Frida Kahlo, le cri de la souffrance en peinture

Frida Kahlo, l'esprit libre dans un corps servile
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Frida Kahlo, l'esprit libre dans un corps servile - © Tous droits réservés

Magdalena Frida Carmen Kahlo y Calderón de son vrai nom, Frida Kahlo est sans doute l’une des artistes les plus influentes du XXe siècle. Outre ses convictions politiques, teintées de communisme et d’anticonformisme, c’est son combat contre son propre corps à l’origine de sa grandeur artistique.

L’art comme porte-parole de la souffrance

"Pour créer son propre paradis, il faut puiser dans son enfer personnel." - Frida Kahlo

À l’inverse de celle de ses contemporain.e.s, la vie de Frida Kahlo fut bien vite limitée physiquement – laissant alors une place infinie à son esprit pour ressentir, pour s’exprimer.

En effet, la jeune mexicaine apprend à 6 ans être atteinte d’une poliomyélite. Le sort s’acharne quand, en 1925, elle est victime d’un terrible accident de bus, qui lui coûtera plusieurs mois d’hospitalisation ponctués d’une trentaine d’opérations chirurgicales.

Si jeune et déjà si affaiblie physiquement, Frida tente alors de s’évader en s’adonnant à la peinture. C’est d’ailleurs pendant sa longue période d’alitement qu’elle peint la plupart de ses autoportraits – caractéristiques de l’artiste - grâce au miroir fixé au-dessus de son lit.

Si ses œuvres sont souvent classées comme surréalistes, elle a pourtant toujours refusé qu’on lui appose cette étiquette. Frida Kahlo représentait l’intensité du réel, de sa réalité, avec ses joies, et ici, surtout ses peines.

"Ils me disent surréaliste, mais je ne le suis pas. Je n’ai jamais peint de rêves, j’ai peint ma réalité". - Frida Kahlo

Libérer son corps, mais pas seulement le sien

"Douleur, plaisir et mort ne sont rien de plus que le processus de la vie. La lutte révolutionnaire, dans ce processus, est une porte ouverte à l’intelligence".

- Frida Kahlo

C’est alors que sa douleur devint sa force pour incarner cette artiste libre, détachée des nombreux tabous de son temps : la sexualité, l’avortement, la maternité, la fécondité sont des thèmes ouvertement abordés à travers ses oeuvres.

Fervente défenseure de l’émancipation des femmes au Mexique, sa vision du couple diverge de celle de ses contemporain.e.s. Mariée au célèbre artiste Diego Riveira en 1929, leur relation restera tempétueuse, aux nombreuses infidélités mais, cette fois, d’un côté comme de l’autre. Dans cette logique libertine, Frida ne cachera d’ailleurs pas sa bisexualité.

L’émancipation des femmes passe d’abord par la conceptualisation physique. À travers "Autoportrait aux cheveux coupés", où elle se représente les cheveux volontairement coupés, la peintre veut décloisonner les genres, déconstruire l’image – socialement construite – de la femme aux cheveux longs et dévouée à son mari.

Héritage posthume

Sa santé ébranlée par une pneumonie, Frida Kahlo s’éteint dans la nuit du 13 juillet 1954, sept jours après son quarante-septième anniversaire.

Aujourd’hui encore, Frida Kahlo reste une icône dans le monde entier – tant d’un point de vue artistique que pour sa personnalité pour laquelle le courage, la force et l’amour resteront les maîtres-mots.

Cristina Kahlo, photographe et petite-nièce de l’artiste, insiste sur l'importance de ne pas séparer son image de son travail : "Le public a élevé Frida Kahlo au rang d’icône en raison de sa personnalité unique et des multiples facettes de sa vie. Elle est devenue le symbole de la force intérieure des femmes, de l’amour du Mexique et de sa culture, ainsi que du courage face à l’adversité. Elle était avant tout une femme sincère et fidèle à ses convictions." (Source : "Frida Kahlo comme légende mondiale", Google Arts & Culture)