Entre héritage et découverte, le remake de jeu vidéo est un bel outil de transmission culturelle

Remake, remaster, reboot, sorties de consoles anciennes en format mini… Les signes ne trompent pas : l’industrie du jeu vidéo surfe allègrement sur le marketing de la nostalgie. Les enfants de la fin des années 80, début des années 90, lors de l’avènement des consoles de salon, ont grandi… Et ils ont du flouze dans leurs portefeuilles et leur compte en banque. Quoi de plus simple, pour les constructeurs de console et éditeurs de jeux vidéo, que de ressortir ce qui les a fait vibrer à l’époque.


Remake, remaster, portage : quelle différence ?

Un jeu peut être amené sur une nouvelle plateforme (console ou PC) de différentes manières.

  • Le portage : simplement, un jeu va être adapté à une nouvelle plateforme, sans qu’il ne soit modifié. Typiquement, la Switch, vu son succès, bénéficie de nombreux portages de jeux plus ou moins anciens, sortis avant que la Switch n’existe.
  • Le remaster : un jeu va être adapté sur une console plus récente, et va bénéficier d’un lifting, avec une meilleure résolution. C’est le même principe que lorsqu’un film sur DVD est porté en HD sur Blu-Ray. Parfois, quelques nouveaux éléments sont amenés, mais le jeu est presque identique.
  • Le remake : ici, le jeu est complètement refondu et remodelisé, avec parfois des modifications importantes. Des nouvelles séquences peuvent être ajoutées, et le gameplay parfois modifié, car il n’est plus dépendant de limitations de l’époque (typiquement, les jeux qui ne proposaient pas de sauvegardes, en bénéficient à présent).

Nintendo en tête de gondole

L’éditeur et constructeur de console historique Nintendo est d’ailleurs passé maître en la matière : sentant le filon, il a fait un carton en ressortant ses fameuses NES et Super NES version mini, avec câble HDMI et des dizaines de jeux pré-installés, qui se sont vendues à des millions d’exemplaires. Ses concurrents ont suivi, sans avoir autant de succès.

Le rétrogaming représente une belle niche bien dorée, et la firme japonaise fourbit ses armes afin d’y occuper le plus d’espace possible. La preuve, avec cette actualité récente : les Nippons ont attaqué en justice un célèbre site vendant des ROM’S, permettant de rejouer à de vieux jeux de console (de manière peu légale) sur ordinateur. Jusqu’à présent, cette pratique était plus ou moins tolérée, mais Nintendo vient clairement de poser ses limites, maintenant qu’il ressort lui-même ses vieux jeux sur sa dernière console, la Switch (via un système d’abonnement). En coupant le robinet des (res) sources illégales, il veut devenir un des seuls pourvoyeurs de nostalgie rétro à ses fans.


C’est quoi une ROM ?

Une ROM (read-only memory, ou mémoire morte en français) est une mémoire permettant de stocker un programme. Elle peut prendre la forme de cartouches ou de CD-ROM, par exemple.

Dans le cas des jeux vidéo, ces ROM’s peuvent être lues par un émulateur, donc un programme qui va simuler le comportement de la console auquel appartient le jeu, afin de pouvoir y jouer sur ordinateur. Ainsi, presque tous les jeux de consoles, anciennes et actuelles, sont disponibles (illégalement) sous forme de ROM’s téléchargeables en ligne.


Mais depuis la sortie des premières consoles, les technologies entourant les jeux vidéo ont évolué de manière radicale, permettant de créer des mondes aux réalismes bluffant. Quoi de plus agréable alors que de reprendre des vieux jeux et les refondre entièrement pour qu’ils enfilent des habits plus… Contemporains ?

26 ans plus tard, Link se réveille à nouveau

Un exemple illustrant parfaitement ce phénomène des remakes est la sortie, ce 20 septembre, d’un jeu culte d’une saga cultissime : "The Legend of Zelda : Link’s Awakening". D’un jeu sorti en 1993 sur Game Boy, en 2D, noir et blanc, d’une résolution de 144 * 216px, on est passé à un jeu sur Switch, en 3D couleur, avec une résolution HD.

L’annonce de ce remake a créé une vive émotion dans la communauté de gamers, tellement cet épisode est adoré par les vieux gamers ayant encore une manette remplaçant leur livre de chevet. A l’époque, en 1993 donc, l’opus avait été salué pour la diversité du monde dans lequel évolue Link, le protagoniste, ainsi que dans les personnages qu’il rencontre.

Link’s Awakening a aussi cette particularité d’être un Zelda qui ne suit pas l’habituelle histoire de la saga, où Link doit combattre les forces du mal, représentées par Ganon, afin de sauver la princesse Zelda au royaume d’Hyrule. Ici, pas d’Hyrule, ni de Ganon, ni même de Zelda : Link se réveille sur une île mystérieuse, et doit réussir à rencontrer le poisson-rêve afin de pouvoir s’échapper de l’île Cocolint. Sous l’apparence de cette trame simpliste se cache un jeu rempli de poésie et plus profond qu’il n’y paraît.

Le remake pour rendre les vieux jeux accessibles aux nouvelles générations

Un remake, par définition, suppose un remodelage complet du jeu… Quitte à en perdre ce qui en faisait son charme ? Et bien, oui et non. Le jeu vidéo est présent dans nos foyers depuis près de 30 ans maintenant (bien qu’accessible au grand public depuis les années 1970, grâce à l’apparition des bornes d’arcade dans les lieux publics), et il est clair qu’il est devenu un art et une culture à part entière.

Les jeux rétro sont donc une source de richesse incroyable pour comprendre l’origine, et l’évolution de cette culture. Pendant longtemps, la forme, le graphisme, le gameplay d’un jeu vidéo étaient très limités par les performances de la plateforme sur lequel il tournait… Demandant aux artistes et développeurs de faire preuve d’une créativité énorme afin d’arriver à leur but. Donc, pour réellement s’absorber d’un Link’s Awakening et comprendre son importance culturelle, il faut jouer à celui de 1993, sur sa plateforme d’origine, la Game Boy, et vivre toutes ces frustrations d’époque dues aux limitations techniques de la console.


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Mais un remake n’est pour autant pas une hérésie, si on le considère comme un moyen de pouvoir développer plus en profondeur l’univers imaginé par les créateurs. Les restrictions de modélisation (de personnages, d’objets, d’environnements) sont bien moins importantes qu’il y a encore quelques années, les artistes peuvent donc quasi créer à l’identique un monde qu’ils ont imaginé. Le Link’s Awakening de 2019 le démontre bien : l’univers reproduit reste simple et assez enfantin, mais est un régal pour les yeux, les choix artistiques ayant privilégié la douceur et la rondeur (il ne serait d’ailleurs pas étonnant qu’une série de peluches sortent de cet opus).

Le remake peut donc être vu comme une manière d’exprimer plus en profondeur un univers, grâce aux avancées technologiques. Mais aussi une manière de toucher un nouveau public, plus jeune, qui n’aurait pas la patience de toucher à ces vieux jeux "un peu moches quand même" et "injouables". En faisant tomber les barrières esthétiques et techniques, un remake peut restituer l’essence même d’un jeu aux nouvelles générations, qui peuvent alors mieux comprendre son importance dans la culture vidéoludique. Et peut-être, alors, se tourner vers la version originale. Comme me l’a dit un jour une gameuse chevronnée : "Si on aime une saga pour ce qu’elle est maintenant, il faut apprendre à l’aimer pour ce qu’elle était avant : avec ses défauts, ses limitations, dans le contexte de l’époque."

Petites perles d’antan

Bien évidemment, avec l’appât du gain, les remakes commencent sérieusement à se multiplier, au risque de produire de simple version "améliorée" d’un jeu, sans âme ou sans intérêt. Votre dévouée a donc sélectionné une série de remakes, à venir ou déjà sortis, afin de découvrir des perles vidéoludiques d’antan qui autrement, seraient peut-être restées dans l’oubli, connues seulement des gamers les plus chevronnés.

Vous pouvez découvrir ces jeux en vidéo, sur Empreinte Digitale, et/ou en continuant à lire l’article plus bas.

  • Medievil

Jeu peu connu des nouvelles générations, mais très appréciés des anciennes, Medievil est initialement sorti sur Playstation en 1998. Le joueur incarne un squelette chevalier, sir Daniel Fortesque, revenu d’entre les morts (et avec eux) suite à la malédiction d’un puissant mage sur le royaume de Gallowhere. Sir Fortesque va devoir prouver sa valeur de chevalier, alors qu’il s’était faussement attribué des exploits guerriers lors de son vivant. L’univers médiévalo-fantastique est clairement inspiré de Tim Burton et son "Etrange Noël de Mr. Jack", et mélange les genres aventure, action et plateforme, avec un humour bien présent.

Son remake est très fidèle au jeu original, et se concentre surtout sur une amélioration des graphismes et une diversification des éléments de l’univers jouable, qui passent à la haute définition.

Medievil sort le 25 octobre 2019 sur PS4.

  • Final Fantasy VII

On ne peut parler de remake sans passer à côté d’un véritable événement dans la communauté de gamer : l’adaptation de Final Fantasy VII sur PS4. Le jeu original, adulé par les fans de la saga Final Fantasy, avait été un énorme succès sur PlayStation. Square Enix est en train de développer un remake ambitieux, aux graphismes réalistes impressionnants. Ce choix artistique a soulevé quelques réticences, la version de 1997 présentant des personnages plus stylisés.

Le septième opus de cette saga culte raconte l’histoire d’un groupe d’écoterroriste, du nom d’Avalanche, se battant contre une corporation épuisant l’énergie vitale de leur planète. Elle a fait naître des personnages emblématiques de la licence, comme Cloud.

Il est annoncé pour mars 2020, et devrait sortir sous forme épisodique.

  • Oddworld soulstorm

Il est des OVNI’s du monde vidéoludique que l’on est ravi de voir sous forme de remake, et Oddworld en fait partie.

Sur une planète imaginaire, les Mudokons sont tenus en esclavage par le Glucons, dans une usine, Rupture Farm Abe, notre personnage principal, va découvrir que ses patrons envisagent d'’utiliser son espèce en tant que matière première pour produire de la viande (dans le premier opus, "L’Odyssée d’Abe") ou encore de la bière à partir de la poudre de leurs os (dans le deuxième opus, "L’exode d’Abe"). Il va donc devoir sauver ses congénères de ces fins tragiques. L’intérêt de ce jeu, en dehors de son univers humoristique plutôt chtarbé, réside dans son gameplay : Abe doit faire s’enfuir ses comparses, en leur donnant différentes directives afin d’éviter les gardes et les pièges.

Soulstorm est le remake du deuxième opus, et selon les premiers éléments révélés, semble remanier le jeu en profondeur. Les développeurs promettent en tout cas quelques surprises. Il est annoncé courant 2020.

Et parmi les remakes déjà sortis, certains valent vraiment la peine d’être découverts :

  • Ratchet et Clank (PS4) : si vous ne connaissez pas la série, et voulez la découvrir, commencez par ce remake du tout premier opus, bourré d’humour et diablement efficace en termes de gameplay de combat.
  • Crash Bandicoot et Spyro (PS4) : Les trilogies initiales de ces deux licences ont chacune été regroupées sur un seul jeu PS4. Pas de grandes différences à part une remodélisation complète, mais ces remakes permettent de (re) découvrir ces deux séries cultes avec joie.