Facebook, Periscope : la mort en direct

Facebook, Periscope : la mort en direct
Facebook, Periscope : la mort en direct - © song zhen/Flickr

 

De plus en plus d'utilisateurs de réseaux sociaux s'enregistrent en direct et mettent leur vie en scène. Avec ces applications naît un nouveau phénomène inquiétant : celui de la mort en direct. 

 

Le 28 décembre dernier, une jeune mère américaine a trouvé la mort en direct de Facebook. Keiana Herndon racontait sa vie sur l'application Live du réseau social, avec ses enfants qui jouaient à côté d'elle. Elle est morte devant ceux qui visionnaient sa vidéo en direct, victime d'un malaise.

D'autres cas qui font froid dans le dos ont aussi été reportés par les médias : en mai dernier, Océane une française de 19 ans a filmé son suicide en direct avec l'application Periscope. Elle s'est jetée sous un train, téléphone en main. Il y a aussi plus récemment le double-suicide de deux adolescents russes Denis et Katya, toujours sur Periscope. 

 

Depuis l'arrivée de toutes ses apps de live, ce genre d'accident arrive quasiment tous les mois. Les personnes qui se suicident en direct ont cela en commun qu'elles semblent majoritairement jeunes, fragiles et adeptes des réseaux sociaux. On assiste à une mise en scène extrême de la mort, qu'elle soit accidentelle ou non. Océane a par exemple annoncé l'acte qu'elle allait commettre avant de se jeter sur les rails, et se filme en train de se suicider pour "faire réagir" dit-elle. Le problème avec ces morts en live c'est de confronter les autres à ce qu'ils ne veulent pas forcément voir, les spectateurs se retrouvent incapables d'agir. Au départ, le live est sensé rapprocher les utilisateurs, en laissant voir son quotidien, on crée une sorte de lien. Mais face à la réalité de la mort, l'écran se fait bien plus réel.

 

Si des cas de morts en direct ont déjà eu lieu à la télévision, si la téléréalité a souvent repoussé les frontières du morbide, il existe un gros tabou à ce sujet. La télévision ne s'est jamais permise de banaliser la mort en direct et les magazines morbides de chiens écrasés ne sont pas vus d'un bon oeil. La raison est simple : la mort elle-même est tabou et l'attrait pour le morbide est vu comme un instinct bas et lié au voyeurisme. Tout cela nous renvoie à notre propre nature mortelle, que nous cherchons à combattre. 

 

Le web est en train de franchir cette barrière, mais il s'agit du revers de la médaille d'un média libre. Internet est incontrôlable, c'est sa nature, il doit s'autogérer. Il est à espérer que cette vague de morts en direct ne soit qu'un sursaut adolescent passager du jeune média Internet, à l'image de ses utilisateurs en recherche d'attention.