Keith Haring, le messager

Keith Haring léger et sérieux
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Keith Haring léger et sérieux - © AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT

Allez à Paris voir les 220 œuvres de l’artiste, partagées entre le Musée des arts modernes de la ville de Paris et le CentQuatre. Dès le premier tableau, on est happé par la joie.

Keith Haring est amour, Keith Haring est humour et Keith Haring est militant. Le premier tableau au Musée des Arts Modernes - Manhattan Penis drawing for Ken Hicks, 1978 - ce sont ces pénis crayonnés et décrits joyeusement, selon le lieu de l’inspiration. Le pénis dessiné devant le joaillier Tiffanys’ amuse  et décide les visiteurs de se risquer à découvrir tous les autres.

Keith Haring, c’est cela et tellement plus, cela paraît léger et s’avère sérieux. Même si des pénis, il y en a effectivement beaucoup, tout au long du parcours de l’exposition. Ode à son homosexualité revendiquée, égérie de sa lutte pour du " safe sexe " en pleine épidémie du SIDA dans une communauté Ko sous le poids de ses morts. Dans le New York des années 80, au bord de la banqueroute et sous la présidence de Reagan, un homosexuel sur 2 était séropositif. Il n’était donc pas si anodin de vouloir lutter, certes mais sans renoncer, dans la jouissance, toujours.

Né en 1958, dans une petite ville de Pennsylvanie, au sein d’une famille aimante, de tradition catholique. Très vite initié au dessin, par un père passionné de bande dessinée, Keith Haring déclare à l’âge de 10 ans, vouloir être artiste en France. Toute sa vie, il sera habité par cette obsession de la ligne. Bref passage par Pittsburgh, dans une école pour futurs dessinateurs publicitaires qui le décide à surtout, devenir peintre. C’est à Pittsburgh aussi, qu’il découvre le travail d’Alechinsky et de Dubuffet, deux de ses influences et qu’il expose une première fois ses dessins abstraits. Il a 20 ans. Il part pour New York et s’inscrit à la School of Visual Art. Keith Haring s’y crée sa communauté, fréquentant assidûment le milieu underground : des artistes comme Jean-Michel Basquiat, des musiciens (Madonna, Grace jones…) , des DJ, des graffeurs…

Le parcours, proposé par le musée d’Art moderne (MAM) de la Ville de Paris et le CentQuatre, est à la fois chronologique et politique. Parce qu’en plus des couleurs, de ce tracé si particulier, de ce langage fait de symboles aux significations réversibles, Keith Haring est engagé. Contre Reagan, le nucléaire, la religion, le racisme, le sida. Il se lance à l’assaut de ses supports – bâches, panneaux publicitaires dans le métro, poutres métalliques, vases, etc – sans aucun travail préparatoire, avec frénésie. Peu importe les années qui passent, sa très grande production, il reste quelque chose de l’ordre de la fraîcheur adolescente, de celle qui fait qu’on laisse sur un banc d’école les traces de ses révoltes. C’est redoutable d’efficacité. Même quand son message se fait plus agressif, cela passe. Il a cette capacité à s’adresser à la masse parce qu’il en a la volonté et qu’on sent son affection.

Et à la différence de son père spirituel, Andy Warhol, il semble dénué de ce cynisme commercial. Même lorsqu’il ouvre son PopShop en 1986, sur Mercer street. Des mugs, des aimants, des baskets, des posters, des badges…cela déborde de couleurs, du Keith Haring en overdose. J’y suis allée en 1995, c’était comme un magasin de bonbons. J’ai acheté des badges et 2 posters. J’ai tout gardé, reliques de ce voyage, sauf un des 2 posters. Par un curieux hasard, j’étais à New York aussi, en août 2005, mois de la fermeture définitive du Pop Shop, cela m’a démoralisée. Cela sonnait la fin d’une époque.

 

Keith Haring s’en est allé, rattrapé par le SIDA, en 1990. En 11 ans de carrière, sa production a été colossale et sa fondation veille. Dans le documentaire de Maripol, un adolescent apprenti graffeur, Garth, exprime son admiration pour Keith Haring, pour sa capacité à avoir élevé quelque chose de simple au niveau d’icône.  Et de lui avoir montré qu’on pouvait gagner sa vie en dessinant sur des murs…

 

Stéphanie Etienne

Et les infos pratiques

KEITH HARING, THE POLITICAL LINE au MAM, 11, av. du Pdt-Wilson, 75016. Et au CentQuatre, 5, rue Curial, 75019. Jusqu’au 18 août. Rens. : www.mam.paris.fr Catalogue 34 €.

KEITH HARING, THE MESSAGE de MARIPOL à suivre sur creative.arte.tv KEITH HARING, THE POLITICAL LINE au MAM, 11, av. du Pdt-Wilson, 75016. Et au CentQuatre, 5, rue Curial, 75019. Jusqu’au 18 août. Rens. : www.mam.paris.fr Catalogue 34 €.

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