Fernando Botero : des peintures sombres contre la violence d'État

Manifeste pour la dignité humaine avec Fernando Botero
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Manifeste pour la dignité humaine avec Fernando Botero - © TIZIANA FABI - AFP

Célèbre pour ses sculptures massives et volumineuses, Fernando Botero figure parmi ces artistes témoins et acteurs de leur époque, souhaitant passer un message fort, artistique certes, mais également politique et/ou social.

 

Né en 1932 à Medellín, Fernando Botero s’est défini lui-même comme "le plus colombien des artistes colombiens". Privé d’un père à l’âge de 4 ans, il est élevé par sa mère et son oncle, aux côtés de ses 2 frères.

Avant de se consacrer à la peinture, Fernando Botero s’essaye à la tauromachie pendant 2 ans. Finalement traumatisé par l’animal, la discipline continuera de le fasciner et sera d’ailleurs repris dans quelques-unes de ses œuvres.

L’adolescence lui ouvre la voie à la peinture, d’abord influencée par l’art précolombien et le style colonial espagnol avant qu'il se construise sa propre identité artistique. À 16 ans, il connaît ses premières expositions pour, 2 ans plus tard, voir sa première exposition individuelle s’installer à Bogotá.

Ses œuvres sont marquées par des années passées à l’étranger, dès les 1950's, passant par l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la France, le Mexique, les Etats-Unis, ou encore le Brésil.

Des "tableaux pour la liberté et contre l’injustice"

Souvent interprétées comme une satire, les formes rondes caractéristiques chez Botero se distinguent du cubisme de Pablo Picasso. Pourtant, les deux artistes se rejoignent par les thèmes qu’ils traitent du bout de leur pinceau, tous deux étant à l’origine de "tableaux pour la liberté et contre l’injustice", peut-on lire dans le magazine français Le Point.

En effet, la plupart des œuvres de notre artiste colombien sont considérées comme une critique sociale ou politique des temps présents. La violence aveugle et la pauvreté prédominantes dans ses œuvres, il dénonce les atrocités contemporaines latino-américaines et plus particulièrement celles de son pays natal.

L’expression artistique du "cœur qui saigne"

Mais, progressivement, Botero entreprend une démarche systématique autour de la représentation de la souffrance. La violence d’État et les conséquences de l’impunité occupent son esprit et sont constamment retranscrites dans ses productions.

Cet article du Monde raconte un fait à l’origine du tournant de la carrière de l’artiste : le temps d’un voyage en avion, Botero découvre dans un journal les images des brutalités perpétrées dans la prison d’Abou Ghraib, en Irak. Des détenus irakiens y sont torturés et humiliés par des militaires américains.

"J’ai été horrifié, comme le monde entier, par ces tortures parce qu’elles venaient des Etats-Unis, le pays le plus riche, le plus puissant et qui se présente comme un modèle de civilisation" – Fernando Botero.

Aggravée par les récits de la presse internationale, la colère de Botero doit à tout prix s’exprimer en peinture et se répandre rapidement. C’est ainsi que, d’octobre 2004 à début 2005, l’artiste consacre au scandale pas moins d’une une quinzaine de toiles grand format et 30 réalisations de dessins et aquarelles.

La violence au centre de ses œuvres, elle est pourtant, selon lui, de 2 types distincts : "En Colombie, la violence est presque toujours la conséquence de l’ignorance, du manque d’instruction et de l’injustice sociale. Des Etats-Unis, je m’attendais à autre chose que ces pratiques médiévales."