Deux suites attendues : "Les Quatre de Baker Street" et "Memphis"

Les quatre de Baker Street
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Les quatre de Baker Street - © Vents d'Ouest

Plongeons-nous, voulez-vous, dans les nouvelles péripéties de personnages déjà découverts, ici, dans ces pages, dans ces chroniques, et dont le retour était attendu avec intérêt…

D’un côté, Londres, ses bas-fonds, ses gosses perdus, Sherlock Holmes et une intrigue pleine de rebondissements. De l’autre côté, une ville américaine d’aujourd’hui, ou de demain, ou de hier, totalement coupée du monde et de la réalité.

Au total, deux séries très différentes l’une de l’autre, mais toutes deux intelligentes et séduisantes !

Les Quatre de Baker Street : tome 6 – L’Homme du Yard (dessin et couleur : David Etien – scénario : J.B. Djian et Olivier Legrand – éditeur : Vents d’Ouest)

Moriarty, l’ennemi juré de Sherlock Holmes, est mort. Mais il a laissé derrière lui une véritable toile d’araignée dans laquelle s’engluent des suiveurs tous plus véreux les uns que les autres. Et c’est pour détricoter ce canevas criminel que le célèbre détective privé a décidé de se faire passer pour mort, lui aussi. Mort pour tout le monde, sauf, bien sûr, pour son frère, pour l’inspecteur Lestrade, pour le docteur Watson, et pour ses collaborateurs préférés, les enfants des rues, ses francs-tireurs, les quatre de Baker Street.

Comme dans tous les romans de Conan Doyle, il vaut mieux ne rien déflorer de l’intrigue. Les auteurs de cette série se sont incontestablement très bien nourris aux œuvres de l’auteur du chien de Baskerville. Le scénario, dès lors, fait la part belle à la surprise, à la réflexion, à l’inattendu. Le dessin, lui, toujours aussi somptueux, mêle à la fois la précision des détails et la luminosité des décors. Entre le polar classique, à l’anglaise, et le roman de mœurs à la Dickens, cette série a trouvé sa place, et s’y maintient avec une qualité sans défaut. De tome en tome, les personnages, même, nous deviennent de plus en plus familiers. Et la force, du récit comme du graphisme, c’est de nous restituer à la fois la puissance, et l’horreur aussi, de l’intrigue, des intrigues plurielles, tout en laissant s’ouvrir des fenêtres vers l’espoir de mondes meilleurs.

Dans ce tome-ci, le drame humain prend plus de place que l’intrigue, que l’enquête policière. Et c’est peut-être pour cette raison que ce volume me semble encore plus envoûtant que les précédents.

Memphis : 2. La Ville Morte (scénario : Rodolphe – dessin : Bertrand Marchal – couleurs : Sébastien Bouet – éditeur : Glénat)

Dans le premier tome de cette série qui doit être une trilogie, on avait laisé Roos et Louis, deux journalistes travaillant dans le journal le plus important de Memphis, face à leurs questions, à leurs angoisses.

Cette ville, dans laquelle ils vivent et travaillent, existe-t-elle vraiment ? Personne ne peut la quitter, le monde semble s’y être arrêté en 1961, juste après Gagarine et l’affaire de Cuba.

Et nos deux journalistes, dans ce deuxième volume, continuent leur enquête, découvrant de nouvelles improbabilités, impossibilités. Nous sommes en 2012, et depuis 1961, aucune invention, de quelque grandeur qu’elle soit, n’a été révélée à la population : les téléphones sont toujours les mêmes, les voitures n’ont absolument pas changé, et ainsi de suite.

En outre, des maisons disparaissent, laissent la place en quelques heures à des terrains de sport propres et nets.

Avec cette série, nous sommes dans un univers fantastique quotidien, un univers nourri, aussi, de ce qu’on peut appeler la " théorie du complot ".

J’avoue avoir été moins séduit par ce deuxième tome. Peut-être à cause d’une certaine faiblesse au niveau de la narration, trop chaotique que pour être facile à suivre. Le dessin, également, ne réussit pas toujours à différencier au premier regard les visages des personnages.

Mais le graphisme, cependant, dans son ensemble, est extrêmement intéressant. Il nous replonge, vraiment, dans l’ambiance des sixties, couleurs et grisaille mêlées…

Et le scénario, malgré les quelques faiblesses qu’il représente, reste passionnant, malgré tout. Il réussit, de toute façon, à laisser éveillée toute notre attention de lecteurs, et à nous donner l’envie de connaître le fin mot de cette histoire étrange, dans laquelle le temps semble s’être arrêté, dans laquelle des robots finissent par apparaître…

En résumé, deux séries qui méritent d’être suivies.

J’ai une préférence marquée pour " Les Quatre De Baker Street ", vous l’aurez compris.

Mais comme j’avais beaucoup aimé le premier tome de " Memphis ", je fais confiance à ses auteurs pour réussir à me surprendre à l’occasion de leur prochain volume!

 

Jacques Schraûwen