En marge de la bande dessinée, quatre livres à découvrir !

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L’illustration est un art à part entière, et les quatre bouquins que je vous propose sont vraiment de très beaux objets !

La bande dessinée, tout compte fait, est née de l’illustration. Doré, Gavarni, Daumier et tant d’autres ne racontaient-ils pas, à leur manière, déjà, graphiquement, des histoires ? Et, en cette période propice aux cadeaux et donc aux découvertes, plongez-vous dans quatre livres dont les illustrateurs font preuve de bien des talents !

Susine et le Dorméveil (texte : Enna – dessin : Lefèvre – éditeur : Soleil)

J’ai été bercé, comme vous tous sans doute, par les contes, par ces histoires qui, enfantines dans leur forme, s’ouvraient cependant vers des réalités résolument adultes. Et puis, grandissant, d’autres contes, d’autres récits sont venus enrichir mes rêves, mes plaisirs, mes solitudes, mes partages. Alice au Pays des Merveilles, par exemple…

Avec Susine, c’est un peu dans le même univers que l’on se retrouve. Une petite fille à l’imagination fertile perd sa grand-mère et trouve refuge dans un monde plein de mystères, le Dorméveil. Un monde peuplé de créatures impossibles, étranges… Des créatures qui, pour continuer à exister, ont besoin de sourire, de rire, de s’émouvoir. Et Susine leur raconte des histoires, encore et encore, comme le faisait avec elle sa grand-mère.

C’est un conte pour enfants, oui… Pour adultes ayant gardé un peu de leurs mille passés tout au fond de leurs regards. C’est aussi et surtout, au-delà de la simple narration, le travail tout en rondeurs, tout en couleurs chatoyantes et intimes, d’un illustrateur capable d’émerveiller, du bout de ses pinceaux, toutes celles et tous ceux qui veulent encore croire à l’improbable… Clément Lefèvre multiplie les inventions graphiques, les perspectives un peu folles pour faire de ce conte, de ce livre, un très bel objet, plein de poésie, de rêve, de cauchemar aussi…

Blanche (texte : Pog – dessin : Alexandre Day – éditeur : éditions Margot)

Ce qui manque peut-être le plus à notre société, c’est la poésie, cet art majeur au travers duquel l’humain retrouve la chance de pouvoir réinterpréter le monde qui est le sien. C’est un art qui ne se conjugue pas seulement, fort heureusement, de rime en sonnet, mais qui s’ouvre à toutes les formes d’écriture et de graphisme.

Et " Blanche " fait incontestablement partie de ces ouvrages qui ouvrent des portes entre imaginaire et réalité, entre rêves et possibles. Par son texte d’abord, et de manière évidente, puisqu’il se construit en rimes et en rythmes. Par son thème, ensuite, qui nous fait suivre les pas, dans un " grand pays, loin là-bas ", d’une enfant neige.

Ici, plus qu’un conte, c’est à un dialogue entre dessin et texte qu’on se trouve confronté. Les poèmes illustrent-ils les dessins, ou les dessins accompagnent-ils les phrases ? C’est une fusion, en quelque sorte... Les textes rimés sont simples et simplement écrits. Les dessins, en noir et blanc, sont somptueux. Ils vibrent, ils bougent, ils ont comme des envolées au travers desquelles se devinent des couleurs, s’imaginent des teintes aux mille palettes…

C’est un superbe livre, qui se feuillette, qui se lit, se relit, se regarde, se regarde encore.

Ici reposent tous les oiseaux (textes : Anne-Fleur Drillon – dessin : Etienne Friess – éditeur : éditions Margot)

Les oiseaux n’existent plus ! Et un homme, un scientifique poète et fou, isolé sur une île lointaine, décide de leur redonner vie, de les recréer. Ernest Sémaphore, c’est le nom de ce scientifique, réinvente ainsi, mécaniquement, des oiseaux aussi essentiels que l’oiseau-peintre, le colibricoleur, le pélican à vapeur ou le pingouin à réaction.

Et ce livre, en fait, est le carnet de travail retrouvé de ce bricoleur du rêve. L’imagination pure règne en maîtresse absolue tout au long de ce livre étonnant, plein de trouvailles déjantées et souriantes. Le texte décrit, les illustrations s’amusent à s’aventurer dans une espèce de surréalité réjouissante.

En résumé, un livre attirant dès le premier regard, et qui réussit à nous faire sourire de bout en bout.

Daydreams (auteur : Nicoletta Ceccoli – éditeur : Soleil)

Ici, on se retrouve en immersion totale dans le travail graphique d’une artiste reconnaissable entre toutes et tous. Ses visages à la fois ronds et dans lesquels règne l’absence de sourire sont ceux qui illustrent les couvertures des polars de l’éditeur Actes Sud.

Dans Daydreams, Nicoletta Ceccoli redessine, redécouvre l’enfance et ses cauchemardesques réalités. Ce n’est pas du tout un livre " pour enfants ", vous l’aurez compris, mais un livre qui nous enfouit dans un univers où les rêves ne sont jamais totalement sains, dans un monde où les jouets de la jeunesse n’ouvrent pas uniquement sur les portails du rêve.

Ce qu’il faut souligner, c’est la qualité des dessins de cette artiste. Leur impact immédiat sur le regard qui s’y pose. Mais aussi, et plus loin que la simple beauté formelle, toute l’ambiance, toutes les ambiances plurielles que ces œuvres provoquent, créent.

C’est un livre sérieux comme une enfance qu’on ne connaît pas… Une enfance qui vit en parallèles décalées du monde réel… Une enfance sans rire et qui dérange… Une enfance que Ceccoli surprend pour mieux nous surprendre.

Un vrai livre d’art, au sens noble du terme, une artiste à véritablement découvrir tout au long d’un travail dont la forme et le fond créent une atmosphère à la fois pesante et lourde, belle et apeurée.