La Piscine-bibliothèque : la vie comme au théâtre

Alan Hollinghurst
2 images
Alan Hollinghurst - © AFP PHOTO/JIM WATSON

C’est à une plongée dans le Londres des années 80 que nous convie Alan Hollinghurst. Le sida n’as encore décimé la communauté homosexuelle. La chronique de Laurent Dehossay pour "Livrés à domicile".

Point d’ancrage de son histoire : une piscine, lieu de drague et de sexe. C’est là qu’un jeune dandy, riche et oisif, rencontre un homme plus âgé, portrait type du conservateur.

Au fur et à mesure des rencontres, après s’être observés, épiés et beaucoup testés, une sorte de curiosité mutuelle s’installe. Elle précède la confiance qui va mener l’aîné à faire une requête étonnante à son cadet : il lui demande d’écrire sa biographie.

" La Piscine-bibliothèque " est le premier roman d’Hollinghurst, qui publiera ensuite " La Ligne de beauté " et " L’Enfant étranger ".

Paru en 1988, le livre fit beaucoup de bruit au pays de sa très Gracieuse Majesté. Introuvable chez nous depuis plus de dix ans, il reparaît dans une nouvelle traduction, celle d’Alain Defossé, établie avec l’auteur.

On trouve déjà dans cette œuvre la richesse d’une phrase qui ne cesse d’étonner tant elle semble composée d’une multitude de couches.

Les sensations, les sentiments sont comme éprouvés par plusieurs cœurs, plusieurs têtes à la fois. Chaque nuance est contenue dans une poignée de mots, chaque contradiction est perceptible entre les lignes.

C’est à un lecteur attentif que l’écrivain anglais fait appel, car il n’hésite pas à manier l’ellipse, mais son talent fait que, très vite, on comprend tout ce qui s’est passé dans ce temps non décrit et c’est ce qui rend ce roman si passionnant.

" La Piscine bibliothèque " est une ode à la liberté, un chemin escarpé, loin de la morale, hors de tout jugement.

Il n’y a point de vertus à aller chercher dans cette histoire-là, juste des gens qui tentent de ne pas trop se faire de mal.

 

Laurent Dehossay

 

" La Piscine-Bibliothèque ", Alan Hollinghurst, Albin Michel.

Lola Lafon dans "Livrés à domicile" ce lundi 6 avril à 22h45 sur la Deux

Cette semaine, "Livrés à domicile" débarque chez Véronique, à Schaerbeek. Elle accueille Lola Lafon pour "La petite communiste qui ne souriait jamais", paru chez Actes Sud. Elle écoutera les coups de coeur de Michel Dufranne et de Laurent Dehossay, puis tout le monde se penchera sur le dernier roman de Dominique Fernandez, On a sauvé le monde, paru chez Grasset.

Véronique est libraire, elle a ouvert la librairie Cent Papiers à Schaerbeek, en 2012, après une carrière dans l'analyse médiatique en France. Ses parents n'étaient pas des lecteurs, mais elle dit qu'elle est née avec un livre entre les mains. Son premier choc littéraire, c'est Marguerite Duras qui le lui a procuré. Ensuite, il y a eu Goethe puis Scott Fitzgerlad. Aujourd'hui, elle est très éclectique dans ses choix et pioche d'un continent à l'autre, à la recherche d'univers littéraires singuliers.

Lola Lafon est d'origine franco-russo-polonaise. Elle a été élevée tant à Sofia et à Bucarest qu'à Paris. D'abord intéressée par la danse, cette féministe engagée commence à publier ses nouvelles à la fin des années 90. Elle signe son premier roman chez Flammarion en 2003. Elle est aujourd'hui passée chez Actes Sud. Elle mène parallèlement une carrière dans la musique et a déjà sorti deux albums.

Tout le monde n'a pas oublié la prodigieuse gymnaste roumaine Nadia Comaneci, entrée dans l'histoire lors des Jeux Olympiques de 1976. La narratrice du roman entreprend d'ailleurs d'écrire son histoire. Et le lecteur de "La Petite Communiste qui ne souriait jamais" entre à la fois dans cette biographie plus ou moins rigoureuse, et dans les méandres de la pensée d'une narratrice qui ne cesse de mettre en doute l'histoire officielle de cette idole pop à qui l'on ne pardonna pas de grandir.

Dans "On a sauvé le monde", Dominique Fernandez reprend tous les éléments qu'il a distillés durant plus de cinquante ans de carrière pour en faire un vaste roman d'apprentissage situé dans les années trente. Romain, jeune historien de l'art passionné par Nicolas Poussin, va d'abord faire son apprentissage à Rome, sous Mussolini, avant de tomber fou amoureux d'Igor, jeune Russe blanc qui a décidé d'épouser la cause communiste. Une passion qui mènera ces deux espions à la petite semaine jusqu'à Moscou.

Journaliste présentateur : Thierry Bellefroid

Producteur : Anne Hislaire

Chroniqueur : Laurent Dehossay, Michel Dufranne

Et aussi