Exposition Chabouté et Charlélie Couture chez Huberty & Breyne Sablon

Exposition Chabouté-Couture
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Exposition Chabouté-Couture - © Hubert & Breyne

Regards croisés de deux artistes qui rêvent côte à côte et face à face d’une ville d’air, de métal et de musique…

Christophe Chabouté, c’est l’auteur de plusieurs livres qui, déjà, marquent l’histoire du neuvième art. Dans la filiation d’un auteur comme Comès, il parvient toujours à emmener ses lecteurs dans des mondes sombres et lumineux tout à la fois, des univers où seule la poésie règne en maîtresse toute de liberté. Et chacun de ses livres est une prouesse, que ce soit l’adaptation de " Moby Dick " ou l’extraordinaire et silencieux " Un peu de bois et d’acier ", que ce soit la noire biographie de " Henri Désiré Landru " ou la description tout en langueur d’une solitude dans " Tout seul ".

Charlélie Couture, c’est ce chanteur dont le phrasé semble glisser sans arrêt de l’anglais au français, dont les musiques aiment s’imprégner de mille influences différentes, du rock au folklore nord-américain, c’est aussi un écrivain de réflexions poétiques, de nouvelles, de carnets de voyage, c’est enfin un peintre, un photographe, un dessinateur.

Chabouté et Couture, ce sont deux artistes complets qui, dans la galerie qui les accueille, se complètent en dialoguant autour du thème d’une mégalopole rêvée…

Dans les dessins et tableaux qui, côte à côte ou face à face, construisent cette exposition, c’est bien une ville qui apparaît, tantôt très nette, celle de Chabouté, tantôt nimbée d’un flou qui la rend presque transparente, celle de Couture, une ville rêvée, une ville de métal, de structures et d’air, une cité de silence pratiquement déshumanisée. Les vivants, pourtant, y apparaissent. Mais ils semblent, chez Charlélie Couture comme chez Christophe Chabouté, n’être que de passage. Et ce qui reste présent, c’est la ville, cette entité presque vivante de laquelle jaillit une existence propre, une existence parfois de néant, parfois de tumulte. Une existence toujours paradoxale… parce que, finalement, éternellement poétique et énergique…

J’ai toujours trouvé que les livres de Chabouté possédaient une dimension de plus que les autres albums de bd… Une troisième dimension, oui, celle de la musique, une petite musique de vie, une musique qui aide le regard du lecteur à glisser de case en case, de page en page. Et c’est le cas également dans cette exposition où naît, comme aurait pu le dire Julos Beaucarne, une étrange et souveraine musique du silence. Le visiteur est un baladeur. Un baladeur qui découvre, accrochées aux murs, des ballades dessinées qui sont des portes ouvertes vers des réalités dans cesse à réinventer.

Toute histoire est à raconter. Et celle que nous livrent, que nous offrent Christophe Chabouté et Charlélie Couture est celle d’une cité réelle et improbable qui n’est, tout compte fait, que la matérialisation graphique d’une anarchie structurée.

J’avoue que je connaissais peu Charlélie Couture, sa vie, son œuvre. Je n’en ai eu que plus de plaisir à le rencontrer, au travers de ses tableaux comme de ses mots. Son univers et celui de Christophe Chabouté ne sont, en fait, pas tellement éloignés l’un de l’autre. Ce n’est donc pas à une exposition consacrée au neuvième art que je vous convie, mais à une représentation double de deux rêves citadins qui se mêlent et se répondent dans une ambiance à la fois feutrée et formidablement rythmée…

 

Jacques Schraûwen

Une exposition de Chabouté et Charlélie Couture jusqu’au 22 janvier à la Galerie Huberty & Breyne – Sablon – Bruxelles