Double Masque : 6. L'Hermine

double masque
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double masque - © dargaud

Comme souvent avec Jean Dufaux, l’histoire et le fantastique se mêlent intimement dans cette série qui arrive à son terme !

Jean Dufaux est, incontestablement, un scénariste extrêmement prolifique. Et sa culture lui permet d’aborder bien des sujets différents. Mais je pense que ses préférences, tout compte fait, le portent à plonger ses " petites histoires " dans la " grande Histoire " ! Et avec Napoléon, son accession au pouvoir suprême, sa démesure et celle de ses amis et ennemis, le plaisir de Dufaux apparaît comme complet. Il s’est amusé à multiplier les personnages, à les rendre vivants, entiers, aidé en cela par le talent réaliste et documenté de Martin Jamar.

Résumer une histoire de Jean Dufaux, une histoire rêvée avant d’être réalisée, tient de l’impossible. Tout au long de cette série, de cette saga, il est question de Napoléon, bien sûr, de Fouché aussi, des conflits qui les opposent tous les deux, et d’un secret bien caché. Il est surtout question de ceux qui peuplent les bas-fonds d’un empire naissant et qui, affublés de surnoms tels que " La Torpille ", " L’Ecureuil " ou " Fer Blanc ", sont les véritables protagonistes d’un récit qui décrit, certes, une lutte pour le pouvoir, mais aussi des péripéties et des rebondissements desquels se dégage une thématique résolument " fantastique " : celle des masques. Ces masques que tout un chacun portent, oublient, reprennent, ces masques qui, en travestissant la réalité, la transforment et lui donnent d’autres possibles. Il y a, dans ce thème précis, toute une symbolique qui permet, en quelque sorte, de se plonger dans cette saga à différents niveaux de lecture.

La gageure, pour Martin Jamar, était de réussir à donner vie à un récit foisonnant de lieux, de personnages, de rencontres, de hasards, de croisements inopinés, de retrouvailles, sans se perdre ni perdre le lecteur dans une trame parfois extrêmement complexe. Si Dufaux se révèle le maître des mots, Jamar, quant à lui, tire parfaitement son épingle du jeu, grâce à une documentation pointue, grâce à un découpage varié, grâce à une alternance des angles de vue, grâce à une approche au plus près des physionomies de ses nombreux " figurants ". La construction de son dessin, en effet, pourrait s’apparenter à une grande mise en scène, alternant avec bonheur et réussite les plans d’ensemble et les moments intimistes.

Cet album, sixième de la série, en marque l’aboutissement. Et s’il n’est pas toujours évident de s’y plonger sans relire les précédents opus, l’intrigue, les intrigues qui construisent cette saga ne manquent ni de suspense, ni dé vérité historique, ni de talent narratif, tant au niveau du scénario que du dessin. Un dessin dont le réalisme classique correspond parfaitement au contenu de l’histoire qui nous est racontée.

 

 

Jacques Schraûwen

 

Double Masque : 6. L’Hermine (scénario : Dufaux – dessin : Jamar – éditeur : Dargaud)