Jane Goodall, dans la peau du singe blanc

Si le nom de Dian Fossey reste dans les mémoires, notamment pour sa fin tragique, celui de Jane Goodall est sans doute moins connu du milieu non-scientifique.

Parmi ces personnalités qui contribuent à "faire" l’Histoire sans qu’on retienne leur nom, découvrez cette fois Jane Goodall, l’ethnologue qui a changé le regard de l’Homme sur l’animal.

Portant initialement sur le comportement des chimpanzés, son étude a en effet pris une dimension plus large pour devenir, quelques années plus tard, un manifeste pour un vivre-ensemble entre les êtres humains, les animaux et l’environnement.

Née d’une famille anglaise modeste de Bournemouth, Valerie Jane Morris-Goodall éprouve très tôt une fascination pour la nature dans laquelle elle aime se perdre pendant des heures, au point de conduire ses parents à déclarer sa disparition à la police.

Contrairement aux autres filles de son âge, Jane fantasme sur une vie en Afrique entourée des animaux. Peu communs pour l’époque, ses désirs sont néanmoins soutenus par sa mère, qui l’accompagnera d’ailleurs lors de sa première expédition.

Après ses études secondaires, Jane doit renoncer aux études universitaires, faute de moyens. Elle enchaîne donc les petits jobs pour finalement décrocher un poste de secrétaire à Londres.

Premiers pas en Afrique

En 1957, Jane se voit proposer des vacances au Kenya, dans la ferme familiale d’une amie. Après avoir affiné sa connaissance des animaux africains à travers ses lectures, elle va enfin pouvoir mettre la théorie, aussi passionnante soit-elle, en pratique.

Âgée de 23 ans à l’époque, elle y fait la connaissance de Louis Leakey, le célèbre paléontologue et bien connu pour avoir été le pygmalion de Dian Fossey. Celui-ci s’intéresse aux chimpanzés que le milieu scientifique considère encore comme dénués d’intelligence et d’émotions.

Curieuse et passionnée, Jane est la candidate idéale pour Louis Leakey dans la mesure où, comme non-universitaire, elle n’a pas ingurgité le prémâché scientifique de l’époque qui mettait l’homme sur un piédestal.

Dans la peau d’un "singe blanc"

À 26 ans, Jane Goodall atterrit en Tanzanie, dans le Parc National de Gombe Stream où elle tente, chaque jour et pendant de longs mois, de se rapprocher toujours plus près des chimpanzés. Tel un "singe blanc", elle les imite, leur parle, leur donne des noms plutôt que de se limiter à quelques numéros.

Commencée en 1960, cette immersion totale a permis de documenter la dextérité des chimpanzés, jusqu’ici considérée comme le propre de l’homme, ainsi que leur sensibilité. Aussi, les observations ont révélé le régime omnivore – et non uniquement herbivore - de certains d’entre eux.

Après quelques mois, National Geographic finance les recherches et envoie sur le terrain Hugo van Lawick, cinéaste, pour filmer son aventure. Ce n’est qu’en 2017 que ces 100 heures de vidéos seront révélées dans le documentaire "Jane" de Brett Morgen (trailer ci-dessus).

"Faire ce que les femmes ne faisaient pas"

Après une enfance animée par des personnages d’aventure exclusivement masculins - Dr Dolittle, Mowgli ou Tarzan - elle rêvait de "faire ce que les femmes ne faisaient pas".

Si les revendications féministes ne constituaient pas le moteur de son aventure, Jane Goodall a rapidement compris qu’il valait mieux devenir "naturaliste" que prétendre au titre de "scientifique", une porte généralement fermée pour les femmes de l’époque.

Lors d’un voyage aux Etats-Unis où elle devait donner quelques conférences, l’ethnologue s’étonne du sensationnalisme perpétré dans les médias qui s’intéressaient plus à ses cheveux blonds et ses jambes qu’à ses recherches.

Jane Goodall d’après et d’aujourd’hui

Son étude sur les chimpanzés a amorcé une réflexion plus large sur le rapport de l’être humain avec l’animal et l’environnement.

L’année 1977 marque la création du Jane Goodall Institute (JGI) aux États-Unis, l’équivalent français en 2004, qui œuvre pour la conservation de l’environnement et du monde sauvage.

En 1991, Jane Goodall créée le programme Roots & Shoots, qui rassemble aujourd’hui 150.000 jeunes issus de 100 pays, déterminés à s’engager au sein de leur communauté.

En 2002, l’ethnologue a été nommée messagère de la paix des Nations Unies. Deux ans plus tard, elle s’est vue attribuer le grade de Dame commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique. Décorée de la Légion d’honneur en France, elle a également reçu le prestigieux prix Kyoto au Japon ainsi que la Médaille d’or de l’Unesco.

À 86 ans, elle continue de partager son expérience unique qui, malgré les nombreuses critiques qu’elle a longtemps provoquées, continue de susciter l’intérêt de nombreux étudiants, chercheurs et citoyens concernés par le monde qui les entoure.