Le Horla

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horla - © quinquet

La belle adaptation, en dessins et en dialogues, d’un des textes les plus connus de Maupassant.

Dans sa maison de Normandie, un écrivain coule des jours paisibles, loin des obligations de la vie parisienne. Mais des cauchemars, petit à petit, l’empêchent de dormir. Des cauchemars, et l’impression, la sensation, de ressentir une présence invisible et dangereuse tout près de lui, dans cette demeure où il ne réussit même plus à écrire.

Pour adapter une œuvre littéraire en bande dessinée, deux chemins s’ouvrent à l’artiste. Le premier réside dans une fidélité au texte, l’album devenant alors une espèce d’illustration continue de l’œuvre originelle. Le deuxième choisit de respecter l’ambiance et la construction générale, mais de laisser libre cours à l’imagination du dessinateur et du scénariste.

Ici, c’est une troisième voie qui a été choisie. Celle de respecter le récit pris pour modèle, mais de transformer le récit littéraire en un ensemble de dialogues et de dessins qui se mêlent, se font face, se complètent les uns les autres, reprenant certes l’écriture de Maupassant, tout en avivant, en quelque sorte, la trame narrative. Et la réussite, sans aucun doute, est au rendez-vous de cet album-ci.

De tous les écrivains du dix-neuvième siècle, Guy de Maupassant est celui dont le style reste aujourd’hui d’un modernisme évident. Les thèmes qu’il a abordés, dans ses nouvelles surtout, restent, eux aussi, d’actualité. Et dans ce Horla, au-delà de l’aspect anecdotique et " fantastique ", c’est dans les profondeurs et les mystères de la création littéraire qu’il s’enfonce. La folie qu’il décrit, et qui mène le personnage central à détruire ce à quoi il tient par-dessus tout, est sans doute une métaphore de celui dont Baudelaire disait que ses ailes de géant l’empêchaient de marcher.

Et le scénario de Bertocchini ne gomme rien de cet aspect presque philosophique de l’œuvre de Maupassant. Le dessin de Puech, quant à lui, malgré des couleurs parfois trop criardes, nous fait entrer totalement, en quelque sorte, dans l’âme de son personnage principal. Son talent est de s’approcher au plus près des visages, tout en laissant respirer ses planches par le soin qu’il met à dessiner les paysages, les environnements, tous propres à accentuer l’ambiance générale du livre. 

 

Ce n’est pas la première adaptation de Maupassant en bande dessinée, et ce ne sera pas la dernière non plus, très certainement. Mais ce Horla mérite assurément d’être découvert, savouré, avant que de se (re)plonger dans les nouvelles et les romans de cet écrivain exceptionnel qu'était et que reste Maupassant!

 

Jacques Schraûwen

Le Horla (dessin : Puech – scénario : Bertocchini – éditeur : éditions du Quinquet)