L'Ambulance 13 : Croix de sang – Au nom des hommes – Braves gens

A un peu plus d’un an de l’anniversaire de ce premier conflit mondial qui fut une véritable boucherie, il est évident que cette guerre reste bien présente dans la littérature, au sens large du terme. Et la bande dessinée n’est pas en reste, depuis quelques mois, depuis plus longtemps même avec l’immense Tardi.

L’ambulance 13, au même titre que " Folies Bergères " par exemple, s’inscrit dans cette lignée d’albums capables de dépasser la simple anecdote pour nous livrer, graphiquement et littérairement, un discours qui revêt une part d’universalité.

L’ambulance 13, c’est, au plus profond des combats, une unité du service de santé français : un médecin et quelques poilus, rien de plus. Ce jeune médecin, c’est Charles-Louis Bouteloup, fils d’un haut gradé de l’armée qui vit dans les sphères de l'ambition politique. Et dans ce cloaque où il arrive, où l’existence n’a plus aucune valeur, où la mort est seule à posséder le pouvoir, toutes ses certitudes vont s’effondrer. La réalité ne dépasse pas la théorie, elle l’efface, irrémédiablement. Ce médecin, ainsi, va très vite refuser les diktats d’une hiérarchie seulement avide d’honneurs et de gros titres mensongers dans les journaux. Il va faire corps avec ses hommes, dans une lutte pour la vie, une lutte sans merci et sans beaucoup d’espérance.

Et le lecteur se plonge ainsi, avec lui, dans un univers glauque, certes, mais où des sentiments peuvent naître, des sentiments qui n’ont rien à voir avec l’héroïsme, mais qui sont simplement, d’une certaine manière, un exutoire face à l’horreur. Amour, amitié, respect, athéisme, peur, courage, fuite, chagrin, incompréhension, luttes d’influence, politiques imbéciles et sournoises, tout se mêle dans ces trois albums, avec une efficacité superbe, tant au niveau du texte que du dessin.

Aucun voyeurisme dans cette série. Les opérations médicales, aussi horribles soient-elles, ne sont décrites ou montrées qu’avec nécessité.

Cothias et Ordas au scénario, privilégient ainsi le mélange des histoires humaines. Le présent, bien entendu, du personnage central, de ses proches. Celui des politiciens. La décision politique des exécutions pour l’exemple. Le passé, aussi, du lieutenant Bouteloup. Et plusieurs destins croisés, à Verdun, à Paris, en Province…

Avec un sens parfait de la mise en situation, ces deux scénaristes n’hésitent pas à offrir au lecteur des textes qui ne sont jamais stéréotypés, et qui ont une véritable tenue littéraire.

Quand au dessin de Mounier, il ne fait certes pas " dans la dentelle " pour se plonger totalement dans tout ce que la guerre peut avoir d’inacceptable, physiquement et moralement, mais son réalisme lumineux et sans apprêts inutiles, d’un classicisme tranquille, était ce qu’il fallait pour donner vie et puissance à cette histoire. Pour donner une véritable existence à Bouteloup, mais aussi à tous ceux qui l’entourent. Les personnages secondaires, en effet,  existent, véritablement, profondément, ils ne sont pas que des silhouettes, et ce grâce à la fois au scénario et au graphisme.

Une excellente série, donc, et dont le discours, voire le message, ne peuvent que s’accrocher également à l’époque qui est la nôtre.

Trois albums sont déjà parus, tous parfaitement réussis. Et ils ne peuvent qu’avoir leur place dans votre bibliothèque, en attendant, avec impatience, la sortie du prochain (et dernier ?) opus.

Jacques Schraûwen

L’Ambulance 13 : Croix de sang – Au nom des hommes – Braves gens (scénario : Cothias et Ordas – dessin : Mounier – éditeur : Bamboo/Grand Angle)