Esteban : 5. Le sang et la glace

Esteban : 5. Le sang et la glace
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Esteban : 5. Le sang et la glace - © Tous droits réservés

Cinquième opus d’une série qui, d’album en album, devient une des meilleures du genre : de la bd pour tous les publics, intelligente, talentueuse, passionnante !

Esteban, un jeune Indien de Patagonie, balloté par la vie, confronté à la mort et à la violence, trouve refuge sur le Leviathan, comme mousse. C’est ainsi qu'a débuté cette série, cette saga, au cours de laquelle ce garçon va découvrir la vie sur mer, la vie en groupe, la dureté de l’existence en bute aux éléments incontrôlables. Et d’album en album, Esteban va mûrir, s’affirmer, se découvrir en découvrant les autres, en vivant, avec eux, des aventures qui dessinent en lui des richesses et des forces qu’il ne se soupçonnait pas.

Dans le quatrième tome, l’équipage du Leviathan, accusé de piraterie, se retrouve dans une prison au bout du bout du monde, une de ces prisons que le cinéma a immortalisées dans des films comme " Luke la main froide ", un lieu dans lequel seule la désespérance semble garder droit de cité. Une prison de laquelle cet équipage va s’enfuir, grâce à l’aide d’Esteban, qui s’est fait engager comme gardien. Et dans ce cinquième volume, " Le sang et la glace ", c’est à la fuite effrénée de ces hommes, dans des paysages de glaciers imposants, que nous assistons, spectateurs passionnés. C’est que, au-delà du simple récit, il y a une véritable présence vivante des personnages, à commencer par celle de la femme du général, directeur de la prison, qui sert d’otage aux fuyards.

Au fil des albums de ce long récit, il me semble vraiment que le scénario devient de mieux en mieux construit, mêlant de front l’aventure avec un A majuscule, et l’aventure humaine, le tout étant sans cesse nourri de trouvailles surprenantes, de péripéties qui, sans jamais abandonner la vérité psychologique des différents protagonistes, offre à la lecture une bonne dose d’inattendu.

La force et l’intelligence de Matthieu Bonhomme, l’auteur d’Esteban, ce n’est pas de mêler les genres, mais de mélanger, dans un même opus, plusieurs histoires parallèles. Des histoires qui finissent par se rejoindre, par se compléter les unes les autres. Et dans " Le sang et la glace ", c’est encore le cas. Il y a la présence d’Indiens rebelles… Il y a aussi et surtout celle de la femme du général, une silhouette qui, de page en page, devient centrale dans le récit. Et qui, comme tous les personnages, a ses secrets enfouis dans l’horreur d’un passé. Des horreurs qu’elle va révéler à Esteban. Et là où nombre de dessinateurs auraient choisi la voie du flashback, Matthieu Bonhomme a décidé, avec une espèce de pudeur tranquille, de ne rien illustrer de ces confidences. Ce qui rend la scène encore plus envoûtante…

Une des qualités de ce cinquième tome réside également dans l’utilisation des couleurs. Là où, dans les épisodes précédents, je trouvais la colorisation un peu trop passe-partout, elle se révèle, ici, lumineuse, omniprésente, et elle réussit à faire partie intégrante, d’une certaine manière, de la trame narrative du récit. La page 16, par exemple, est d’une construction, tant au niveau du graphisme que de la couleur, véritablement éblouissante !

En conclusion, cette série qui, en ses débuts, ne me passionnait pas réellement, je l’avoue, m’est devenue une des excellentes lectures que peut offrir la bande dessinée. Une lecture tous publics… Le graphisme est simple, le découpage classique, le style semi-réaliste permet de s’approcher au plus près des sentiments et des sensations des personnages, l’exotisme n’est jamais gratuit, et j’aime que le neuvième art, ainsi, n’oublie pas ses origines et continue, avec talent et intelligence, à s’adresser à tout un chacun

 

Jacques Schraûwen

 

Esteban : 5. Le sang et la glace (auteur : Matthieu Bonhomme – éditeur : Dupuis)