La Marque Jacobs

La Marque Jacobs
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La biographie d’un grand de la bande dessinée belge, d’un des acteurs les plus représentatifs de ce qu’on appelle la Ligne Claire.

Les existences humaines sont régies par des lois que provoque souvent le hasard. On ne naît pas héros, on ne naît pas acteur de premier plan dans le jeu de la vie. On le devient, par le gré des circonstances. Ou on ne le devient pas…

Edgar P. Jacobs n’a pas été un de ces personnages capables d’enflammer le monde. Il a mené une vie presque paisible, il n’a pas à son actif de faits qui ont marqué la mémoire collective, il n’a pas à son passif de faits que l’Histoire aurait pu retenir contre lui. Et pourtant, son existence s’est vécue de l’aube au crépuscule du vingtième siècle, dans le courant tumultueux de la grande histoire humaine.

Non, Jacobs n’a pas été de ceux qui construisent le cours de l’histoire. Ce qu’il a été, ce qu’il a vécu, c’est le parcours d’un homme comme tous les hommes, désireux de devenir acteur lyrique avant de plonger, presque par hasard, dans l’univers de la bande dessinée. Décider de lui rendre hommage au sein d’une biographie dessinée demandait donc, de la part de Rodolphe, le scénariste, un découpage axé moins sur la continuité linéaire que sur la suite d’instants choisis, de petites tranches de vie, de ces moments qui font que le temps qui passe se transforme, pour Jacobs comme pour n’importe qui, en un récit qui peut prendre avec bonheur une forme romanesque.

La qualité du scénario est aussi de nous offrir quelques portraits de ceux et celles qui ont accompagné Jacobs tout au long de sa vie. Sans occulter, par exemple, l’époque de la guerre, de la collaboration, de l’épuration, cette époque où l’amitié seule avait, pour Jacobs, droit de cité, sans occulter non plus les attitudes de Hergé, jaloux parfois du succès des autres.

Pour aborder, graphiquement, ce récit d’une vie de dessinateur, d’un dessinateur qui s’est imposé, à son époque comme aujourd’hui encore, en auteur essentiel de l’âge d’or de la bande dessinée, il fallait que le dessin réussisse à lui rendre hommage, sans pour autant n’en être qu’une pâle copie. Et Louis Alloing a, sans aucun doute, réussi ce pari de ne pas s’éloigner de Jacobs tout en se préservant un style personnel. C’est bien d’hommage qu’il s’agit ici.

Et ce graphisme est séduisant. Encore plus, peut-être pour tous ceux qui connaissent Bruxelles. Alloing réussit à nous en restituer l’ambiance, au fil des années, les changements, avec un respect qui ne naît pas de l’accumulation des détails mais d’un véritable travail d’épure.

La bande dessinée d’aujourd’hui ne serait sans doute la demeure aux pièces variées que l’on connaît, sans tous ceux qui en ont entrouvert les premières portes. Et parmi eux, Jacobs occupe une place de choix, c’est évident. Et c’est cette évidence, avec une belle économie de moyens, que nous restituent les auteurs de " La marque Jacobs ", Rodolphe et Alloing. Et pour compléter le plaisir de la lecture, pourquoi ne pas aller visiter l’exposition que le centre belge de la bande dessinée consacré à cet album.

Jacques Schraûwen

La Marque Jacobs (scénario : Rodolphe – dessin : Alloing – éditeur : Delcourt)