Dihya, figure de la résistance berbère

Parmi ces personnalités absentes de nos manuels d'histoire, (re)découvrez aujourd'hui Dihya, celle qui fut rapportée par des historiens musulmans comme "la reine des Berbères".

Bien que de nombreux doutes persistent encore à son sujet, Dihya incarne aujourd’hui un symbole de résistance face aux conquérants étrangers, ici, venus envahir l’Afrique du Nord au VIIe siècle.

Comme tant d’autres figures féminines rebelles, Dihya est souvent été assimilée à Jeanne d’Arc, naturellement, toutes proportions gardées.

Aujourd’hui, elle nous raconte.

(Ceci est un récit posthume, qui ne constitue pas les dires de Dihya)

L’Afrique du Nord tiraillée

En cette fin du VIIe siècle, les Berbères (ou Amazighs), sont cette fois menacés par les Arabes venus de l’est, après que les Byzantins se sont implantés sur leurs côtes.

Nous, peuple d’Afrique du Nord, devenons dès 670 la cible d’un processus d’arabisation. Bien qu’homogène d’un point de vue ethnique, il se compose aussi bien de nomades que de sédentaires, d’agriculteurs que de citadins commerçants. Le judaïsme et le christianisme coexistent également.

En 686, mon père tombe sur le champ de bataille aux côtés de notre valeureux chef, Koceïla, face aux Omeyyades, la dynastie musulmane ennemie.

Il me faut ainsi reprendre le flambeau de la résistance pour stopper la progression musulmane sur nos terres jusqu’ici invaincues.

Dihya, la "yemma" des Berbères

Issue de la tribu Djerawa, les Berbères m’appellent "yemma", "maman" en langue amazighe, plus pour mon instinct protecteur que ma féminité. Contrairement aux autres femmes, je ne me refuse pas de tirer à l’arc et monte à cheval.

Mon ascension à la tête des Berbères n’est pas, comme on l’a cru, le fruit d’une descendance royale, mais bien grâce à ma fonction d’oracle. Rôle exclusivement réservé aux femmes, l’oracle pratique, chez les Berbères, la divination. Fort de son expérience, l’oracle s’impose comme un guide pour les guerriers en partance vers le champ de bataille.

Ajoutée à mon charisme, cette légitimité me permet d’unir mon peuple autour d’une cause qui était la nôtre. De la conseillère, je deviens leur dirigeante.

En 698, dans l’Aurès où j’avais établi mon QG, les troupes omeyyades succombent surprises par mon génie militaire. Le piège tendu à l’ennemi donne à cette bataille le nom de Bataille des chameaux. Les archers cachés derrière des dromadaires, la cavalerie derrière les archers et le tour est joué.

Allions-nous pour autant être définitivement libérés du joug musulman ?

Le répit n’aura duré que quelques années pour mon peuple qui cède à la pression arabe. Cinq ans après la Bataille des chameaux, les Omeyyades ont finalement raison des Berbères et de leur cheffe, puis du Maghreb tout entier.

La Jeanne d’Arc berbère ?

Dans ce milieu que les femmes désertent, je réussis à m’imposer par mon charisme et ma détermination à refuser la soumission, et ainsi mener ce peuple entier à la guerre.

Tout comme Jeanne d’Arc "entendra des voix" huit siècles plus tard, ma force ne peut être que le fruit d’une intervention surnaturelle, venue de l’au-delà et indépendante de ma volonté. C’est du moins ce que pensent les hommes, troublés de voir une femme prendre les rênes du pouvoir.

D’où mon surnom, Kāhina, qui signifie "la prophétesse".

Figure symbolique tempérée par les doutes historiques


Différents récits au sujet de Dihya se contredisent, tant sur sa mort que sur sa vie. Principalement relaté par des historiens arabes, son destin glorifié a pourtant fait l’objet de 14 romans, uniquement côté francophone, et continue d’en inspirer plus d’un aujourd’hui.