Des auteurs de polar imaginent le monde après confinement

Des auteurs de polar imaginent le monde après confinement
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Des auteurs de polar imaginent le monde après confinement - © Tous droits réservés

Chaque jour, Cultura publie une Nouvelle du Lendemain sur son site internet. Quarante auteurs de polar pour autant de versions de l’après confinement…

Ne vous êtes-vous jamais demandé comment sera le jour d’après le confinement ? C’est la question à laquelle 40 auteurs de polars essaient de répondre chaque jour par le biais d’une nouvelle. Chaque nouvelle est accompagnée par un selfie de l’auteur.

Cette idée originale, c’est la directrice du festival littéraire Lisle Noir qui l’a eue en collaboration avec la Ligue de l’Imaginaire et Cultura. "Nous leur avons indiqué le thème, une longueur, entre 3 et 6 feuillets, et un souhait : qu’ils soient le plus optimistes possible. Mais, ça, c’est ce qu’il y a de plus compliqué à demander à un auteur de noir" explique Ida Mesplède à l’Express.

Je trouve que c’est intéressant que ce soit nous, les auteurs de l’imaginaire qui commencions à parler de l’après-crise et que nous proposions des scénarios du jour d’après.

Bernard Werber

Dans une interview à France TV, Bernard Werber explique que ce n’est pas parce qu’ils sont auteurs de polars et de romans noirs que leurs nouvelles vont forcément être pessimistes ou négatives : "J’essaie toujours d’être positif ; la science-fiction n’est pas là pour angoisser mais pour proposer des solutions de rechange et montrer qu’il y a des chemins là où on a l’impression que tout est fermé. Moi je crois à la littérature qui sauve et à la littérature d’évasion et d’imagination. Le minimum, c’était de faire une petite nouvelle pour montrer ce pouvoir imaginaire." (NB : L’auteur nous colle tout de même en confinement pour 3 ans dans sa nouvelle, rien de très réjouissant non plus ! C’est à lire sous cet article.)

Plusieurs nouvelles sont déjà disponibles gratuitement à la lecture :

"Comptes rendus" par Nicolas Lebel

"La vengeance des chauves-souris" par Nadine Monfils

"Madame Matheson" par Niko Tackian

"Déconfinés" par Ian Manook

"Le jour d’après" par Claire Favan

Toutes les nouvelles sont donc à découvrir sur le site de Cultura, une nouvelle inédite est publiée tous les jours à 12h30. Bonne lecture !

 

"Homo confinus" par Bernard Werber

Ils avaient dit que cela allait durer trois semaines.

C’était il y a trois ans.

Et puis tout le monde avait fini par s’habituer à vivre confiné chez soi.

En fait l’être humain s’adapte à tout.

On était passé de l’homo sapiens à l’homo confinus.

L’homme préhistorique était sorti de la caverne pour se répandre sur toute la planète, puis se retrouver confiné dans son salon où il avait trouvé toutes solutions à sa survie : le divan, la télévision, la télécommande, l’ordinateur, le smartphone, les conserves, les surgelés, le micro-ondes. Le renouvellement était assuré par une distribution effectuée par drones.

Cependant le virus s’avérait de moins en moins " une simple grippe ", et de plus en plus un " truc compliqué " incompréhensible qui n’arrêtait pas d’évoluer.

Et le nombre de morts continuait d’augmenter.

Il y avait en outre des émeutes dans certains quartiers car les pauvres attaquaient les épiceries et les pharmacies.

Il fallait en venir à des mesures encore plus drastiques.

Alors le gouvernement décida de passer au stade suivant et ce fut le plan qu’il nomma le CRS pour " CONFINEMENT REPUBLICAIN SECURISE ".

Trois mots qui en soi étaient plutôt rassurants mais qui signifiaient l’installation d’une vie souterraine.

Au début ce ne furent que les lignes de métro qui furent réquisitionnées. On les nettoya, les désinfecta puis on installa des habitations dans les couloirs.

Ce qu’on nommait habitation était en fait une sorte de petite maison de plastique de forme ronde qui comprenait deux chambres, un salon avec télévision, une cuisine, une salle de bains.

Les médecins pensaient que l’absence de lumière du jour allait déprimer les gens mais ce ne fut point le cas car on installa des fausses fenêtres écran vidéo qui projetaient en permanence des visions de ciel, de montagnes, de jardins, de forêts.

Quant aux entrées et sorties du métro elles furent scellées afin que plus personne ne tente de remonter à la surface.

Ainsi trois ans après le début de la crise toute l’humanité se mit à vivre sous terre ce que certains appelaient le " TAUPE NIVEAU ".

Enfin les gouvernants pouvaient tout contrôler, enfin on parvint grâce à la vie sous terre au 100% de confinement auquel on n’était jamais arrivé jusque-là.

Cependant 8 milliards d’humains installés dans des lignes de métro de grande mégapole, c’était difficile à gérer. Il fallut donc une stratégie mondiale. Les habitations, désormais nommées " loges ", étaient espacées par des couloirs qui les reliaient.

Les stations de métro servaient de places publiques où se trouvaient les sources de nourriture et de médicaments.

Là encore l’adaptation se fit plus facilement que ne le pensaient les politiciens. Les gens s’habituaient à voir par leur fenêtre virtuelle des plages de cocotiers qui suffisaient à les combler.

Ainsi peu à peu s’harmonisait l’installation d’une nouvelle humanité sous terre, une humanité à son " taupe niveau ".

Quand ce stade fut enfin bien intégré, alors seulement les effets du virus commencèrent à décroître. Comme si le monstre avait enfin obtenu ce qu’il souhaitait : qu’on se cache.

La nouvelle humanité étonnamment ne vivait pas trop mal sa nouvelle place sous terre. Des foreuses à large diamètre permirent de créer de nouvelles galeries en dehors de celles du métro.

Cela permit d’établir des loges plus spacieuses.

Quant à la vie en surface, eh bien l’homme s’étant absenté, la faune et la flore sauvages reprirent naturellement leurs droits.

On pouvait les apercevoir grâce aux nombreux périscopes.

Il y avait des chevaux qui galopaient librement, des hordes de chiens se comportant comme des hordes de loups, des loups, des ours, des chats sauvages, des lynx. Les pigeons, qui étaient jadis les oiseaux les plus répandus, étaient concurrencés par des milliers d’espèces inconnues aux formes et aux chants surprenants. Les jardins s’étaient transformés en forêts aux végétaux beaucoup plus diversifiés. Les océans, voyant leur niveau d’acidité baisser, avaient permis l’apparition de plus d’espèces de poissons. Les barrières de corail s’étaient reformées. La température avait baissé, permettant la réapparition de la calotte polaire. Les ours blancs survivants avaient pu se reproduire.