Guy Thys, le football malgré la guerre

Guy Thys, le football malgré la guerre
Guy Thys, le football malgré la guerre - © BELGAIMAGE

Redécouvrez aujourd’hui Guy Thys, le célèbre footballeur anversois qui, avant de mener les Diables Rouges au sommet, a connu des débuts mouvementés par la tourmente de la Seconde Guerre Mondiale.

Le football, un héritage familial

C’est à 12 ans que le futur sélectionneur des Diables Rouges commence à jouer au ballon rond, soutenu par son père. Pendant l’entre-deux-guerres, Ivan Thys comptait parmi les stars du club familial anversois, le Royal Beerschot Athletic Club.

Seulement deux ans plus tard, en 1936, Guy Thys rejoint l’équipe provinciale des cadets.

La guerre, un moment opportun ?

Le 3 septembre 1939, le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Cette date marque le début de la "drôle de guerre" – ou "drôle de paix" pour la Belgique neutre - désignant la période de léthargie alliée suite à l’invasion ennemie en Pologne.

Par prévention, l’armée belge mobilise progressivement ses soldats depuis le 25 août, date à partir de laquelle les équipes de football assistent au départ de certains de leurs joueurs. Pour Guy Thys, le manque d’effectifs est une occasion pour se mettre à l’avant-scène. En équipe première, il marque les esprits en infligeant notamment 5 buts sur les 8 face à l’Olympic Club de Charleroi.

Le 10 mai 1940, l’invasion allemande en Belgique met un terme à ces neuf mois d’incertitude. L’ennemi est aux portes et, deux jours plus tard, tous les hommes âgés entre 16 et 35 ans sont sommés de rejoindre les Centres de Recrutement de l’Armée belge (C.R.A.B.).

En route vers la France, accompagné de quelques camardes à bicyclette, Guy Thys est finalement rattrapé par l’avancée allemande au bout de 12 jours de voyage. Au bout de dix-huit jours de résistance, la Belgique capitule, permettant à l’occupant de s’installer dans ses terres pour les quelques années à venir. De retour au bercail, Thys tente, comme beaucoup d’autres, de retrouver une vie "normale".

Les bottes allemandes sur gazon

Le milieu du football, comme ailleurs, tente de s’adapter à cette nouvelle réalité. S’il faudra attendre la saison 1941-1942 pour retrouver le championnat national, les compétitions provinciales sont maintenues.

Le football devient pour plusieurs Belges un moyen de s’évader du quotidien de l’occupation et, pour les Allemands, un garant de l’ordre public.

Sport populaire, le ballon rond devient aussi un véritable enjeu politique. Effectif en 1943, le Commissariat général à l’Education physique et aux Sports prend la couleur de l’Ordre Nouveau* et s’attire rapidement les foudres de nombreux opposants. Hostiles à l’idée que ces idées autoritaires puissent gagner petit à petit les maillons du football, le Comité National d’Éducation Physique (CN) et le Comité Olympic Belge (COB) s’unissent pour minimiser le rôle du Commissariat dès la fin de l’année 1943.

Occupant et occupé se côtoient à la fois sur le terrain et dans les gradins. Guy Thys, lui, est de ceux qui refusent catégoriquement les matchs amicaux avec les Allemands.

Bien que la mobilisation de 1939 ait été pour lui une occasion en or, le retour au pays des soldats mobilisés replace notre attaquant anversois au second plan. Pour avoir une chance de progresser, Thys quitte le banc des réservistes du Beerschot pour rejoindre, pendant un an, le Daring Club de Bruxelles.

Le football, envers et contre tout

L’occupation bousculée par l’avancée alliée et les bombardements, la saison 1944-1945 est mise à mal et l’étau se resserre autour de Thys. Si son statut de sportif professionnel a longtemps pu lui éviter le travail obligatoire*, les besoins accrus de main-d’œuvre rendent l’occupant plus intransigeant.

Inscrit à des courses cyclistes pendant l’été pour justifier des compétitions, la saison de football étant terminée, il gagne aussi la protection d’un patron d’entreprise, un fan du Beerschot. Mais les alibis devenant insuffisants face aux Allemands qui le traquent, Guy Thys n’a plus d’autres choix que de se cacher pendant trois longs mois, de mai 1944 jusqu’à la Libération.


De 1976 à 1986, Guy Thys a été sélectionneur des Diables Rouges avec, au total, 45 victoires et 101 rencontres. En 1980, "l’homme au cigare" avait mené l’équipe nationale jusqu’en finale de l’Euro contre la République fédérale d’Allemagne (RFA), jusqu’ici le meilleur classement de cette compétition. Lors de la Coupe du Monde de 1986, les Diables Rouges sont montés en demi-finale pour s’incliner face aux Argentins.

Jusqu’à la fin de sa vie, le 1er août 2003, Guy Thys a continué de s’impliquer au sein de l’actuelle Royal Belgian Football Association.

Ordre Nouveau : Dénomination générale caractérisant un courant d’idées et d’organisations qui, durant l’entre-deux-guerres, veut remplacer la démocratie parlementaire par un système politique autoritaire dirigé par un chef puissant et une élite politique autoproclamée. (Source : Site Belgium WWII)

Travail obligatoire : Face aux besoins accrus de main-d’œuvre de l’industrie allemande, les pays occupés tels que la Belgique sont contraints – et non plus "volontaires" – d’aller travailler en Allemagne dès octobre 1942. Tout homme entre 18 et 50 ans et toute femme entre 21 et 35 ans sont concernés (avec exceptions). (Source : Site Belgium II)