Ghost of a Tale, un jeu d'exploration poétique et envoûtant

La cour du Fort Deruine
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La cour du Fort Deruine - © SeithCG

Oyez oyez gentils damoiseaux et braves damoiselles,
Entendez-vous le doux bruissement des bruits de pas
De cette jeune souris nommée Tilo, le ménestrel ?
Au détour d’un couloir il doit se cacher des rats
Qui montent la garde d’un pas traînant et lourd
Des égouts à la plus haute tour.
Parcourant les cachots, virevoltant dans la forêt
Du Fort Deruine, il lui faudra révéler ses plus sombres secrets…


Pardonnez à votre serviteur, mais c’est bien la première fois qu’il s’essaie au lai, ce style de poésie chantée datant du Moyen-Age, afin de vous introduire en bonne et due forme ce jeu vidéoludique qui ravira les fureteurs et autres amateurs de secrets à déterrer.

Une jeune souris se réveille avec les faibles rayons du soleil qui arrivent à passer les barreaux de son cachot. Capuche de ménestrel sur la tête, il se remémore ses derniers instants de conscience et immédiatement, ses pensées se remplissent d’une seule image : celle de sa bien-aimée, Merra. Il lui faut la retrouver, car elle est toujours vivante, il le sent au plus profond de son être. Ainsi commence l’épopée de Tilo, le ménestrel, fait prisonnier par le Baron. Coincée dans un cachot du Fort Deruine — appelé ainsi en raison de son état de délabrement avancé — la jeune souris trouvera vite un moyen de s’échapper de sa cellule. Il lui faudra user de discrétion, et de malice, pour éviter les rats, maîtres du Fort, et retrouver la trace de Merra.

Imaginé par Lionel Gallat, un ancien animateur de DreamWorks, « Ghost of a Tale » est un jeu qui, tout comme l’histoire qu’il conte, regorge de mystères et d’émerveillements. Car, en parcourant le Fort Deruine, il faudra percer les secrets entourant la disparition de Merra, mais aussi ceux du Fort lui-même, et de ses occupants…

L’histoire, qui commence comme une quête plutôt linéaire, dévoile au fur et à mesure de son déroulement ses embranchements. Et ce sont en fait tous les aspects du jeu qui se dévoilent, durant la bonne quinzaine d’heures d’exploration nécessaires à l’accomplissement de l’ensemble des quêtes. Autour de l’aventure principale – retrouver la bien-aimée de Tilo – une flopée de quêtes secondaires viennent enrichir l’histoire, à tel point qu’elles se révèlent plutôt indispensables au déroulement du jeu, venant fluidifier sa trame, en permettant de découvrir de nouveaux lieux et de débloquer de nouvelles compétences. Cette fluidité dans l’évolution de l’histoire est magnifiquement gérée, et l’on se retrouve rarement coincé, si l’on se laisse porter par le level design.

Un jeu plus riche qu’il n’y paraît

Un level design progressif qui emmène le joueur de manière très naturelle là où il doit aller. Depuis le cachot, où la discrétion est indispensable, le jeu évolue vers une exploration plus libre, et nécessitant d’aller chercher indices et réponses auprès des bons interlocuteurs. Différentes énigmes viennent ponctuer les phases d’exploration, faisant (un peu) travailler les méninges. Et même si, au final, l’ensemble du jeu se déroule dans un lieu assez restreint, le Fort Deruine et ses alentours, l’impression est qu’il y a toujours un mystère à percer, même au bout de dix heures de jeu.

En tant que bon ménestrel, le joueur est aussi invité à se montrer curieux, chaque objet qu’il ramasse ayant son histoire… L’interface de dialogue et de gestion des objets permet donc de se renseigner sur le monde dans lequel évolue Tilo. Et le jeu est loin d’être avare en détail et anecdotes, offrant une manière de s’immerger un peu mieux dans ce monde médiéval habité par souris, rats, fouines, grenouilles et blaireaux.

Niveau graphique, ce jeu indépendant financé par crowdfunding ne démérite pas, loin de là : à part quelques bugs de texture et de lumière, la maîtrise de l’animation et de la texturisation nous offre un mini-univers magnifique à explorer, où l’alternance jour/nuit émerveille à chaque aube et crépuscule. Le passé du créateur du studio de développement dans le monde du film d’animation s’exprime admirablement au travers des pérégrinations de cette jeune souris, pour le plaisir de nos yeux. La direction artistique est menée d’une main de maître, le jeu nous plongeant totalement dans une ambiance médiévale, avec ses côtés sombres et plus lumineux.

Seul petit bémol, la musique, un peu trop discrète… Alors que le personnage principal est un ménestrel. Tilo sera amené chanter tout au long de l’aventure (ces fameux lais), et des musiques — tantôt épiques, tantôt mélancoliques — se déclencheront à l’entrée d’une nouvelle zone, mais ces moments sont malheureusement un peu trop rares.

« Ghost of a Tale » est un jeu d’exploration poétique d’une richesse insoupçonnée, avec une construction narrative très fluide, emmenant le joueur au gré des rencontres et des quêtes, dévoilant ses mystères intelligemment et avec douceur. A mettre entre toutes les mains des âmes patientes et curieuses.

Jeu disponible sur PC, PS4, Xbox One, Steam, GOG et Humble Store.