Jack Manini et Marc Hardy : deux très beaux portfolios légèrement coquins

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En parallèle de la BD, c’est un vrai plaisir, parfois, que de découvrir des « objets » qui mettent en évidence, et en valeur, le travail plus personnel d’artistes par ailleurs talentueux !

Et ces auteurs, qui s’illustrent dans des domaines bien différents de la bande dessinée, l’humour pour Hardy, l’aventure et l’histoire pour Manini, nous font ici l’aveu, en quelques dessins, du plaisir qui est le leur à dessiner LA femme. Un plaisir qui vaut la peine d’être partagé !

Marc Hardy

Le trait de Hardy est aisément reconnaissable. Dans ses albums, tout au moins ! Parce qu’ici, loin de son bonheur à créer des personnages vifs, en mouvement, loin de son plaisir à raconter des histoires dans lesquelles l’humour s’amuse toujours à n’être pas " politiquement correct ", ici, dans ce portfolio, c’est à un autre aspect de son talent qu’il nous convie. C’est avec un sens aigu du réalisme qu’il nous offre en effet huit planches dans lesquelles la femme est omniprésente. Il s’agit d’érotisme, certes, mais d’un érotisme qui évite toute vulgarité. On pourrait presque parler d’un certain " académisme ", si le graphisme de Hardy, même réaliste, ne s’amusait pas à mettre en mouvement les personnages qu’il dessine, et, dès lors, à en exagérer quelque peu les gestes, les attitudes. La mise en couleur, en outre, dans des tons qui mêlent la douceur et le "flash", ne ressemble nullement non plus à ce qu’on connaît de Hardy, dans Pierre Tombal par exemple. Ce portfolio est donc une vraie -et belle- découverte !

Jack Manini

Tantôt scénariste, tantôt dessinateur, Jack Manini aime raconter des histoires qui ne se contentent jamais d’être uniquement anecdotiques. Les scénarios qu’il choisit de dessiner se doivent toujours de dépasser les simples apparences de l’aventure pour, sans didactisme inutile et lourd, s’ouvrir à ce qui fait le sentiment humain, ou son histoire. " S.O.S. Lusitania " en est un exemple évident. Il en va de même pour les scénarios qu’il livre à d’autres dessinateurs. " Hollywood ", ainsi, nous fait découvrir les dessous de la naissance du grand cinéma américain, et " La guerre des amants " nous emmène dans les soubresauts de l’art pictural à l’heure des grandes révolutions du début du vingtième siècle.

Ici, dans ce portfolio, un peu à la manière de ce que fit il y a quelques années Dany, il ressuscite la mode des pin-ups… Il met la femme en scène, en quelque sorte, la transformant en vampire, en sorcière, en pirate. Il la dénude avec, à la fois, une évidente tendresse, et un sens aigu de l’expression du visage. Coquines mais sans aucune mièvrerie, les huit planches qui forment cet objet forment une espèce de paysage de la présence féminine dans les rêves de tout un chacun. On n’est pas loin du cinéma hollywoodien !

On peut le dire franchement : le choix érotique mais soft des éditions Inanna est une parfaite réussite. Les portfolios sont beaux, les reproductions sont d’une qualité parfaite, et le choix des auteurs ainsi mis à l’honneur semble vraiment aller de soi. Deux " objets " bd, donc, qui ne peuvent que prendre place dans votre bibliothèque, puisqu’ils permettent de découvrir des aspects nouveaux du talent de dessinateurs par ailleurs importants dans le paysage du neuvième art !

 

Jacques Schraûwen

Manini et Hardy : portfolios parus chez l’éditeur Inanna

www.inanna-editions.fr

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