Ferrandez et Camus: une exposition chez Champaka à Bruxelles, jusqu'au 2 novembre

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ferrandez - © ferrandez

Un dessinateur pour qui la couleur et le trait se complètent parfaitement : une exposition à découvrir par tous les amateurs de bd lumineuse et somptueuse !

Né à Alger, Jacques Ferrandez est de ces dessinateurs pour lesquels le dessin se doit de créer, ou de recréer, des univers auxquels il peut, totalement, se rattacher. Et en adaptant en bd l’univers d’Albert Camus, il y réussit pleinement. Ses dessins s’exposent aujourd’hui dans une galerie bruxelloise : l’occasion de lire ou de relire " L’Etranger " et " L’Hôte ". En album et/ou en roman !

C’est dans le magazine " A Suivre " que Jacques Ferrandez est entré de plain-pied dans le monde du neuvième art. Et très vite, sa manière d’aborder, tant graphiquement que " littérairement ", la narration a fait de lui un auteur inclassable. Un de ces auteurs qui, depuis toujours semble-t-il, fonctionne au coup de cœur. Coup de cœur pour une histoire, pour une ambiance, pour des personnages. De " Raffini " aux " Carnets d’Orient ", de " L’Outremangeur " aux " Tramways de Sarajevo ", sa carrière, incontestablement, s’est construite au travers d’engagement autant humains qu’artistiques.

L’Algérie, pays natal de Ferrandez comme d’Albert Camus, se devait de les réunir un jour ou l’autre. Et des deux albums que Ferrandez a consacrés à l’œuvre de Camus, " L "Hôte " est peut-être le plus étonnant. Narrativement, en dehors du personnage central, un instituteur français dans les hauts plateaux d’Algérie, c’est le paysage qui devient l’élément essentiel du récit. Mais ce qui est au centre du récit, aussi, c’est le héros, un instituteur. Un être humain qui correspond entièrement à la vision de l’existence qu’avait Camus.

" L’Etranger ", quant à lui, est sans doute d’une construction plus classique, moins aérée. Il faut dire que " L’Hôte " était, au départ, une nouvelle, alors que " l’Etranger ", quant à lui, est un des plus importants des romans du vingtième siècle. Un roman dans lequel l’existentialisme propre à Albert Camus prend toute son ampleur, toute sa profondeur, loin des diktats, déjà, imposés en métropole par Sartre. Le résultat, c’est un album dans lequel le souffle de Camus est omniprésent. Dans lequel toutes ses interrogations se retrouvent illustrées. Dans lequel, tout simplement, la désespérance du vivre ne peut, finalement, déboucher que sur le néant, la mort devenant l’ultime et essentielle (existentielle…) raison de vivre.

Ces dernières années ont vu fleurir pas mal d’adaptations de romans mythiques en bd. Avec quelques réussites fabuleuses, comme avec Chabouté. Et comme avec Ferrandez qui, soucieux d’une fidélité à l’œuvre choisie, n’en réussit pas moins à rester profondément lui-même, profondément original. Son travail pour pénétrer dans l’œuvre de Camus lui permet de créer des livres dans lesquels ce travail ne se sent à aucun moment. Ses adaptations sont fluides, comme allant de soi.

Lire ces deux albums est donc, vous l’aurez compris, un vrai plaisir, tout en intelligence, en ambiance et en sensations.

Un plaisir à compléter, si vous en avez l’occasion, par une visite à la Galerie Champaka, où sont exposées, de manière véritablement lumineuse, les planches originales de Ferrandez. Des planches qui, aux cimaises de cette galerie bruxelloise consacrée à la bd, occupent l’espace avec à la fois de la simplicité et une présence puissante !

 

Jacques Schraûwen

 

L’Hôte et L’Etranger (dessins : Ferrandez, d’après Camus – éditeur : Gallimard)

Galerie Champaka : 27, rue Ernest Allard – 1000 Bruxelles