La princesse des glaces

2001. Dans une petite ville de Suède, une femme écrivain revient sur les lieux de son enfance. Elle découvre le cadavre de celle qui fut, il y a bien longtemps, son amie. C’est d’un meurtre qu’il s’agit, et l’enquête va permettre de s’enfouir, au-delà des apparences, dans tout ce que l’âme humaine peut révéler de secrets profondément enfouis.

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princesse © casterman

Au départ de cet album, il y a donc un roman, signé Camilla Läckberg. Un roman dont le succès a surfé sur cette mode des polars venus du nord de l’Europe, sans pour autant, à mon humble avis, atteindre à l’universalité de ce qu’un Henning Mankell a toujours réussi à construire. C’est dire que j’étais dubitatif quant à la réussite d’une adaptation de ce livre en bd ! Mais le dessin semi-réaliste de Léonie Bischoff et le scénario d’Olivier Bocquet réussissent tous deux, en osmose même, à faire autre chose qu’une simple retranscription d’une histoire originelle ! Léonie Bischoff a un trait qu’on peut qualifier de semi-réaliste. Et son graphisme, dans cet album, réussit à maîtriser totalement le rendu des lieux, des situations, des personnages, devenant un élément moteur de la trame narrative.

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Dans un livre comme celui-ci, les personnages sont nombreux, et le lecteur du roman d’origine ont mille occasions de se perdre dans les patronymes de tout un chacun. L’idée, donc, de débuter cette adaptation dessinée par une espèce de générique, se révèle une vraie trouvaille de style. Au fil des pages, le lecteur quelque peu égaré n’a qu’à retourner à ce générique pour se replonger tout de suite dans le fil du récit. D’ailleurs, le vrai parti-pris de cet album, c’est de s’attacher essentiellement aux personnages. Et là aussi, le dessin de Léonie Bischoff fait merveille ! Les ambiances sont rendues d’une manière presque impressionniste, et l’importance qu’elle accorde, de bout en bout, aux regards échangés, croisés, égarés, construit l’intrigue au-delà de la simple enquête policière. Il y a dans son graphisme, sans aucun doute, le résultat d’un vrai plaisir…

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Mais au départ de cette réussite graphique, il y a d’abord, évidemment, la qualité d’un scénario. Un scénario dû à Olivier Bocquet et qui a choisi la voie d’une adaptation envisagée de façon très " large ". Pas question pour lui de faire du copier-coller, pas question de privilégier uniquement ce que Läckberg mettait en avant. Le résultat, c’est un récit qui se plonge dans l’histoire ancienne des personnages, dans leur enfance, ressentie à la fois comme un paradis perdu et un enfer en gestation. Bien sûr, l’histoire de départ existe toujours. Mais elle devient un prétexte à un récit terriblement humain malgré sa noirceur…

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On aurait pu s’attendre, avec ce livre, à des pages sombres, désespérées et désespérantes , tant y sont traités des thèmes qui montrent de l’âme humaine les plus répugnantes des possibilités. Mais il n’en est rien ! C’est de pudeur qu’il s’agit. Une pudeur qui naît aussi du contraste voulu entre le " présent " hivernal et les souvenirs nostalgiques en plein été. Là où, chez Läckberg l’espoir s’effaçait de page en page, il est sans cesse présent, ici, avec une tendresse des sentiments et des réalités à venir omniprésente.

Un dessin varié, expressif… Un scénario extrêmement bien construit… Et un humanisme qui sous-tend toute l’histoire… Voilà les ingrédients qui font de cet album une vraie réussite, agréable et intelligente à lire !

 

Jacques Schraûwen

 

La princesse des glaces (dessin : Léonie Bischoff – scénario : Olivier Bocquet – éditeur : Casterman)