Deux fonds d'archives relatifs à l'industrie textile et la guerre 40-45 légués à la Ville de Verviers.

Les usines Simonis qui ont fait la gloire du textile verviétois pendant plus d'un siècle et demi.
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Les usines Simonis qui ont fait la gloire du textile verviétois pendant plus d'un siècle et demi. - © Photo Musées communaux de Verviers

Les archives de la Ville de Verviers viennent de s’enrichir par le legs de deux fonds : les archives de la famille Simonis, qui a marqué l’industrie textile de la ville, et celles de l’historien verviétois Jacques Wynants essentiellement consacrées à la vie locale durant la guerre 40-45. Ces deux fonds d’archives extrêmement abondants ont été triés et classés par l’historien Freddy Joris, président du Comité Scientifique d’Histoire de Verviers. Ils sont pour le moment entreposés dans un bâtiment communal Pont Sommeleville avant d’être bientôt transférés dans un nouveau bâtiment situé à l’arrière de l’Hôtel de Biolley, immeuble classé qui accueillera à terme le pôle muséal de Verviers.

Ivan Simonis, un visionnaire

C’est le dernier de la lignée des Ivan Simonis, anthropologue retraité vivant aujourd’hui au Canada, qui avait reçu ce fonds familial ; très logiquement, il vient d’en faire don à la Ville de Verviers qui était le berceau de sa famille, celle qui l’a vue prospérer aux côtés d’une autre grande famille de lainiers, les Peltzer. On parle certes d’archives familiales mais il ne faut pas croire qu’on n’y retrouve que des traces de fêtes, de mariages et autres réceptions : "Loin s’en faut, explique Freddy Joris, il faut savoir qu’à l’époque, on parle ici du 18ème, du 19ème et d’une partie du 20ème, famille et entreprises étaient étroitement liées ; ce qui est intéressant, c’est que toute cette famille Simonis est tournée vers l’entreprise ; on a par exemple en archives les notes que les enfants prenaient quand ils allaient se former à l’étranger pour voir fonctionner d’autres usines. Cela permet de voir des gens qui au début étaient de simples marchands de draps se muer en fabricants, faire venir des techniciens, et pendant un siècle et demi conduits par une idée : l’innovation, et c’est ce qui a amené à faire de Verviers ce qu’elle est devenue, c’est-à-dire la capitale mondiale du textile". La figure de proue des Simonis à la fin du 18ème siècle fut le patron de l’époque Ivan Simonis, véritable visionnaire car soucieux de trouver en permanence de nouvelles technologies pour augmenter la productivité. C’est lui qui en 1797 a fait venir à Verviers un certain William Cockerill et son fils John…

La 2ème guerre mondiale au travers de la vie locale.

Le deuxième fonds d’archives a été légué par l’un des fils de l’historien verviétois, ancien directeur d’école, Jacques Wynants, décédé fin 2018. Pendant une cinquantaine d’années, le Verviétois a collationné des documents relatifs à la guerre 40-45 telle qu’elle a été vécue dans la cité lainière : " ce fonds est énorme avec plus de 3000 pièces, poursuit Freddy Joris, consacrées à 95% à la deuxième guerre mondiale ; Jacques Wynants était un vrai spécialiste du conflit de 40 mais qu’il voyait à travers les yeux d’un historien local ; il percevait remarquablement bien la réalité de la collaboration, de la résistance, de l’activité de la police, de la chasse aux juifs ; il a été reconnu comme un historien pouvant apporter un éclairage local sur toutes les questions brûlantes." Pour le reste, Jacques Wynants laisse à la Ville une collection de journaux, un gros ensemble sur la première guerre mondiale, sur les immigrés allemands à Verviers – on apprend ainsi que 10 pourcents de la population verviétoise étaient d’origine allemande avant 1914 – et sur le mouvement ouvrier chrétien au départ des archives de son père qui avait été permanent syndical CSC. Une documentation nouvelle pour les archives verviétoises consultables dès à présent, par exemple par des étudiants en histoire et autres chercheurs.

Le pôle industriel s’étoffe

Le Comité Scientifique d’histoire de Verviers est également en charge de la constitution d’un pôle industriel dans l’ancienne usine textile du Solvent située dans le quartier Est de Verviers ; de nombreuses anciennes machines textiles ont été rassemblées et entretenues par une équipe de bénévoles. S’y trouvent également des machines à vapeur et deux anciens trams. Le pôle s’enrichira d’ici fin décembre d’une collection de 150 machines d’imprimeries réunies par la famille Casterman de Tournai, entreposées jusqu’ici dans un local de la Région wallonne ; elles trouveront donc leur nouvelle place à Verviers ce qui cadre bien avec l’économie de jadis puisque Verviers était aussi le siège de plusieurs grands imprimeurs dont la société André Gérard, créée en 1949 et devenue aujourd’hui Hachette, jadis éditrice de la collection Marabout, écoulée à travers le monde.