Fredrika Stahl: "Les imperfections font l'émotion!"

Fredrika Stahl
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Fredrika Stahl - © photo : Lionel Samain

Son quatrième album "Off to dance" confirme le virage pop de la suédoise, un disque aux multiples facettes qu'elle présentera, dans le cadre des VW Spring Sessions, le 8 mai au Bozar de Bruxelles.

Plutôt que de s'inspirer de Dianna Krall ou des autres icônes du jazz vocal, Fredrika Stahl à décidé de donner d'autres inflexions à sa carrière, quelque part entre Kate Bush et Keren Ann. Quitte à ne pas choisir la facilité, comme elle nous l’explique dans un français impeccable. Rencontre tout sourire...

Vous avez un parcours de vie particulier. Comment une petite Suédoise se retrouve-t-elle à passer la plus grande partie de sa vie en France ?

Fredrika Stahl : Mon père travaillait en France, j'y suis arrivée à 4 ans et y suis restée jusqu'à mes 12 ans. Puis j'ai fait mes secondaires en Suède mais la France me manquait. Musicalement, j'ai tout fait à partir de la France. Je suis considérée presque comme une artiste francophone, surtout par les Suédois. Je n'ai pas beaucoup joué en Suède, j’espère que cela arrivera un jour !

Un parcours qui a débuté par le jazz avant de s'en éloigner...

Fredrika Stahl : Quand j'ai commencé la musique, je me suis entourée de musiciens de jazz, j'ai appris à travailler la voix et à chanter des standards et, inévitablement, mes premières compositions étaient influencées par les codes de ce style-là. Maintenant, je deviens de plus en plus indépendante dans mon travail, j'ai des côtés très pop en moi depuis le début, je les assume mieux aujourd'hui. Je sais mieux ce qui me plaît, en avançant je m’éloigne du jazz, même si cela reste un genre que j'adore.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec Rob Ellis ?

Fredrika Stahl : Rob avait déjà une sacrée expérience, avec, entre autres, PJ Harvey. Il m'a permis d'aller ailleurs. Sweep me away l'album précédent, avait été le signal d'un virage pop. Pour le nouveau disque, je voulais trouver de nouvelles personnes, de nouvelles influences. Mon manager m'a fait rencontrer Rob au festival de Brighton et l'alchimie a tout de suite fonctionné !

Vous avez expliqué sur votre site que la composition de nouvelles chansons devenait de plus en plus difficile...

Fredrika Stahl : J'ai toujours peur de me répéter. C'est de plus en plus compliqué, le challenge de se renouveler, d'aller plus loin. Faire mieux ou moins bien c'est très subjectif mais j'essaie d'être plus juste, de mieux canaliser les sentiments pour pouvoir les partager. Mais, en même temps, le public aime retrouver des choses qui le rassurent dans l'univers d'un artiste. Il faut trouver un équilibre mais ce n'est pas intéressant de rester sur place. Sinon on perd l'excitation...

Comment avez vous fait pour que votre voix se retrouve sur une publicité pour une voiture ?

Fredrika Stahl : Si je le savais, je le ferais plus souvent (rires)! Dans ce cas-ci, ils ont demandé à plusieurs artistes de faire leur version de "Twinkle Twinkle little star" et j'ai été choisie. Ils aimaient mon univers, donc je n'ai pas dû me traverstir. Cette pub est passée dans beaucoup de pays mais les gens ne font pas nécessairement le lien. Beaucoup de gens connaissent la chanson sans me connaître ou connaître mes albums.

Vous reconnaissez être très perfectionniste. Avec les années, avez-vous trouvé le moyen d'apprendre le lâcher-prise ?

Fredrika Stahl : C'est un processus qui prend pas mal de temps mais Rob m'a aidée à comprendre que mon but, c'est de communiquer des émotions. Je ne l'avais pas compris aussi pleinement avant. Parfois, on veut trop bien faire, les artistes sont souvent trop perfectionnistes et risquent de perdre l'émotion. Parfois je disais "Ah là je chante bien, on la garde !" et Rob me répondait : "Non, on s'en fout, ce n'est pas ca qu'on cherche !" Quand on enregistre, il y a un stress particulier, moins naturel que quand on chante sous la douche !

Un autre public vous a découvert sur l'album de duos "Elles et lui" d'Alain Chamfort avec qui vous interprétez "Traces de toi"...

Fredrika Stahl : Alain Chamfort, je l'ai rencontré sur une spéciale Gainsbourg dans l'émission "Taratata". On a chanté "Ces petits riens", on s’était bien amusé et il m'a rappelé pour ce duo. On a d'ailleurs chanté au Grand Rex avec les 12 filles avec qui il avait enregistré des duos, bien entouré le mec !

Autre expérience hors norme, cette version iconoclaste d'une œuvre de Monteverdi à laquelle vous avez participé...

Fredrika Stahl : Le théâtre du Châtelet a monté une version, disons, "vidéo pop" du "Couronnement de Poppée". On jouait sur des fonds bleus en étant filmés pendant que d'autres caméras filmaient des mini décors et le tout était restitué sur grand écran ! C’était drôle de se retrouver avec Benjamin Biolay, Carl Barat des Libertines ou encore Marc Almond, une expérience unique !

 

Entretien : François Colinet

Fredrika Stahl sera en concert dans le cadre des VW Spring Sessions le 8 mai au Bozar de Bruxelles, (salle M)

infos: www.vwspringsessions.be

Fredrika Stahl "Off to dance" (Columbia / Sony)

Elle a une voix polymorphe, un univers tantôt ouaté, ("Willow" ouvre le disque tout en douceur) et onirique (l'interlude "Gaspard" auquel il ne manque que les fées) tantôt plus catchy. "Trivial needs" convoque l'univers de Kate Bush, "Little muse" celui de Feist, tandis que "Midday moon" nous trouble tellement il ressemble à du beau Keren Ann.. Loin de ses premiers amours jazz, mais sans renier ses fragilités, Fredrikha Stahl offre un disque plein de jolies perles mais dont il manque un vrai fil rouge. Réussi mais déroutant ! FC

Le clip de "Willow"

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