Francisco de Goya, le premier artiste 'reporter' de guerre

À côté des scènes de vie quotidienne, ce célèbre peintre et graveur espagnol s’est peu à peu insurgé contre les atrocités de la guerre. La puissance de ses œuvres, telles que "Dos de Mayo" et "Tres de Mayo", a inspiré plusieurs autres artistes en d’autres temps d’autres lieux.

Un peintre à la fois éclairé et patriote

De son vrai nom Francisco José de Goya y Lucientes est né en 1746 à Fuendetodos, près de Saragosse. Fils d’un graveur modeste, il quitte le bercail pour apprendre la peinture ailleurs en Espagne et en Italie. Dans le milieu artistique, Francisco de Goya ne peine à se faire une place puisqu’il devient, dès 1789, le peintre officiel de la famille royale espagnole.

Touché par la surdité en 1792, l'artiste est envahi par ses démons qui assombrissent ses œuvres. Le contexte de plus en plus belliciste en Espagne vient s’ajouter pour engager Francisco de Goya sur la voie d’un art engagé.

En 1808, l’invasion des troupes napoléoniennes annonce des jours sombres pour les Espagnols. Le roi en place, Fernando VII, est alors contraint d’abdiquer pour Joseph Bonaparte, le frère aîné de l’empereur français.

L’artiste est partagé : comment la terre des Lumières, mère des libertés individuelles, pourrait-elle être à l’origine de tels actes sanglants ?

"Tres de Mayo", la grandeur de la nation en peinture

En 1813, à l’heure où Fernando VII remonte sur le trône d’Espagne, "Tres de Mayo" est supposée rendre hommage à la révolte populaire madrilène, et glorifier la puissance de la nation. En répondant à l’appel, de Goya souhaite surtout persuader le roi de sa fidélité au Royaume.

En effet, l’accointance de l’artiste avec les idées révolutionnaires des Lumières risque bien de le mettre dans de mauvais draps. Devenu absolutiste, le roi est bien décidé à sanctionner tout sympathisant avec l’ennemi français.

Et dénoncer les atrocités de la guerre

Réalisée en 1814, "Tres de Mayo" fait directement suite à "Dos de Mayo" qui met en scène la rébellion espagnole face aux Français attaqués à coups de couteau.

Le deuxième tableau s’intéresse, cette fois, au retournement de situation du 3 mai 1808. Cette nuit-là, 43 compatriotes espagnols sont massacrés sans jugement par les troupes françaises en guise de représailles.

Au milieu des teintes brunes, grises et noires participant à cette impression de cauchemar, le personnage central s’impose comme le seul élément lumineux de la toile. À droite de ce citoyen meurtri, les soldats sont présentés comme anonymes, inhumains, en rupture avec les héros mythologiques traditionnellement représentés par l’artiste.

En l’absence de photographes, de Goya sera le premier artiste à parcourir les champs de bataille pour poser un regard – souvent brut - de "reporter" de guerre.

Dans "Tres de Mayo", Francisco de Goya semble prendre ses distances avec son style artistique fétiche, le néoclassicisme. Le jeu de lumières et la brutalité de la scène cherchent cette fois à susciter l’émotion, un 'classique' du romantisme.


La politique totalitaire de Fernando VII pousse finalement l’artiste à s’installer à Bordeaux, à l'été 1824, en compagnie d’autres exilés espagnols. Malade, sourd et presque aveugle, il s’éteint en 1828, à l’âge de 82 ans.

Aujourd’hui, "Tres de Mayo" reste un symbole de l’indépendance et de l’identité nationale en Espagne.