Hell School 2 : les interviews

Un internat élitiste sur une île privée, une école dont on ne peut s’échapper, trois adolescents qui, refusant les rites de bizutage, s’y retrouvent en marge de toute vie sociale et en  bute aux humiliations à la fois des professeurs et des autres élèves : voilà la trame d’une trilogie efficace dont le deuxième tome vient de sortir. La construction est classique, certes, mais les thèmes abordés, eux, ne le sont pas vraiment : les règles de la vie en groupe pour des jeunes abandonnés à eux-mêmes dans un carcan de discipline rétrograde, le rejet, l’acceptation, le tout enfoui dans ce qui devient progressivement une enquête passionnante.

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Hell School : 2. Orphelins © Tous droits réservés

On retrouve ici des thèmes propres à la littérature de jeunesse, c’est évident. On n’est pas loin, d’une certaine manière, des histoires qui étaient racontées, en leur temps, dans une collection mythique, « Signe de Piste ». Avec une différence, cependant : les adolescents décrits par Vincent Dugomier et dessinés par Benoît Ers n’ont rien d’intemporel. Ils sont ancrés totalement dans la réalité contemporaine. Et le suspense naît de cette possibilité qui leur est offerte, imposée plutôt, de se retrouver dans un environnement qui, lui, semble totalement axé sur des valeurs anciennes, désuètes, voire même inacceptables.

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Hell School : 2. Orphelins © Tous droits réservés

C’est de cette ambivalence entre un décor de rêve et une ambiance stricte que naît le premier intérêt de la narration. Les trois jeunes, Bastien, Hina et Boris, qui, dans cet internat, refusent de faire partie du troupeau, ont chacun leurs secrets, leurs fêlures. Et le rejet dont ils font l’objet leur permet de nouer entre eux, sur la plage, aux moments de récréation, des liens qui deviennent ceux de l’amitié. Dans le premier volume de cette trilogie, on découvrait les personnages, ils s’installaient dans leur nouvelle existence, ils s’intégraient à leur manière dans un environnement hostile, et ils devinaient que, sur cette île-école, sur cette île-prison, quelques mystères se cachaient, tout comme eux cachaient une part de leur passé, de leur présent. Dans ce deuxième tome, le mystère s’affirme, les questions se multiplient, et les trois jeunes rejetés deviennent acteurs de leur propre destinée.

 

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Hell School : 2. Orphelins © Tous droits réservés

On peut dire qu’il s’agit ici de bd classique, tant dans sa forme que dans son découpage. Une bd qui s’adresse à tous les publics, également, sans « prise de tête ». Mais une bd qui n’hésite pas à poser les bonnes questions : que doit être l’enseignement, que sont les phénomènes de groupes, les faces sombres de tout être humain, ado ou adulte, l’affirmation de soi dans le conflit, dans l’opposition, ou dans la complicité… Des thèmes qui peuvent, puisque la mort est présente également sur cette île, être particulièrement sombres. Pour en estomper les horreurs, il fallait un dessin tout en rondeur qui, d’une certaine manière, arrondit les angles du récit. Et le graphisme de Benoît Ers est exactement ce qu’il fallait pour que cette histoire d’un complot qui vise des adolescents qui se refusent à être ce qu’on veut qu’ils soient se lise avec un vrai plaisir.

Une très bonne série, donc, qui prouve que la bd pour jeunes peut s’éloigner avec intelligence de tous les clichés possibles et imaginables ! Une belle fusion, également, entre le dessin et le scénario : à lire, donc, et à faire lire…

 

 

 

Jacques Schraûwen

 

Hell School : 2. Orphelins (scénario : Dugomier – dessin : Ers – éditeur : Lombard)