Gourmandise et bd : La Passion de Dodin-Bouffant, Les Secrets du Chocolat, Recette Belges

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dodin - © dargaud

La mode étant à la gastronomie, sous toutes ses formes, il est normal que la BD s’y intéresse aussi. Et ces trois albums auront de quoi vous mettre en appétit !

Manger peut être un art… ou une habitude ! Voici trois livres très différents les uns des autres, par leur contenu, leur " philosophie ", leur graphisme, leur approche du monde de la cuisine. Deux d’entre eux pourront sans doute prendre place dans votre bibliothèque de livres de recette. Le troisième, " La passion de Dodin-Bouffant ", excellent à tous les niveaux, méritera, quant à lui, de compléter vos rayonnages consacrés à vos meilleurs albums de bande dessinée !

La passion de Dodin-Bouffant (auteur : Mathieu Burnat – éditeur : Dargaud)

Au milieu du dix-neuvième siècle, dans une petite ville du Jura, monsieur Dodin-Bouffant est vénéré pour son amour de la cuisine, pour le plaisir qu’il apporte à créer et recréer, devant ses fourneaux , l’art de manger. De savourer. De découvrir... Sa table, malgré la renommée qui est la sienne aux quatre coins de France et de Navarre, il ne l’offre en partage qu’à de très rares privilégiés : le notaire, le médecin et un marchand de bestiaux.

Et voilà que sa cuisinière meurt inopinément.

Plus penseur que réalisateur, Dodin-Bouffant est désespéré par cette perte. Et même si les candidates à la succession d’Eugénie se bousculent sur son perron, aucune ne réussit à le convaincre de ses qualités culinaires. Jusqu’à ce qu’apparaisse Adèle, la fille de paysans de la région. Et là, c’est un coup de foudre culinaire qui naît entre eux.

Ne croyez pas que ce livre soit uniquement une succession de plats préparés. Mathieu Burniat s’est lancé, en fait, dans une description sensuelle à la fois d’une époque de la grande Histoire, à la fois aussi dans le quotidien de quelques personnes pour qui manger peut et doit se révéler un accommodement artistique de saveurs, de textures, de senteurs. Il nous offre aussi, en plat de résistance, en quelque sorte, le portrait d’un homme que sa passion empêche de discerner d’autres bonheurs.

Dodin-Bouffant est un ours, dont l’horizon semble en effet se limiter à ses casseroles. Mais Adèle, cette jeune femme aux rondeurs plus qu’avenantes, réussit, peu à peu, à ce qu’il s’ouvre, au-delà la gastronomie, à une toute autre gastronomie, celle de l’amour, avec un A majuscule.

C’est un livre dans lequel, outre l’art culinaire porté à son plus haut niveau, le talent de portraitiste de son auteur apparaît en pleine lumière. Le dessin, pour simple qu’il puisse apparaître, fourmille de détails, de sourires, de clins d’œil. La construction, le découpage font de ce livre, également, une belle prouesse graphique. Et Mathieu Burnat nous enchante aussi par son travail sur le relief des choses et des êtres, sur la couleur, sur le charme de ses clairs obscurs.

Un livre superbe, intelligent, savoureux ! Qui s’éloigne de cent coudées des productions trop souvent similaires qui peuplent les rayons des librairies consacrés à ce qu’on appelle stupidement des romans graphiques !

Les secrets du chocolat (auteur : Franckie Alarcon – éditeur : Delcourt)

Dans la lignée d’un Davodeau, ou d’un Ferrandez, Franckie Alarcon nous propose dans ce livre la rencontre qu’il a eu la chance de faire avec Jacques Genin. Au contraire d’un homme comme Marcolini, cet artiste de la gastronomie sucrée, ne se dit pas chocolatier, mais fondeur en chocolat. Selon ses propres mots, " il ne crée rien, il retravaille les recettes traditionnelles de la pâtisserie française".

C’est donc au portrait d’un artisan de génie que nous convie Alarcon. Un portrait qui est, en fait, un long reportage sur ce qu’est l’atelier d’un fondeur en chocolat, sur ce que sont les rapports humains d’un tel artiste avec tous ceux et toutes celles qui travaillent pour lui, qu’il croise.

Le dessin de Franckie Alarcon n’entre pratiquement jamais dans les détails. Son graphisme se contente, avec simplicité, à rendre compte des ambiances, des " partages " de mots et d’expériences pâtissières.

Il en résulte un album qui se lit avec plaisir. Et qui nous fait découvrir, derrière son métier, un être humain attachant et intelligent. Et qui illustre également, de ci de là, quelques recettes et quelques " trucs " qui vous donneront peut-être l’envie de tenter de les reproduire…

Chef Albert : Recettes Belges (dessin : De Marck - scénario : Van Staen, Verdeyen et De Marck- éditeur : Joker)

Avec ce Chef Albert, le but est immédiat : faire sourire tout en décrivant, expliquant et dessinant des recettes que tout un chacun pourra refaire sans trop de difficultés.

L’humour est parfois potache, reconnaissons-le. Le dessin est un peu passe-partout, dans la lignée de ces livres d’humour qui, nombreux sur les étalages des librairies, s’attaquent à des métiers ou à des catégories humaines. Rien d’original, donc, c’est vrai. Mais le graphisme est alerte, vif, et, surtout, les recettes typiquement belges qui en constituent les différents chapitres, sont bien expliquées. Des croquettes aux crevettes à la gaufre de Liège, du stoemp aux carbonnades, c’est toute la belgitude du terroir gastronomique qui ne demande, dans ce livre, qu’à prendre vie dans votre propre cuisine.

Un bémol, quand même, malgré tout… Pour les vraies frites belges, on parle d’huile, alors que tout le monde sait, dans la petite Belgique, que les frites sont les meilleures quand elles sont cuites dans du blanc de bœuf !

C’est donc moins un album de bd qu’un livre illustré de cuisine que ce " Chef Albert " ! Mais, à sa manière, il réussit aussi à mettre l’eau à la bouche des lecteurs !

 

Jacques Schraûwen