au gré de la montée de la tension dramatique, se révèlent tels qu’ils sont, le tout rythmé par un thème bien actuel, celui des séminaires de motivation tellement chers aux entreprises modernes et déshumanisantes.

Et pour ce huis-clos au château d’If, sur les traces en quelque sorte d’Edmond Dantès, Carrère fait montre d’une maîtrise graphique évidente, d’un dynamisme dans le dessin qui naît sans doute de l’attention qu’il porte, toujours, au mouvement.

Un dessin dans la continuité des grands anciens, donc. Et un scénario qui se construit, lui aussi, sans apprêts inutiles, avec un humour omniprésent qui dédramatise quand il le faut des événements qui, eux, n’ont rien de réjouissant.

La complicité entre le dessinateur et ses scénaristes se sent, se devine, se ressent de page en page.

J’avoue aimer ces séries qui réussissent, sans se prendre au sérieux, à conjuguer humour et action, plaisir et sérieux. La force et la richesse de la bande dessinée, c’est de se construire dans la diversité. Et Leo Loden réussit, sans tape-à-l’œil, à privilégier toujours la qualité, tant au niveau des histoires racontées que du dessin qui les crée.

Jacques Schraûwen

Leo Loden : 21-Barigoule au Frioul (scenario : Arleston et Nicoloff – dessin : Carrère – éditeur : Soleil)