Le Prédicateur

Un dessin parfois épuré, parfois très expressif, voire même " expressionniste ", des couleurs qui font plus que rythmer le récit, une intrigue foisonnant de personnages tous plus inquiétants les uns que les autres : voilà les ingrédients de ce " Prédicateur " mené de main(s) de maître(s) par un trio en parfaite complicité !

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Le Prédicateur © éditions Casterman

Comme dans l’album précédent, " La Princesse Des Glaces ", on se retrouve à Fjällbacka, en compagnie de Patrick, policier, et de sa femme Ericka, enceinte. La vie pourrait être paisible, mais il n’en est rien, puisque le cadavre d’une jeune femme est découvert. Une découverte vite suivie d’une seconde : deux squelettes, appartenant à des jeunes filles disparues quelque 25 ans auparavant.

L’enquête peut donc commencer… Une enquête qui va remettre dans la lumière une famille étrange, déchirée, un patriarche ressemblant à un gourou malfaisant.

A partir de cette trame, Olivier Bocquet a réussi à construire une histoire qui, tout en étant fidèle au roman originel, parvient à en éviter toutes les difficultés de lecture. C’est que Camille Läckberg, la romancière, adore multiplier les personnages, jusqu’à perdre, souvent, le lecteur en cours de route. Ici, le trait de génie des auteurs, c’est de commencer l’album (comme le précédent d’ailleurs) par une galerie de portraits, permettant ainsi au lecteur de faire tout de suite connaissance avec tous ceux et toutes celles qu’il va croiser au fil de l’intrigue, et de pouvoir également y revenir lorsqu’il éprouvera des difficultés, au hasard des pages, avec les noms de famille, qui, tous, se ressemblent un peu.

Le découpage du scénario se révèle classique, et se devait de l’être, sans aucun doute, pour que les flash-backs nombreux ne brisent pas le rythme de ce qui est raconté. Olivier Bocquet a un beau talent d’adaptation et rend lisible et linéaire ce qui, au départ, ne l’était pas vraiment.

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Le prédicateur © éditions Casterman

Quant au dessin de Léonie Bischoff, il est fidèle à lui-même : sous des aspects simples, épurés, il ne manque ni de souffle ni d’inspiration. Les décors se réduisent souvent à n’être que des contrepoints aux personnages, ce qui permet à ces personnages, justement, de prendre vie, de prendre de l’épaisseur, d’exister réellement.

Le graphisme de Bischoff aime aussi s’attarder sur les physionomies, sur les expressions que peuvent prendre, au gré de leurs émotions, les visages de ses personnages, héros ou anti-héros.

Il y a aussi chez cette dessinatrice une manière presque pudique de parler de l’horreur humaine et de la dessiner. Au long de ce " prédicateur ", les meurtres les plus infâmes sont certes montrés, mais sans voyeurisme. Rien n’est caché de ce qui sert à l’intrigue, mais rien, non plus, n’est dévoilé gratuitement.

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Le prédicateur © éditions Casterman

" Le Prédicateur ", plus encore que " La Princesse des Glaces ", est le résultat d’une totale complicité entre trois auteurs. Trois, oui, puisque, outre la dessinatrice et le scénariste, la coloriste, incontestablement, a joué un rôle important, voire essentiel même dans certaines planches, dans certaines ambiances, pour faire de ce polar dessiné une vraie réussite.

Amateurs de polars, amateurs de bonnes bandes dessinées, amateurs de graphisme moderne respectueux de ses lecteurs, ce livre ne pourra, croyez-moi, que vous plaire et vous séduire !

 

Jacques Schraûwen

Le Prédicateur (dessin : Léonie Bischoff – couleurs : Sophie Dumas - scénario : Olivier Bocquet, d’après le roman de Camilla Läckberg – éditeur : Casterman)