L'orthographe est-elle respectable ?

La Convivialité
La Convivialité - © Véronique Vercheval

Si vous êtes de ceux que l’accord du participe passé a longtemps plongés dans d’atroces souffrances, si vos dissertations étaient systématiquement vouées aux notes les plus basses pour cause d’orthographe exécrable, alors ce spectacle est pour vous. Mais d’abord, il vous faudra passer une épreuve. A l’entrée de la salle on vous remettra une feuille de papier et un crayon. A peine installé, vous serez soumis, mais oui, à une courte dictée. Vous voilà soudain légèrement ému … tant de mauvais souvenirs remontent à la surface…, vais-je l’écrire sans faute…, le mot "alourdir" prend-il un ou deux l … ?

Mais rassurez-vous : pendant cinquante minutes, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, tous deux professeurs de français, vous persuaderont que tout compte fait, l’orthographe n’est jamais que le code graphique de la langue, que, comme l’écrivait Stendhal, elle est "la divinité des sots", et que l’important est "d’avoir du style" (Flaubert). L’orthographe est donc un outil, mais est-ce un bon outil ? Dans un premier temps, nos deux conférenciers  s’attachent à démontrer que l’orthographe française est tout sauf rationnelle. Des exemples ? Un mot peut parfois s’écrire de 240 manières différentes, ou encore, seules 3 lettres se prononcent toujours en français !  Tout aussi arbitraires apparaissent l’accord du participe passé ou les pluriels en "x". Et les recherches étymologiques n’apportent que des réponses peu  convaincantes.  Bref, l’esprit critique s’arrête au seuil de l’orthographe, nous dit-on.  Mais alors, pourquoi lui vouer un tel culte et pourquoi les professeurs de français sont-ils sommés d’être les "curés de la langue" ? Enfin comment justifier qu’elle puisse si souvent, à elle seule, barrer l’accès à un emploi, disqualifier  et discriminer le malheureux qui aurait osé l’outrager ?

Les orateurs nous convient alors à un bref parcours historico-socio-politique. Si dès le 17e siècle, l’orthographe reflète déjà l’appartenance à la bonne société, c’est au 19e qu’elle deviendra véritablement enjeu identitaire avec la prise de pouvoir de la bourgeoisie. N’est-ce pas ce sentiment qui nous habite encore aujourd’hui  lorsque  nous refusons les réformes de l’orthographe ? Ou bien serait-ce la peur, consciente ou non, que l’on touche à notre patrimoine ? Et en fin de compte, dans notre monde hyper connecté, qui détient la norme en cette matière ? L’Académie ? Le dictionnaire ? Google ? Autant de questions passionnantes qui secouent nos méninges (parfois) paresseuses  ou conformistes, mais sans jamais ennuyer. Dans leur conférence–spectacle, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron ont choisi la position debout, accordant leurs pas au rythme du discours dialogué. En bons pédagogues, ils ont fait appel  à la complicité de Kevin Matagne qui leur a créé des vidéos à la fois belles et efficaces. Ils savent aussi que pour convaincre un public (que ce soit celui d’une classe ou celui d’une salle de théâtre), le meilleur outil c’est l’humour. Et on rit beaucoup tout au long de cette brillante démonstration. On se prend même à songer qu’on aurait bien aimé les avoir comme profs ces deux-là !

La Convivialité de et avec Arnaud Hoedt et Jérôme Piron/ Cie Chantal & Bernadette

Co-mise en scène : Arnaud Pirault et Clément Thirion

Théâtre National jusqu’au 15/10/16

Bozar 07/03/17

Centre culturel de Thuin 22/04/17 – 06/05/16 – 14/05/17 – 20/05/17

Théâtre de Liège 23 au 29/04/17