Le co-inventeur du web est un Belge

Ces Belges qu'on connait moins : Robert Cailliau
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Ces Belges qu'on connait moins : Robert Cailliau - © MICHEL KRAKOWSKI - BELGA

Parmi ces Belges qu’on connaît moins, redécouvrez cette fois Robert Cailliau, l’autre inventeur (oublié) du web.

En 1989, Tim Berners-Lee eut une idée de génie : une bibliothèque géante permettant aux universités et instituts du monde entier d’échanger des informations instantanément. Dans cette ère de conquête digitale, un ingénieur belge a permis la mise en circulation d’un outil dont très peu pourraient se passer aujourd’hui.

Né en 1947 à Tongres, Robert Cailliau obtient son diplôme d’ingénieur de l’Université de Gand, puis de l’Université du Michigan où il avait continué sa formation. Il travaille ensuite en Suisse pour l’organisation européenne pour la recherche nucléaire, le CERN.

Quand 2 clics pourraient donner la réponse à tout

Tim Berners-Lee rentre en contact avec notre ingénieur belge dans le cadre de son projet innovant : une bibliothèque de savoirs géante en libre accès pour tous et toutes. Parmi de nombreux spécialistes, Robert Cailliau est le seul à percevoir le potentiel et tente l’aventure.

Deux technologies sont incontournables pour mener à bien ce service de transport d’informations via le réseau internet : l’hypertexte, c’est-à-dire l’utilisation d’hyperliens pour permettre à un document de donner accès à d’autres et, d’autre part, l’Internet Protocol (IP) permettant de connecter les ordinateurs entre eux et ainsi faciliter le transfert de données.

Heureux hasard, Cailliau est justement en train de mettre sur pied un projet d’hypertexte au sein du CERN, pour partager des documents entre les employés qui possèdent un Macintosh.

Un binôme complémentaire

Mus par les mêmes ambitions, les deux nouveaux collaborateurs se répartissent les rôles en les faisant correspondre avec leur personnalité : pendant que Berners-Lee se consacre à la vision du projet, Cailliau vulgarise le langage pour faciliter la promotion et détermine les ressources nécessaires au développement du futur www.

Le premier construit le projet, le deuxième le défend. En novembre 1990, ils cosignent un document rapidement devenu historique intitulé "WorldWideWeb : Proposition pour un projet hypertexte".

Si leur relation viendra se ternir par la suite, les deux informaticiens ne cesseront jamais d’œuvrer en faveur de cette invention pionnière capable de rendre l’information accessible à toutes et tous.

Le World Wide Web pris d’assaut par les Etats-Unis

Pendant que Cailliau multiplie les conférences internationales auprès du CERN et de la Commission européenne pour tenter de les convaincre, dès 1994, les Etats-Unis s’emparent du projet en proposant à Berners-Lee de poursuivre le développement du web outre-Atlantique.

Notre Belge se méfie du départ de son associé chez les Américains, plus intéressés par l’outil commercial que par l’intérêt académique. Malgré ce climat de tensions, les deux collaborateurs reçoivent l’Oscar du meilleur système logiciel en 1995.

Le co-inventeur oublié, volontairement ?

Dans son livre consacré à Robert Cailliau, "Alexandria" (2019), Quentin Jardon raconte "l’histoire d’une merveille construite par l’homme, et puis détruite par l’homme". Ces pages dressent le portrait d’un homme volontairement resté dans l’ombre, chagriné par la réappropriation du web par ceux qu’on appellera les "géants". Fuyant les journalistes, Cailliau s’est retranché il y a quelques années dans le Jura pour tourner définitivement cette page de sa vie.

Après une période de silence, Tim Berners-Lee est, quant à lui, sorti de l’ombre pour dénoncer le danger du pouvoir économique et financier des GAFA.