Focus From The United Kingdom of Belgium

Focus From The United Kingdom of Belgium
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Focus From The United Kingdom of Belgium - © Sylvia Botella

Le Focus From The United Kingdom of Belgium permet de prendre le pouls de la danse contemporaine belge francophone à Hong Kong et d’aller à la rencontre de la scène hongkongaise. Visions rayonnantes.

Hong Kong, son étrange beauté, monstrueuse et raffinée, se dévoile au gré du débordement urbain à plusieurs voies, au goût Hong Kong Arts Centre (HKAC), Focus Belgique francophone, Master class/showcase Thierry Smits/Simon Siegmann, World première Happy Hour/Wooshing Machine, installation rétro/futuriste Man at Work/Julien Maire et visions cinématographiques Going West/Louise Vanneste/Stéphane Broc, et Prélude à la mer, La Valse et Ma mère l’Oye /Thierry De Mey et M &A Macarons/Michaël Labro et Benjamin Nemayechi. The Line_up HK/BE pour construire une aventure collective portant en elle le désir de la transformation.

Ici, le gigantisme HK figé dans les photos/compact canon révèle la petitesse de la condition humaine et distille la sensation d’entrer dans d’autres cadres aux dimensions inversées, entre lieux diffus de rêverie enserrés et géométrie la plus froide, powerful. Regarder au travers, à des rythmes différents, sept jours et six nuits, no jetlag, insomnie, #MPfbmybestfriend & you have a message, Maud Joiret/BELA. La nuit, les images tournoient sur l’écran mac, elles prennent leur temps dans une dernière étreinte avec les mots. Et silencieusement, elles altèrent la course du sommeil dans la chambre 19.03, The Charterhouse Causeway Bay Hotel. HK*walk*night 00 :58////Please, a double expresso & one text////+ no disturb! Mon clavier cherche ailleurs.

#CREATIONNOUVELLEFRONTIERE

C’est aux artistes belges et hongkongais que revient pour une grande part la réussite du focus, sachant concilier arts et pédagogie de l’expérience, jouant admirablement d’effets de groupe et d’ensemble, fondant leur vitalité sur la présence immédiate de chacun. À Hong Kong, l’histoire profonde est le vif du présent. Art du casting/HKAC*WBT/D, de la direction des artistes, du jeu et de l’installation étroitement liés.

Durant la Master class (23 au 25 juin 2015) du chorégraphe Thierry Smits et de l’artiste plasticien scénographe Simon Siegmann, chaque jour, le geste est identique, il s’agit de confondre auteur et interprète afin de revenir à l’archéologie de chaque projet, c’est le moteur souterrain, explorant l’état/affect jusqu’à la quintessence du geste : la solitude rêveuse de Blue Ka Wing d’après l’œuvre poétique How to be alone de Janya Davis sur la bo/ballade live/Rainbow du guitariste Edmund Leung ; la (re)naissance un peu inquiète métaphorique de Mao Wei ou la résistance innervée de Greenmay sur la bo live électro/dark de Paul Yip, où la chute au ralenti n’est jamais loin. Des dispositifs auto-fictionnels mais toujours regardés de léger biais. Dans la froideur du studio laboratoire gris/jaune deuxième sous-sol du HKAC, l’exploration intime est menée de pair avec un pur travail de coupe exécuté sans relâche par Thierry Smits et Simon Siegmann, entre ascèse et obsession de la forme, sachant capter (et isoler) les brefs et fugitifs éclats d’intensité et les frissons des épidermes, dans un espace temps bien concret. Ici, je découvre, précise, analyse le processus. La Master class parvient à mettre en miroir la sincérité des chorégraphes/interprètes hongkongais débarrassés de leur élégance (parfois trop ostentatoire) et la pédagogie sans fard des artistes belges, comme un appel d’air un peu suspendu avant le showcase.

Drôle d’audition sur-vitaminée de Mauro Paccagnella et Alessandro Bernardeschi (Wooshing Machine), au HKAC, le mercredi 24 juin 2015, elle a quelque chose d’un peu punk, une visée presque utopique en travaillant avec un groupe de trente hongkongais durant deux heures pour inclure une courte séquence dansée au déploiement ludique dans Happy Hour, lui donnant au passage une autre nervosité. Le plateau explose les repères, sur la bo/Hong Kong Garden de Siouxsie and The Banshees, c’est la joie intense inaugurale du monde qui naît et restitue la possibilité d’un commencement. Elle nous arrive, elle vient sur nous, dans la salle aussi : Wooshing Machine ou le petit traité de la joie et de la grâce joyeuse. Les selfis de clôture avec les artistes belges fusent sous nos yeux surpris, non blasés. Je vois le sourire, immense et amusé, de Ian Leung et de l’équipe du HKAC.

Dans la galerie expérimentale blanche, les images, au cœur des trajets singuliers de Going West de Louise Vanneste/Stéphane Broc et le triptyque Prélude à la mer/La Valse/Ma mère L’Oye de Thierry De Mey (en boucle), trouvent leurs voies pour inventer un temps commun entre les visiteurs entrant et sortant. La grâce sombre de Going West sur multi-écrans ne se trouve pas seulement dans les premières images, elle sature l’ensemble du court-métrage, encore plus lorsque les êtres maintenus dans la lumière semblent s’éloigner dans le cœur de la nuit, de dos (nu). La force visuelle vient de ce qu’elle donne à voir : l’outre-monde, une réalité proprement mentale prise dans sa fuite et le corps à l’intérieur de ses flux et rythmes. La nature, la forêt en est le dépassement absolu, de jour comme de nuit, même si elle ne se met pas forcément en récit(s). Ici, la beauté est inhérente au sensible pur, les images sont délivrées du devoir de signifier, ce sont des espaces à rêver, tête à tête.

Voir ou revoir d’un seul trait, les films de danse de Prélude à la mer, La valse et Ma mère l’Oye, sur les musiques de Debussy et Ravel, exposées en triptyque, permet de juger de la puissance de l’écriture visuelle très personnelle du compositeur et réalisateur Thierry De Mey, maintenant le spectateur constamment actif face aux chorégraphies de Anne Teresa De Keersmaeker et Thomas Hauert ou au déploiement espiègle du conte/mythe. Les images sont ponctuées d’incessants éclats, de circulations, de mouvements de lumières et de débordements de musique, jusqu’aux plans inoubliables des danseurs Mark Morimer et Cynthia Lomeij dans Prélude à la mer qui font l’expérience de la perte face à l’immensité, aride et fantasmagorique de la mer d’Aral ; la blancheur désertique est comme un été brûlant, il porte la syncope bouleversante de nos sentiments qui se déploie durablement après le visionnement, contredisant l’idée d’une simple parenthèse dans le temps.

L’ultime œuvre du focus Man at Work de l’artiste nouveaux médias Julien Maire dans le Foyer Agnès b. premier sous-sol/HKAC est une suite en relief d’images évanescentes presque fantomatiques d’un homme en train de creuser, en boucle, replaçant ainsi de manière critique le travail manuel au centre qui fait souvent l’acmé des œuvres de l’artiste. Elle fait revenir aussi l’image-souvenir puissante de la dramaturgie plastique de la destruction à l’œuvre dans les extraits de Open Core présentés durant la soirée Rooftop Meeting autour du Focus Hong Kong, en présence de professionnels hongkongais et internationaux, le 25 juin 2015, organisée par Leslie Van Eyck, fondatrice de la plateforme multidisciplinaire et internationale The WING ; plateforme qui veut échapper à l’esprit de système à travers des moments à contretemps pour donner d’autres sens. Quelques déclinaisons de l’œuvre de Julien Maire dont l’apparent caractère désuet lui confère la très contemporaine fonction de passage : fictionaliser notre rapport au monde pour mieux le déconstruire.

#lineupHKBRUXELLES

Chaque rendez-vous professionnel contribue à suspendre momentanément les certitudes, jouant sur les infinis effets de réflexion. J’assiste à certains, j’écoute souvent en anglais dans le texte Stéphanie Pécourt, Directrice de WBT/D ; Philippe Nayer. Délégué Wallonie-Bruxelles à Pékin ; Connie Lam, Exécutive Director/HKAC ; Ian Leung, Programme Manager/HKAC ; So Kwok-wan, Programme Manager/Hong Kong Arts Festival ; Tang Shu-Wing, metteur en scène ; William Chang, critique ; Christophe Galent, directeur des Halles de Schaerbeek ; Leslie Van Eyck, fondatrice de la plateforme The WING, etc.

Je les vois à l’œuvre et les enregistre, parfois. On sent un calme souverain et une atmosphère de concentration extrême, ils signent une même volonté revendiquée : travailler dans une logique de synergie et d’apport mutuel, tant matériel (apport financier et en industrie) qu’immatériel (workshop, symposium, échanges des savoirs et des pratiques entre universités et écoles d’art) pour créer un réseau vivant et fécond de la Chine à la Belgique. Il semble que produire et échanger des œuvres ne suffit pas, il faut coproduire, créer et transmettre, aussi. Dernière donne très importante surtout pour les professionnels hongkongais (soulevée notamment par la pédagogie de l’expérience très rigoureuse de Thierry Smits et de Simon Siegmann) afin d’affermir et mieux accompagner la professionnalisation et l’internationalisation de ses artistes. Par delà, la question économique, l’ambition hongkongaise est aussi esthétique et politique. Et l’une des ses spécificités est de vouloir s’appuyer sur des potentialités et initiatives locales existantes de part et d’autre, comme autant de points de passage. À Hong Kong, comme me le rappelle Stéphanie Pécourt et comme je le constate au fil de mes discussions avec les professionnels hongkongais, les artistes belges jouissent d’une belle réputation professionnelle, ils sont considérés comme des artistes très créatifs aux pratiques novatrices. Pareil pour nos experts, pédagogues, etc. Pour Ian Leung, Bruxelles est THE CREATIVE WINDOW ouvrant sur les autres pays européens.

In fine, le focus FWB au HKAC est intéressant non pas comme simple levier pour trouver des financements (en tout cas pas seulement) mais comme potentialité de partenariats forts. Comme me l’explique notamment Philippe Nayer, il s’agit d’inscrire les créations dans une économie en activant de réels accords de co-production Chine-Belgique et en sortant des voies communes qui cherchent seulement des bailleurs. Les accords passés le 24 juin 2015 entre le groupe belgo-français Média-Partitions (regroupant notamment les éditions Dupuis, Dargaud ou Le Lombard) et la télévision d’état chinoise Beijing TV via sa chaine pour la jeunesse Kaku confortent cette visée. Ils vont coproduire une série d’épisodes de 13 minutes d’après Rêve du Papillon de la dessinatrice chinoise Luo Yin, publié chez Dargaud et Hamzi Monster, sorte de Pokémon pour apprendre la langue chinoise aux jeunes enfants. Pareil pour la convention qui, le 29 juin 2015, officialise l’accueil d’un Institut Confucius par l’Université libre de Bruxelles, renforçant ainsi les échanges académiques Chine-Belgique et l’expertise belge sur la langue et la culture chinoise, et favorisant la traduction et la mise à disposition d’œuvres chinoises majeures.

Côté arts vivants, dans le prolongement du focus, de nouvelles collaborations sont en cours de discussion en partenariat notamment avec le Hong Kong Arts Centre, le Hong Kong Arts Festival, Halles de Schaerbeek, etc. : un programme multidisciplinaire A Taste of Hong Kong composé de workshop, exposition, performances, films, à Bruxelles en 2016 ; organisation d’une plateforme culturelle et d’échanges de résidences en 2017, etc. (cf. entretien Connie Lam, Hong Kong j’écoute). Le chorégraphe Thierry Smits envisage de faire une création avec Greenmay et Mao Wei. Simon Siegmann souhaite poursuivre son expérience pédagogique en école d’art à Hong Kong. Du côté de Wooshing Machine, l’expérience est sidérante et l’envie est la même : revenir. À ce jour, rien n’est évidemment ferme, cela requiert donc la plus grande prudence mais aussi la plus grande espérance.

#FOCUSHKISHKSTAR

Focus Hong Kong/ WBT/D/FWB/WBI sold out le 26 juin 2015. Lors du showcase, les chorégraphes Blue Ka Wing, Mao Wei, Greenmay (avec Pal Yip), entre sophistication assumée et abandon sauvage, dansent, chutent ici ou là, une main, un visage est donné, tel geste et pas l’autre, jusqu’à rejoindre tous la même scène à la fin. Thierry Smits et Simon Siegmann ont encouragé leur geste. Contrechamp de surprise, les professionnels hongkongais voient, ici, un ailleurs possible, excédant l’aventure collective trop brève.

La promesse est totalement tenue à la World première Happy Hour de Wooshing Machine et le jour d’après, paraissant presqu’irréelle aujourd’hui. La joie est là, immense, les spectateurs peuvent y entrer et ils y entrent. Mauro Pacagnella et Alessandro Bernardeschi (avec Simon Stenmans) savent-ils qu’ils sont des héros avec qualités sur le plateau du HKAC ? Ils sont là, dans cette qualité qui fait trembler leur geste sur le plateau HKAC d’une justesse absolue, celle qui nous rend curieux de chaque tableau, passant pourtant de l’humour à la mélancolie sans ménagement. À quel instant t s’opère l’harmonie ? Difficile de le dire exactement. Ils sont les plus précieux des poètes ou fous, ils sont liés à la pure présence de la création, en raccord avec la folie espiègle des spectateurs hongkongais conquis.

Dans cette variation, la surprise est aussi à chercher ailleurs, vers les jeunes entrepreneurs liégeois Michaël Labro et Benjamin Nemayechi (22 an et 24 ans), M & A Macarons, avec leur impressionnante liste de rendez-vous professionnels et perspectives à venir inattendues pour leurs macarons qui ont inondé réceptions et rencontres autour du focus. La manière dont ils me parlent des artistes, après la Rooftop Meeting, de leur persévérance, acharnement qui fait écho aux leurs (on a rien sans rien, il est nécessaire de se bouger, passer les frontières, contrairement aux idées reçues, la Belgique n’est pas un pays replié sur-lui même) me rappelle combien l’art est trop séparé de la vie et combien on se méconnaît. Au delà de leurs réflexions, ils envisagent de faire du sponsoring (il y a toujours quelqu’un qui vous a tendu la main). On ne pense jamais assez à cela. La sagesse propre à leur jeunesse m’interroge.

 

On aurait aimé que le séjour dure plus longtemps. C’est au cœur de l’expérience que l’expertise s’éclaire d’un sens nouveau et aiguise son regard. Mais les souvenirs se partagent comme en réseau : zoom avant ou zoom en arrière, en quelques plans, comme un flottement existentiel, sentir comment se bâtissent les plateformes internationales faites arts et par quelle musique. Quelle profondeur faut-il leur assigner ? Le récit est dans le récit. Demeure le dernier plan/puzzle, celle qui veut sortir du champ, l’observatrice et ceux qui veulent y être toujours, les artistes. Un autre appel, un recadrage nouveau. HK est un jardin. À la vôtre, beaucoup, certainement, Siouxsie and The Banshees ! #ThierrySmitsSimonSiegmannStéphaneBrocLouiseVannesteThierryDeMeyMauroPaccagnellaAlessandroBernardeschiSimonStenmansvotresingularitéestrayonnante

#PierreDroulersquin’avaitpaspuvenirHKvousattend

 

Focus From The united Kingdom of Belgium / Winked to France du 22 au 28 juin 2015 à Hong Kong.