Le Bois des Vierges (3. Epousailles)

Le Bois des Vierges (3. Epousailles)
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Le Bois des Vierges (3. Epousailles) - © Tous droits réservés

Un conte cruel dans lequel se mêlent animaux et humains, sang et douceur, amour et intolérance… Une bd tout en démesure !

Résumer une histoire imaginée par Jean Dufaux tient de l’impossible, tant cet auteur, prolifique et toujours talentueux, aime à mélanger les genres, à multiplier les références, à se lancer dans des digressions de toutes sortes. Et ses récits se nourrissent toujours d’un symbolisme qui peut se lire à plusieurs niveaux.

" Avec le Bois des Vierges ", le conte et la fable se superposent et fusionnent. Nous nous trouvons dans un univers qui, tout compte fait, ressemble fort au nôtre, sur une Terre où se côtoient les humains et les animaux, les " peaux " et les " poils ". Ils se côtoient, oui, mais se font, d’abord et avant tout, la guerre, une guerre nourrie d’intolérance et de rejet de l’autre. Jusqu’au jour où une humaine épouse un loup, avec comme but de sceller ainsi la paix entre les deux mondes opposés.

Mais voilà, Aube, la jeune épousée, a été élevée dans la haine des Loups, et elle tue son nouveau mari, détruisant ainsi le pacte que ce mariage devait inscrire dans la pierre. Poursuivie par les " peaux ", elle trouve refuge dans le Bois des Vierges, un lieu neutre où vivent les hybrides, tous ceux et toutes celles qui ne sont ni peau ni poil. Elle y rencontre Clam, loup-garou, elle en tombe amoureuse. Mais ce fameux Bois des Vierges brûle, et les deux amoureux doivent fuir. Fuir la guerre et ses sanglantes horreurs. Fuir la vengeance des loups. Fuir tout ce qui n’est pas eux. Mais toute fuite n’est-elle pas aussi un acte de courage, de défi, de bravoure ?

Dufaux adore par-dessus tout mélanger les destins de ses personnages, les offrir en pâture, en quelque sorte, aux aléas les plus improbables de l’existence. Et c’est bien ce qu’il fait dans ce triptyque, emmenant à sa suite le lecteur, le déstabilisant pour mieux retenir son attention. Et, à petites touches, il aborde ainsi des thèmes qui dépassent toujours, et de loin, la simple anecdote. Des thèmes qui, dans " Le Bois des Vierges ", sont ceux de la tolérance, de la différence, de la haine, de l’amour. Du racisme, aussi, un racisme qui ne se trouve jamais exclusivement d’un seul côté de l’apparence que peut prendre un être vivant. Comme le dit un des personnages de cette série, " il faut que les contraires s’unissent ". Et c’est à cette union que ces trois volumes nous mènent, à un rythme qui, à aucun moment, ne faiblit. Avec l’utilisation littéraire d’un procédé qui fait penser aux voix off des vieux feuilletons…

Pour accompagner, plus qu’illustrer, cette histoire, il fallait un dessinateur capable de s’immerger totalement dans un univers où la cohérence naît de la différence et de l’inattendu. Béatrice Tillier y parvient de manière époustouflante. Son graphisme animalier est absolument sublime. On peut certes regretter un peu ses couleurs parfois trop criardes, et son dessin parfois trop statique. Mais ce ne sont que des critiques légères, tant il est vrai que son style réussit à ne faire qu’un avec l’intelligence et l’imagination du scénariste.

En conclusion, cette histoire racontée en trois volumes s’avère une véritable réussite. Et les faiblesses éventuelles qu’on pourrait y déceler sont gommées par les éblouissements, tant graphiques que scénaristiques, qui émaillent chaque album !

 

Jacques Schraûwen

 

Le Bois des Vierges (3. Epousailles) (scénario : Dufaux – dessin : Tillier – éditeur : Delcourt)