Honoré Daumier, impitoyable dénonciateur des inégalités sociales

Honoré Daumier (1818 - 1879)
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Honoré Daumier (1818 - 1879) - © Capture d'écran Youtube

Témoin et acteur de son temps, ce caricaturiste, peintre et sculpteur français du XIXe siècle, a consacré toute sa vie, ou presque, à défendre les opprimés.

Soutenu par le peintre Camille Corot et encore Victor Hugo, Honoré Daumier figure parmi ces artistes qui ont donné à l’art ce moyen de conscientiser la société sur des enjeux contemporains.

Né en 1808 d’un père vitrier et grand admirateur de Jean-Jacques Rousseaux, le petit Honoré déménage avec sa famille à Paris. Pour Jean-Baptiste Daumier, quoi de mieux que la Ville Lumière pour s’essayer à une carrière de poète et, surtout, pour arrondir les fins de mois ?

Malgré sa vocation artistique incontestable, Honoré Daumier gagne son pain en travaillant pour un huissier, où il est pris de compassion pour les pauvres.

Féru d’art, il intègre finalement l’école d’Alexandre Lenoir, directeur du Musée Royal et ami de son père. Malheureusement, ce type d’éducation artistique ne lui permet pas d’exprimer complètement sa fougue, celle des "gens d’en bas".

Il découvre un jour la lithographie, une nouvelle technique de gravure venue d’Allemagne. Cette trouvaille lui permet de développer sa créativité et surtout, et pas des moindres, d’avoir de quoi se mettre sous la dent à la fin de la journée.

La caricature pour railler la monarchie

Sa rencontre avec le célèbre dessinateur et journaliste, Charles Philippon, marque un tournant décisif dans sa vie d’artiste engagé. À 20 ans, il signe ses premières caricatures sous le pseudo "Rogelin" pour La Silhouette, le premier hebdomadaire satirique illustré de France.

Cette première moitié du XIXe siècle est une période ambiguë pour la presse qui vacille entre liberté et censure. La caricature devient un moyen redoutable pour s’adresser à tout un chacun et reproduire, dans un seul dessin, le poids des désillusions de 1830.

En effet, les trois journées d’insurrection, dites les "Trois Glorieuses" ou "Révolution de Juillet" avaient mené les Parisiens aux barricades pour renverser le roi Charles X. Mais la révolte est ensuite récupérée par la bourgeoisie qui installe sur le trône Louis-Philippe Ier. Les classes populaires, elles, comprennent rapidement que tous les hommes ne seront pas égaux aux yeux du soi-disant "Roi des Français".

Griffer la monarchie

Fervent républicain, Honoré Daumier se dresse contre cet Etat antidémocratique qui appauvrit toujours plus les pauvres et enrichit davantage les riches. Les manifestations républicaines sévèrement réprimées de juin à octobre 1830, c’est désormais sur papier que l’artiste s’insurge.

En décembre 1831, une de ses premières lithographies politiques, "Gargantua", est publiée dans La Caricature. En référence au personnage rabelaisien, Gargantua incarne ici Louis-Philippe Ier, dominant tous les autres individus. À droite, les travailleurs qui font don de leur argent et, à gauche, les notables et nouveaux oisifs en direction de l’Assemblée Nationale. Sous l’échelle, quelques privilégiés tentent de récupérer les pièces perdues dans le transport.

Véritable porte-parole d’une société malmenée par ses dirigeants, "Gargantua" coûte à Daumier 6 mois de prison et une amende de 500F, un montant non négligeable à l’époque.

À la suite de l’adoption des lois sur la censure, en 1835, l’artiste tire un trait sur la satire politique pour se consacrer à la caricature de mœurs.

Au total, Honoré Daumier vivra sous 6 régimes différents et s’éteindra dans l’ombre le 11 février 1879 dans sa maison de Valmondois, dans le Val d’Oise.