L'envolée sauvage : 4. La Boîte aux souvenirs

Cette série se construit en cycles de deux albums. Et avec cette " Boîte aux souvenirs ", c’est le deuxième cycle qui s’achève. Chacun de ces diptyques nous fait découvrir le destin d’enfants juifs perdus dans la tourmente d’une guerre qui a rendu l’horreur quotidienne.

Ada est une gamine comme toutes les gamines, que les circonstances mûrissent sans pour autant effacer en elle les fulgurances de l’enfance. Sur les routes de la fuite, sur les chemins de l’errance, elle prend soin de son petit frère, Lucja, lui permettant, grâce aux histoires qu’elle lui raconte, de ne pas vraiment subir le temps qui passe de trahison en étonnement, d’espérances déçues en tueries inhumaines, de rencontre éblouissante en départ sans retour possible…

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L'envolée sauvage : 4. La Boîte aux souvenirs © Tous droits réservés

Bien sûr, on retrouve un peu du film " La vie est belle " de Benigni, dans la trame générale de cette histoire. Mais pour aborder ce récit, Laurent Galandon, l’excellent scénariste dont j’ai déjà souligné par ailleurs tout le talent dont il fait preuve, toute l’intelligence de ses constructions narratives, Laurent Galandon donc a choisi de tout axer sur l’enfance. Là où, dans le roman, le cinéma ou la bande dessinée, lorsqu’il s’agit de pénétrer pleinement dans ce que fut ce deuxième conflit mondial, les enfants ne sont pratiquement que des personnages secondaires. Ils subissent les événements et n’existent, en quelque sorte, que pour souligner violemment ce qu’est l’indicible. Dans " L’envolée sauvage ", il n’en est rien : ce sont les adultes qui deviennent secondaires, et les thèmes abordés, celui de la haine raciale, celui de la déportation, celui des camps de concentration, ces thèmes le sont au travers des réalités des enfants.

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L'envolée sauvage : 4. La Boîte aux souvenirs © Tous droits réservés

Ce parti-pris aurait pu être casse-gueule, déboucher sur du mélo larmoyant. Il n’en est rien, que du contraire ! Galandon évite tous les écueils, toutes les facilités, et son scénario, d’une pudeur exemplaire, rend compte avec une intelligence rare, des sentiments et des sensations qu’offre la vie, même aux moments les plus dramatiques, les plus désespérants. Les références constantes à " Alice au pays des merveilles " ne sont pas gratuites ! Rien n’est gratuit, d’ailleurs, dans cet album !

Quant au dessin de Hamo, il participe de la même manière à ce qui est, d’ores et déjà, une des toutes grandes réussites de la BD de ces dernières années. Pas de tape-à-l’œil dans son graphisme, un découpage classique pour que l’histoire dessinée accroche, de planche en planche, le regard du lecteur. Les visages sont ronds, les couleurs lumineuses, les expressions retranscrites avec simplicité. Il y a véritablement, dans cette " Envolée sauvage " fusion entre texte et dessin, comme si la puissance de ce qui est raconté unissait les auteurs dans une recherche d’efficacité sans artifice.

Si vous n’avez pas encore découvert cette série, n’attendez pas ! Elle donne ses lettres de noblesse à la bd, dans un style classique qui peut se lire par tout le monde, enfants et adultes. " La Boîte aux Souvenirs " est celle de la mémoire, d’une mémoire collective qui, seule, peut peut-être éviter au monde qui est le nôtre de retomber dans l’inacceptable et l’indicible !

 

Jacques Schaûwen

 

L’envolée sauvage : 4. La Boîte aux souvenirs (scénario : Galandon – dessin : Hamo – éditeur : Bamboo Grand Angle)